La France à l’heure allemande

26 mars 1976 à Paris, passage à l’heure d’été

Tous les ans à la même période en octobre, la France recule ses montres d’une heure: à III heures du matin, il est II heures et inversement en mars, on avance d’une heure. 

Ce changement est devenu une habitude. Pourtant, si l’on voulait vraiment vivre calés sur le soleil, on retarderait son horloge non pas d’une mais de deux heures. On devrait passer de cinq à sept. Parce que cela fait 73 ans que nous vivons en décalage avec le soleil, à cause des Allemands et… de la SNCF!

Sans doute, avez vous entendu parler de la loi de Godwin, règle empirique définit par l’avocat américain Mike Godwin, notion proche du« reductio ad hitlerum » (« réduction à Hitler ») du philosophe Léo Strauss, et par extension du point Godwin, qui serait le moment où, dans un débat, les adversaires s’injurient ou caricaturent grossièrement les positions de l’autre en faisant allusion à l’Allemagne nazie, toute discussion constructive devenant alors impossible. Rassurez-vous, je ne l’ai point déjà atteint, cet hypothétique point, dès l’introduction de cet article sur le changement d’heure mais les nazis ne sont pas un détail de l’histoire horlogère de la Seconde Guerre mondiale.

Comme aurait souhaité le faire le Führer, s’il vous arrive de traverser la Manche, que ce soit par au dessus ou par en dessous, ou bien à la nage mais c’est une autre paire de manches, vous avez constaté que le fuseau horaire de la France est UTC+1. En langage ordinaire, qu’il est une heure plus tard en France qu’en Angleterre, l’heure de Londres étant désignée comme l’heure universelle. En langage technique, ça donne UTC (Temps Universel Coordonné) ou GMT (Temps Moyen de Greenwich). Pourtant, Paris et Londres ne sont séparés que de deux petits degrés de longitude et le méridien de Greenwich, qui coupe l’Angleterre, traverse aussi tout l’ouest de la France. D’ailleurs, ce décalage horaire n’a pas toujours existé puisqu’avant l’Occupation, la France et l’Angleterre étaient à la même heure.

Suite Française scène 1

Dans Suite Française, film de 2014 récemment rediffusé, on voit dès l’arrivée des troupes allemandes dans le village, un soldat allemand perché sur son blindé changer l’heure sur la façade d’un immeuble comme nous venons de le faire ce week-end, puis un officier de la Wehrmacht modifier d’autorité l’heure dans la maison bourgeoise où il occupe – décidemment! – une chambre réquisitionnée.  

Suite Française scène 2

Lorsque les troupes allemandes occupent la France en juin 1940, nous sommes alors à l’heure d’été (GMT+1), en vigueur en France entre mars et octobre comme on le pratiquait depuis 1923. Le reste de l’année, la France est à GMT 0.

Sauf qu’à Berlin, il est une heure plus tard et que les Allemands qui arrivent en France ne comptent pas bouleverser leurs habitudes: «La première chose qu’ils font, dans la première demi-journée, c’est de changer l’heure», explique l’historienne Cécile Desprairies, auteure de L’héritage de Vichy, ces 100 mesures toujours en vigueur, parmi lesquelles on compte encore l’accouchement sous X, la fête du Travail, la cantine d’entreprise, le sport au bac, les comités d’entreprise, la médecine du travail, le certificat prénuptial, le salaire minimum, l’Ordre des médecins, etc.                                              

Y a-t il meilleur moyen de marquer, et son territoire et les esprits, que d’imposer son propre rythme à une nation? Que d’être le maître de ses horloges? 

«Le couvre-feu sonne à dix heures du soir, il fait encore très clair, puisque c’est l’heure allemande, à laquelle nous avons mis nos montres dès notre arrivée, et qu’elle avance d’une heure sur notre ancienne heure d’été. Voici les jours les plus longs de l’année.»  témoigne un prisonnier français

Entrefilet paru dans le journal du Morbihan Le Phare, le 4 août 1940. 

Dans tous les territoires occupés, on avance donc ses aiguilles d’une heure, de GMT+1 à GMT+2, pour passer à l’heure d’été allemande puisqu’outre-Rhin, on change aussi d’heure deux fois par an. La France se retrouve donc «à l’heure allemande».

Au début de l’Occupation, la France se retrouve donc scindée en deux par la ligne de démarcation, mais aussi par le décalage horaire: Paris en zone occupée a une heure d’avance sur Vichy en zone dite libre. Ce qui pose quelques problèmes à la SNCF, les trains venant de la zone non-occupée continuent de circuler avec une heure de retard dans la zone occupée, les trains venant de la zone occupée continuent d’attendre une heure supplémentaire à la ligne de démarcation, tout cela bien entendu bouleversant les correspondances.

Pour mettre fin aux problèmes de retard, c’est donc la toute jeune SNCF qui propose au gouvernement de Vichy de s’aligner lui aussi sur l’heure allemande. Un décret du 16 février 1941 avance l’heure légale de deux heures dans les territoires non-occupés, d’une heure dans les territoires occupés. En termes alphanumériques, cela veut dire que l’ensemble de la France passe à GMT+2. L’alternance entre les heures allemandes d’hiver et d’été continue ensuite pendant toute la durée de la guerre.

Notons que la France n’est pas le seul pays à avoir changé son heure légale pendant la Seconde Guerre mondiale: l’Angleterre nous a suivi pendant la guerre, mais a fait marche arrière après la Libération. En 1940, les Pays-Bas ont eux aussi dû avancer leur montre, de 40 minutes pour s’aligner sur son envahissant voisin. Suite à l’invasion nippone, la Malaisie a été contrainte d’avancer ses horloges d’une heure et demie en 1942.

Franco rencontre Hitler à Hendaye 23 octobre 1940

Le cas le plus semblable au nôtre est celui de l’Espagne, qui avance d’une heure sous Franco en 1942 pour s’aligner sur l’Allemagne, quasiment la seule concession accordée par El Caudillo. En septembre 2013, le pays a d’ailleurs fait part de son envie de repasser à l’heure anglaise. Puisque l’Espagne n’est pas en retard sur nous en matière de Comité Théodule, ils ont créé une pimpante Commission Nationale pour la Rationalisation des Horaires, dont le Président a affirmé sans rire que ce décalage horaire nuit à l’économie du pays et mine la santé des Espagnols, qui ne dorment pas assez la nuit et sont obligés de faire la sieste le jour. En somme, ils sont obligés par Hitler et Franco de faire un somme. Le gouvernement de Mariano Rajoy avait promis de s’intéresser à la question. À la bonne heure! Mais le jour, le mois ou l’année, on ne les connaît pas.

A la Libération, un décret prévoit que l’heure d’été, ou «heure allemande», ou GMT+2, va être supprimée en deux temps, mais pas en deux temps trois mouvements. La France repasse d’abord à GMT +1 toute l’année, et envisage de repasser plus tard à GMT. Mais un deuxième décret annule cette étape, pour des raisons que nous ignorons. Comme l’explique Cécile Desprairies, notre spécialiste de Vichy «c’était un peu le bazar. Peut-être que c’était par souci d’économie, parce qu’il y avait le pays à reconstruire».

En 1976, le président Valéry Giscard d’Estaing, né le 02/02/1926, à 21h30 heure allemande, dans la ville de Koblenz occupée par nos troupes laquelle vivait donc à l’heure française, rétablit l’heure d’été (GMT+2) afin de réduire la consommation énergétique du pays suite à la première crise pétrolière. «Ça a été très mal vécu, raconte Cécile Desprairies. Il y a presque 40 ans, ceux qui avaient connu l’Occupation étaient encore jeunes, ça a provoqué un véritable tollé.» Pourtant ce choix permettra aussi de bénéficier du radio pilotage des réveils et horloges depuis Francfort

Cette expression rentrera dans le langage courant au point de fournir le titre du premier roman de l’écrivain et futur critique de cinéma Jean-Louis Bory, Mon village à l’heure allemande, prix Goncourt 1946. La parution de ce roman et son titre ont établi l’expression « à l’heure allemande » dans le langage quotidien mais aussi universitaire pour définir la vie quotidienne française sous l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale, si bien qu’elle squatte les titres d’ouvrages sur l’Occupation.

Paradoxalement, le prix Goncourt sera, littéralement et littérairement, mortel pour l’adorable et sensible Bory qui ne réussira jamais à en assumer l’énorme succès, avec ses 300 000 exemplaires vendus, ses ouvrages ultérieurs ne rencontrant pas le même accueil .« Ce n’est pas tout d’avoir le prix Goncourt, le tout c’est de se le faire pardonner, et je vous assure que c’est assez coton » citation de Jean Louis Bory qui se suicide par arme à feu, peu après, le 11 Juin 1979. 

En résumé, pour être plus clair: de 1940 à 1945, la France vivait à moitié puis entièrement à l’heure allemande; de 1945 à 1976, elle était à l’heure allemande l’hiver, mais pas l’été. Depuis 1976, nous sommes à nouveau entièrement à l’heure allemande, été comme hiver.

               L’HEURE EST POLITIQUE et POLITIQUE DE L’HEURE                                          Les fuseaux horaires et changements d’heures sont des leviers de politiques intérieure et extérieure puissants, qu’on peut modifier pour différentes raisons. 

Déjà en 1917, les occupants d’outre-rhin l’avait compris pour la Belgique et les territoires français envahis. Une Bruxelloise témoigna dans l’entre deux guerres: Parmi les vexations qu’ils nous firent subir, nos despotes nous imposèrent l’heure allemande. Nous ne l’adoptâmes jamais. Néanmoins à Bruxelles, les horloges publiques devaient l’indiquer. Cette mesure inspira une petite chanson où il était dit qu’en avançant l’heure, l’ennemi ne parviendrait qu’à hâter d’une heure le moment de notre victoire ! 

Le fuseau horaire peut aussi être un enjeu de cohésion nationale, en particulier pour les pays les plus « larges » sur une planisphère. La Russie, par exemple, couvre 11 fuseaux horaires. Mais elle a brièvement tenté d’en supprimer deux pour passer à 9 fuseaux horaires. En 2010, le président Medvedev pensait ainsi rapprocher les Russes, mais il a  surtout provoqué une vague de mécontentement. D’où un retour aux 11 fuseaux horaires et à l’heure d’hiver permanente en 2014 sous Poutine.

Situation inverse en Inde ou en Chine, où malgré l’étendue de leurs immenses territoires, tout le monde est sur le même fuseau horaire. Pour la Chine c’est GMT 8 alors que le pays est étalé sur 5 fuseaux. Pour les chinois les plus à l’ouest, le soleil se lève et se couche donc cinq heures plus tard que pour ceux de l’est. Le continent indien comprend 270 langues maternelles, dont 122 langues importantes, quand la Chine parle officiellement le mandarin avec 850 millions de locuteurs, mais doit aussi composer avec le wu, le cantonais, le min, le jin, le xiang, le hakka, le gan, le hui et le ping. Voulez-vous vraiment rajouter à ce melting pot linguistique la complexité des fuseaux horaires ou opter, comme le Yuan ou la Roupie, pour une monnaie et un horaire unifiés qui simplifient les échanges intérieurs? 

L’Australie a coupé la poire en cinq entre unité du territoire et « heure ressentie » par les habitants: le pays s’étale sur trois fuseaux horaires mais avec des décalages réduits entre chaque « tranche » : GMT 8 à l’ouest, GMT 9,5 au centre, GMT 10 à l’est. Les terribles incendies, qui ont frappés le pays des koalas, trouvent probablement leurs origines dans les cerveaux ou les calculettes qui se sont enflammés en cherchant à estimer le décalage horaire d’une région à l’autre en base 60 avec des distances exprimées en système impérial à base de pieds et de pouces, en tenant compte des deux états du sud-est du continent qui pratiquent l’heure d’été et pas les trois autres.

Techniquement deux territoires ne sont sur aucun fuseau horaire ou plutôt sur tous et pour cause: l’Antarctique et l’Arctique qui sont situés aux pôles. Cela ne les empêche pas d’être partagés entre différents pays, qui eux ont des heures bien précises. Traditionnellement, les stations scientifiques font au plus simple, surtout au plus vital, puisqu’elles se calent sur le fuseau horaire de leur base de ravitaillement et pas celle de la mère patrie. Ainsi la base américaine Amundsen-Scott applique l’heure de la station McMurdo, sur le fuseau horaire de la Nouvelle-Zélande à GMT +12 et pas celle de son pays d’origine, les États-Unis à GMT-8 soit 20 heures de décalage avec les USA .

Les fuseaux ont beaucoup varié en Corée , le pays du matin calme, ou censé l’être. En 1905, les Japonais colonisent la Grande Corée et lui impose sa propre heure en 1912 « Les impérialistes japonais occupaient notre pays avec leurs militaires et ont pillé notre territoire et nos biens, et aussi commis le crime de changer l’heure standard dans notre pays » 

La partition de la Corée en deux entités antagonistes ne va pas simplifier la donne. En 1954, la Corée du Sud change d’heure pour marquer sa rupture avec le Japon, se retrouvant donc en décalage avec le Nord, mais revient sur sa décision sept ans plus tard en 1961 se trouvant donc de nouveau raccord avec son remuant voisin du Nord. 

En 2015 pour marquer le 70e anniversaire de la libération de la péninsule coréenne du règne colonial japonais, la Corée du Nord adopte la nouvelle « heure de Pyongyang » qui est donc l’ancienne heure coréenne mais plus celle de la Corée du Sud. Vous suivez toujours? Bonne nouvelle pour ceux qui commencent à vaciller: les coréens ne pratiquent pas les changements d’heures d’été ou d’hiver.

Mais Kim Jong-Un a dit qu’il avait trouvé « déchirant » de voir, lors d’un sommet bilatéral, deux horloges murales qui donnaient deux heures différentes, celle du Sud et celle du Nord, sans rappeler que c’était de son fait si les heures différaient de nouveau depuis trois ans.

En Corée du Nord, tout dépend du dirigeant suprême Kim Jong-Un, qui entre autres titres ronflants est grand successeur de la cause révolutionnaire, chef remarquable du parti et du peuple, génie des génies, Maréchal de la République populaire démocratique et commandant suprême de l’Armée mais aussi Grand soleil du XXIe siècle: il est donc l’heure lui-même et décide des fuseaux horaires, évidemment.

En conséquence le Nord change encore d’heure en 2018 pour s’aligner avec le Sud, et le Japon par la même occasion, qui vivent sur le même fuseau horaire: 9 heures de plus que l’horaire du Méridien de Greenwich, près de trois ans après avoir imposé ce décalage, justement pour prendre de la distance avec l’heure japonaise « impérialiste ». Un geste symbolique mais pas anodin assurément.

boutique horloger à Séoul en 2016

Cela a ressemblé à un passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été, mais les Nord-Coréens ne devront a priori le faire qu’une seule fois: à Pyongyang tout le monde a fait avancer sa montre d’une demi-heure, pour passer à l’heure de Séoul. C’est l’une des mesures symboliques du régime nord-coréen, même s’il paraît ironique de parler de régime avec le dodu Kim Jong-Un. Signes de bonne volonté comme la fin des haut-parleurs dressés de part et d’autre de la frontière, qui diffusaient à tue-tête et constamment la propagande des deux camps pour convaincre les lapins, seuls occupants de la zone frontière démilitarisée.

Si les potentats nord-coréens sont en retard politiquement, ils ne perdent pas le Nord et doivent être bien bien à l’heure. Selon le décompte de la très pointilleuse et fiable Fédération de l’Industrie Horlogère Suisse qui se base sur les bordereaux d’exportation, l’entourage du père du Grand Leader, le fort regretté et regrettable Kim Jon-il, lui avait acheté pas moins de 94 montres à l’occasion de son 70ème et dernier anniversaire. Un nombre modeste par rapport à 2009 avec ses 662 montres et 449 montres en 2008 précise le quotidien sud-coréen The Korean Times, mais en général papa dictateur apparaissait poignet nu.

Son fils, bien plus show off , s’affiche avec autant de somptueuses montres suisses qu’un général coréen peut accrocher de médailles sur son uniforme. 

Usine de Puteaux 1919 à 1964

Carte_France_geo_dep2Les implantations géographiques de Jaz sont de deux ordres : les sites de productions et les bureaux d’administration . Les lieux de productions comprennent : l’usine de Puteaux , l’usine SAP de Colmar , l’usine-laboratoire de Nanterre , l’usine de Wintzenheim , la petite usine d’Annecy , le site des montres à Villers le Lac pour la France . Pour l’étranger : l’usine indienne SIFCO Jaz/Favre-Leuba , l’usine brésilienne IBREL de Manaus et l’usine Jaz espagnole .

VENDRE n°5 Mars 1924 ours page 312Texte de Ivan Benel , co-fondateur de Jaz , dans Vendre Mars 1924                                                                                                                                                                     Fondée en 1919 , Jaz ne commencera à produire qu’en 1921 , le temps de recevoir les rapports des employés envoyés aux Usa pour étudier les méthodes industrielles américaines , de  concevoir les premiers calibres mécaniques et de construire son usine à Puteaux . Elle est située avenue Saint Germain , ensuite nommée Route nationale n°13 , puis au moment des travaux devenue avenue du Président Wilson , s’agissant de Woodrow WILSON , président américain , d’abord neutre et isolationniste , qui engage les USA dans le conflit mondial en 1917 , fonde la Société des Nations et obtient le Prix Nobel de la Paix , cette même année 1919 ; Avenue Wilson qui prendra le nom du Général de Gaulle après la seconde guerre mondiale .Jaz versus Allemagne N’oublions pas que la CIMH , raison sociale de Jaz , est née du traumatisme de la Grande Guerre , de son impact économique et humain , de la volonté de proposer un réveil qui écrase l’offre allemande en France et à l’international : JAZ a vraiment failli s’appeler OZARM , qu’il faut bien entendre comme le revanchard début de la Marseillaise : Aux Armes !

avenue du pdt wilson L’usine Jaz est juste à droite , hors champ . Encadré en rouge: le monument de la Défense de Paris ; Devant la statue , le tramway et la station où descendaient les ouvriers pour se rendre au travail , pour ceux qui venait des communes limitrophes de la couronne desservies par le tram électrique sur rail dont on voit un caténaire sur son pylône .

Les ouvriers qui venaient de Paris ou de l’Est Parisien prenaient le métro puis le bus ..ligne38_28a..ou le tramway , lignes 47/43 ou 85 depuis le métro Neuilly  . Ils bénéficiaient d’un tarif spécial coupon retour ouvrier à certains horaires . Puteaux  est une petite commune de 319 hectares – soit moins que le  VIII° arrondissement de Paris – avec une forte déclivité , l’altitude variant de 29 à 78 mètres . Jaz était implanté dans le Haut-Puteaux comme beaucoup d’usines , tandis qu’un autre groupe , encore plus important  d’industries longeaient les quais de Seine .Jaz entrée des ateliers Il existait également cette autre entrée pour les ouvrières , depuis le bas de Puteaux . L’usine , non- visible puisque non encore bâtie , se trouvera tout en haut à droite . La rue des Pincevins , longue de 523 mètres , est élargie et viabilisée en 1896 puis renommée Edouard Vaillant , le 3 juin 1925 . Elle ne fait plus de nos jours que 323 mètres de long .rue des Pincevins 1928L’oblitération est de 1928 mais la carte est bien antérieure , c’est précisément sur ce plateau , en haut de la rue des Pincevins , à gauche , que sera construite l’usine Jaz .prospectus-1923-page-21catalogue 1934-35 page 0 Jaz Tarif 1936 0L’usine est tout d’abord officiellement sise au 73 avenue du Président Wilson puis au 7 ( pas en raison d’un déménagement mais d’un changement de numérotation ) . En 1936 , en raison de ses agrandissements , elle est domiciliée au 46 rue Edouard Vaillant , la petite rue perpendiculaire descendante qui longeait l’usine , précédemment rue des Pincevins . pincevins (2)L’usine est donc édifiée sur la parcelle dite La Demi-Lune , avec entrée donnant d’abord  sur la rue des Pincevins .prospectus-1923-page ruesAinsi s’explique un changement d’adresse qui intriguait les collectionneurs : l’usine n’a pas bougé , c’est la domiciliation qui varie à angle droit !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Consultez notre article relatif aux autres usines horlogères ( article à venir ) 


Prospectus 1923 page 2Prospectus 1923 page 21 . Ce document , comprenant des informations techniques , est destiné aux professionnels de l’horlogerie , revendeurs , etc . Une page est consacrée à l’usine de Puteaux construite en 1919/1921 . Derrière un bâtiment rectangulaire de trois étages , fortement vitrée , on comptabilise la toiture en dents de scie de six sheds prospectus-1923-page-7Dans ce même fascicule , on trouve quatre vues de l’intérieur de l’usine Jaz de Puteaux prospectus-1923-page-41Comme la majorité des usines d’avant l’électrification , les machines étaient animés par des courroies : l’usine Jaz n’échappait pas à la règle de la transmission de l’énergie par ces bruyantes sangles et poulies , qui nécessitait des employés uniquement dédiés à leur entretien , réglages et réparations .prospectus-1923-page-51On notera la séparation des tâches dans les différents ateliers entre ouvriers et ouvrières
prospectus-1923-page-61Chez Jaz , les ouvrières , que nous voyons en blouses à leurs postes , ont été formées en interne à des tâches peu spécialisées et mal payées , comme en témoignent les différents mouvement sociaux qui secoueront la manufactures et dont nous nous ferons l’écho dans un prochain article . Ces vues , des grands ateliers Jaz à Puteaux , marquent une étape capitale dans l’histoire de l’industrialisation de l’horlogerie , puisque précédemment la fabrication de pièces fonctionnait traditionnellement selon le procédé dit de l’établissage : des artisans spécialisés travaillent à domicile et fournissent chacun un élément très spécifique . Les pièces sont ensuite collectées et assemblées par un « établisseur » , selon le principe de la production proto -industrielle , dont Frédéric Japy  est le promoteur . Pour chaque poste de travail , Japy conçoit une machine-outil adaptée et capable d’opérer une production en série . Ainsi , il augmente à faible coût les cadences de production , tout en réduisant la main d’œuvre nécessaire . usine JapyPour Japy , l’un des pionniers du paternalisme moderne , l’étape suivante consiste à regrouper ses ouvriers autour de sa fabrique pour minimiser les coûts de transfert . maisons JapyAprès avoir développé un système de division du travail pour son usine d’ébauches de montres , Japy décide en effet d’installer ses ouvriers au plus près de leur lieu de travail . Il fait construire une aile de logements attenante à l’usine et des pavillons . Les ouvriers mangent le soir à la table du patron . Pour Jaz , rien de tout cela , qui puise dans le bassin ouvrier de l’ouest parisien sa main d’œuvre , plus ou moins qualifiée .verso 1 & 2Extrait d’un petit prospectus de 1924 – que l’on trouvait plié dans les boîtes de Jaz donc destiné aux particuliers . Les différences avec l’image précédente sont minimes .           Les éléments qui amène l’implantation de cette usine à Puteaux sont multiples : un emplacement libre , suffisamment important et pouvant être agrandi puisqu’il le sera  , dans un tissu urbain peu dense mais proche de logements ouvriers , desservis par des transports en communs pour le personnel ou le train pour les fournitures , proche de Paris où se trouve les bureaux de la Direction et du Service Commercial .maison-carton-versoJaz avait distribué un petit triptyque en forme de maison , à destination du public , carton espagnol 2en Espagne même communication sur la nouvelle usine de Puteaux usine Jaz et DéfenseLa statue de Barrias est un excellent point de repère pour se situer à travers les années et les bouleversements urbains incessants sur Puteaux et Courbevoie . 10 millionLouis-Gustave Brandt , co-fondateur de Jaz , décroche décroche le dix millionième Jaz , en Juillet 1943 , à l’usine de Puteaux . On  le reconnait aisément à sa stature imposante derrière la chaîne de production , Paul Nicolas , qui aura à gérer pendant la guerre les pénuries d’électricité , de chauffage , de matières premières et les restrictions de l’occupant ( Extrait Jazette 1943 ) . Voir notre article , à venir , Jaz pendant la Guerre .puteaux-place-de-la-defenseUltime cohabitation entre la statue de Barrias et le CNIT , inauguré en 1958 par le Général De Gaulle .

Elle représente la Défense de Paris en 1870/71 . Plusieurs fois déplacée en fonction des chantiers de la Défense , s’est pourtant elle qui donne son nom au quartier d’affaires , le quatrième au monde en attractivité .usine jaz à PuteauxVue aérienne de Puteaux à gauche et Courbevoie à droite ; encadré l’usine Jaz ; en bas le Pont de Neuilly donne sur une large avenue qui n’existe plus , remplacée par le tunnel de la Défense en sous sol , coiffé par l’esplanade qui aboutît de nos jours à l’Arche de la Défense , implantée au delà du carrefour de la Défense .usine jaz à Puteaux détail Détail de la photo précédente ; l’usine se voit de profil usine Jaz et CNIT expliqué Changement d’angle : les sheds très blancs sont au premier plan le bâtiment à étages derrière . Le CNIT est en construction , l’usine Jaz entame ses derniers jours .usine Jaz et CNIT grossissementagrandissement : les sheds sont au premier plan .cnit_1956 ciel1956 , vu du ciel au bout de la pointe de la flèche l’usine Jaz , à l’angle des rues Edouard Vaillant et de l’Avenue du Président Wilson 1953 page 0Catalogue 1953 couverture . En bas l’usine historique de Puteaux considérablement agrandie depuis les vues de 1921/1924 . En haut l’usine à Colmar de la Société Alsacienne de Précision , plus connue sous son acronyme SAP , qui produisait des petits réveils estampillés CARAT. Société et usine reprise par Jaz en 1951 .usines jaz catalogues 1954 page 0Catalogue 1954                                                                                                                         Les catalogues étaient destinés aux revendeurs , toutefois ceux -ci  les montraient à leurs clients pour passer commande d’un Jaz qui n’était pas en stock chez l’horloger . Les particuliers pouvaient donc apercevoir brièvement cette page , où l’on voit en haut l’usine historique de Puteaux . Juste en dessous l’ancienne et massive usine SAP de Colmar qui fabriquait les réveils Carat à calibre AB devenus COLMIC , ALSIC et SAPIC  . En bas une vue depuis les champs de l’usine du Haut-Rhin en banlieue de Colmar . En 1954 , année de publication de cette photo , pour faire face au développement constant de son activité, Jaz s’implante à Wintzenheim sur un terrain de 40.000 m2 dont 20.000 m2 couverts avec de longs sheds , hérités de la soierie qui avait construit les bâtiments en 1920 .  Etrangement Jaz n’a jamais montré la moindre image de sa petite usine d’Annecy , avenue des Romains .1955 page 0Catalogue 1955 : les trois sites de production de Jaz sont indifférenciés sur cette page 1955 pub galbic et dimic1955 :exception dans la communication de Jaz , cette page montrant la presse de 1o00 tonnes dans a presse grand public . 1962-63 page 1Catalogue 1962 /1963 page 1                                                                                               La presse de 100 tonnes se trouvait à Puteaux au rez de chaussée , en raison de son poids et des vibrations qu’elle engendrait , même si les 100 tonnes citées ne sont pas son poids mais sa puissance d’emboutissage. On remarquera -plus haut- qu’en 1955 , la même presse était censée avoir une puissance de 160 tonnes . Paul NicolasPaul Nicolas à l’usine -mère de Puteaux  entre les bancs de test des Fanic et Talic                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         Hormis l’énergie et la matière première , Jaz contrôlait , de haut en bas , les divers stades de sa  production : c’est l’intégration verticale ; pas tout à fait totale , puisque Jaz n’était pas propriétaire de ses points de ventes , assurés par des horlogers concessionnaires non exclusifs , qui pouvaient vendre également des Vedette , des Oméga , des Bayard , etc . Mais Jaz n’a pas négligé l’intégration horizontale en absorbant ses concurrents , comme Carat , Japy et SMI à Marseille  .  1964-65 3Catalogue 1964/1965 page 3voie de l'horlogerieCertes l’usine Jaz de Puteaux a totalement disparu et le quartier est tellement bouleversé que les rues elles mêmes qui l’entouraient ont été supprimées . Néanmoins si vous observez attentivement cette vue satellitaire , vous verrez un entrelacs de chemins , tous nommés voie de l’horlogerie à son emplacement en son hommage et sa mémoire . voie de l'horlogerie                                                                                                                                                                             L’INDUSTRIE À PUTEAUX au XX° SIÈCLE                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             L’objet de ce petit panorama des industries à Puteaux est d’analyser le contexte de l’implantation de Jaz dans cette commune et d’en cerner les raisons sociales et logistiques .Puteaux carte                                                                                                                                                                                                                                                                                                La ville de Puteaux , commune de l’Ouest parisien , est riche d’un long et prestigieux passé industriel , en particulier dans les domaines de l’automobile avec De Dion-Bouton , mais aussi Unic Saurer et Daimler-Benz , de l’aéronautique Zodiac Aerospace , de l’armement avec les Ateliers de Puteaux  , des encres d’imprimerie Charles Lorilleux , des parfums Coty , etc .quai-national-les-cheminc3a9esLe nombre de cheminées donne une petite idée de la densité de l’industrialisation en bords de Seineputeaux-vue-generale-dirigeable Une vue générale dévoile une autre forêt de cheminées ; à noter la silhouette de la Tour Eiffel et les deux minarets du palais du Trocadéro de Davioud . En revanche pour le dirigeable , il s’agit un photo-montage fréquent vers 1910 ; on peut trouver la même carte postale , plus tôt , sans ce ballon , puis plus tard avec un avion .pub zodiacEt pourtant , il y avait bien des dirigeables à Puteaux , fabriqués par Zodiac , de l’autre côté de la place de la Défense , face à l’usine Jaz . Zodiac en teteL’adresse de Zodiac était tout d’abord 15 route du Havre , devenue 15 avenue de la Division Leclerc après guerre ; comme l’avenue de l’usine Jaz qui a changé de nom après chaque guerre . Expropriée pour être remplacée par le CNIT , l’adresse du transfert est mentionnée au tampon sur ce papier à en-tête , à savoir Courbevoie , une des communes limitrophes de Puteaux . Jaz fait un choix très différent en se relocalisant en Alsace dans deux usines près de Colmar . Voir notre article sur Jaz et les antonomases .

Sur ce plan apparaît la portion  triangulaire de l’usine Zodiac en jaune où le CNIT sera construit expliquant la forme très particulière de cet audacieux geste architectural .

usine-de-dion-bouton à PuteauxDe Dion-Bouton . En 1900 , cette marque est le plus grand constructeur automobile au monde , à l’origine de l’essor planétaire de cette industrie , fournisseur de moteurs pour 200 marques . Une première usine est implantée Quai national , devenu depuis Quai De Dion -Bouton , au bord de la Seine avant de construire une deuxième usine près de Jaz au Rond Point de la Défense pour un total de 4.500 ouvriers . Le nom De Dion est inscrit sur la Tour Eiffel parmi les 72 grands savants français .                                                                                                                                        puteaux-hauts-de-seine-ch-lorilleux-et-cie-usine-de-puteaux-vue-aerienneL’industriel Charles LORILLEUX (1827+1893) , fabricant d’encres d’imprimerie , a été maire de Puteaux . Comme Jaz plus tard il bâtira un deuxième site sur Nanterre puis 29 dépôts et agences, et 41 usines et succursales en France et à l’étranger.coty puteauxL’usine de parfums COTY , anciennement Le Jouet Français , dit l’Atelier des mutilés en raison des poilus réinsérés par la facture de jouets et automates  , en 1915 ,  et destinée à concurrencer les jouets allemands , comme Jaz dont les fondateurs avaient clairement formulé leur volonté de battre les horlogers d’outre-rhin  .                                               François COTY  ( 1874+1934) en inventant la parfumerie moderne , devient un des premières fortunes mondiales , au prix d’une condition ouvrière épouvantable dans ses usines de Suresnes et de Puteaux . Avant de mourir lessivé par la crise de 1929 , son mode de vie fastueux et un ruineux divorce .arsenal04 L’Arsenal national de Puteaux était désigné par les initiales APX , la plupart des armes et munitions de la première guerre mondiale y ont été fabriquées ou conçus par 6.000 ouvriers . En Angleterre c’est l’industrie alimentaire qui est pionnière dans la rationalisation des chaînes de production , pas du tout en France où ce secteur est très en retard . C’est l’industrie de l’armement qui va mener l’offensive en France , à la Manufacture Saint Etienne et dans les arsenaux nationaux . Faisant apparaître un corollaire souvent oublié dans ce processus : l’interchangeabilité et la standardisation des pièces détachées : cela paraît évident mais c’est nouveau . puteaux-sortie-des-ateliers-de-la-lampe-osram Le point commun , à toutes ces industries , est la production à la chaîne provoquant lentement une consommation de masses et non y  répondant , comme de récentes études l’ont démontré . Ce n’est pas la demande qui a provoqué la Taylorisation . En produisant des Ford A et Ford T en masse , la Fordisation ne répond pas à une demande pressante des américains moyens mais au contraire leur propose un produit , jusqu’alors tellement hors de portée , qu’ils n’en rêvaient même pas . Comme John Ford , Jaz applique le travail à la chaîne dès ses débuts , fort de l’expérience de son cofondateur Louis-Gustave Brandt , de la famille qui installe la première usine de production de masse pour des montres à Bienne en Suisse . Ivan Benel , l’autre cofondateur de Jaz , explique avoir envoyé des employés s’inspirer des méthodes américaines sur place à travers les USA .recto 6 & 7 Si Jaz imite Ford dans sa méthode de production et sa cible commerciale . Il y a une grosse différence sur l’attente de son offre , puisque l’horloger répond d’abord à une demande réelle des classes laborieuses qui ont vraiment besoin d’un réveil ponctuel pour aller au travail . Aussi pendant les cinq premières années sont proposés des réveils basiques et multitâches que l’on retrouve au bureau , à la cuisine , au salon , etc . La fiabilité des réveils produits fait le bonheur des acheteurs , pas celui du fabricant qui sature rapidement le marché . Il convient alors de provoquer une demande moins nécessaire en créant la mode dans l’horlogerie comme dans l’habillement  , l’ameublement par des offres de pendules et pendulettes décoratives pour chaque pièce de la maison , chaque style et toutes les classes sociales .machine à vapeur Dinin PuteauxJaz pouvait s’auto-alimenter en énergie comme les usines de batteries et de véhicules électriques DININ de Puteaux et leur machine à vapeur : c’était donc une usine électrique à vapeur .

 L’usine Ouest- Lumière en 1901

ouest lumière                     L’usine Ouest-Lumière en 1920                                                                                   Les usines pouvaient , aussi bien , se fournir auprès de l’usine d’électricité Ouest Lumière de la rue Volta , qui donnait sur le Quai national près de l’Usine Dion Bouton . Cette différence est à l’origine des définitions que les industriels  attribuaient eux mêmes à leurs établissements et qui nous semble incongrues de nos jours : usine à vapeur ou usine électrique , par contraste avec les anciennes usines hydrauliques des pipiers , des horlogers ou lunetiers toutes alimentées par La Bienne qui traverse Morez puis Saint Claude , par exemples .Voir notre article sur les usines Odo à Morez . Avant la nationalisation du secteur électrique par le Général de Gaulle en 1946 , ce ne sont pas moins de 1450 entreprises françaises privées qui coexistent pour assurer la production, le transport et la distribution d’électricité et de gaz aux industriels d’abord et aux particuliers , ensuite . Des usines fabricants de l’électricité fournissaient localement les usines qui n’étaient pas autonomes au niveau énergétique . 1917-cafes-torrifies-narcisse-rihal-torrifacteur-rue-de-paris-perles-javanaises-usine-a-puteauxLes cafés et Tapiocas Rihal avait donc une usine à vapeur à Puteaux  puteaux inodation 1910La fameuse inondation qui a frappé Paris en 1910 a touché tous les riverains de la Seine quai-national-puteaux-1910En s’installant sur les hauteurs de Puteaux , Jaz échappait aux inondations …Puteaux rail et péniches…mais ne profitait pas directement du transport commercial fluvial par péniches qui apportaient , entre autres , la houille aux usines électriques ou à vapeur qui , au final ou plutôt à la source, étaient toutes des usines à charbon . Sur cette carte postale : une grue de transbordement et la cheminée de l’Usine Électrique l’Ouest Lumière à l’horizon .usine-de-puteaux-fabrication-des-savons-mous-et-durs-des-huiles-de-pieds-de-boeuf-gelatineLe porteur de cette action était déjà contraint d’assumer l’activité de fabrication des savons mous et durs , des huiles de pieds de bœuf et autres denrées glamours comme la gélatine , on peut comprendre que l’imprimeur n’est pas voulu l’accabler d’avantage en optant pour Usine de Puteaux plutôt que de choisir le difficile à entendre : Usine Putéolienne .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       LES CONFLITS SOCIAUX chez JAZ ( article en préparation )

Serge Lifar et son MUTIC en 1940

Serge Lifar chez lui (2)Serge LIFAR chez lui au lit , le 28 Novembre 1940 . Sur sa table de nuit , derrière son paquet de cigarettes , un réveil de voyage Jaz : le MUTIC de 1938 .                                   Photo par Roger PARRY ( 1904+1977)  Donation Roger Parry , Ministère de la Culture , conservée à la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine dite MAP.  Epreuves pour un reportage dans la revue collaborationniste , La Semaine , revue hebdomadaire de spectacles qui paraît entre 1940 et 1944 . Consultez notre article sur Roger PARRY .

Serge Lifar chez lui (3)Serge LIFAR en train de se raser lors de la même séance de prise de vues , à l’extrême droite en bas , le MUTIC est tellement reconnaissable que l’on peut identifier le modèle exact en sa possession . La Semaine, 28 novembre 1940 serge lifard pour son ballet 'Les chevaliers errants' à l'Opéraextrait de LA SEMAINE Novembre 1940 , sous une horloge murale ,  son téléphone à deux cloches , et son MUTIC sur la table de nuit . Serge Lifar chez lui (1) Serge LIFAR chez lui triant les dessins préparatoires des costumes du ballet Le Chevalier Errant ( et non Les Chevaliers Errants comme indiqué sur le site du Ministère de la Culture )  .

Serge LIFAR (1905+1986) ukrainien d’origine , était un célèbre danseur étoile , influent chorégraphe et maître de ballet de l’Opéra de Paris, pendant l’Occupation allemande de Paris de 1940 à 1944 .

Après la mort de Diaghilev en 1929, dont il sera l’un des deux légataires universels , Serge Lifar entre à l’Opéra de Paris . Il sera nommé en 1935 le premier danseur étoile masculin de l’Opéra de Paris , avec son grand succès, le ballet Icare . En 1956, à l’âge de 51 ans, il dansera son dernier ballet.

Après avoir quitté l’Opéra de Paris en 1956 , Lifar poursuit sa carrière internationale en tant que chorégraphe , monte des ballets en Argentine , en Australie , en Italie et en Suède .

Durant les dernières années de sa vie, il vivait à Lausanne, auprès de la comtesse Ahlefeldt .  Elle est inhumée à ses côtés au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois .                                                                                                                                                                                                                                                                                         marquis de cuevas Dans la vie de Serge LIFAR , il y a deux épisodes bien connus des amateurs d’anecdotes : en 1958 , son duel avec le marquis de Cuevas dont le témoin , avec son bandeau sur l’œil droit , est bien le jeune Jean Marie Le Pen …Hitler à paris.. et il aurait été le guide lors la visite éclair d’Hitler à l’Opéra de Paris en Juin 1940

AH-paris-juin-1940La visite éclair et matinale du dictateur nazi , en juin 1940 dans un Paris fraîchement vaincu , a été immortalisée par quelques rares photos et les caméras de la propagande allemande , mais diffusée très tardivement en Allemagne uniquement , si bien que la date précise n’est pas certaine . hitler à Paris le bourgetHitler, ce matin-là , s’est posé à l’aéroport du Bourget à 5 h 30 avec son avion personnel , un Condor quadrimoteur beige et est resté en tout et pour tout deux heures et quart dans Paris , il ne reviendra jamais à Paris . Le croyez vous ? on a l’heure , la durée précise mais pas la date exacte !

A noter que le mystère concernant la date de cette visite pourtant illustre , nous a tourné la tête lors de nos recherches pour cet article . Dans ses souvenirs, Pierre Mendès France la place au 15 juin : connaissant sa probité : on serait tenté de le croire . Le Cardinal Alfred  Baudrillart  dans ses fameux Carnets , en 9 volumes et 10.000 pages , affirme que c’était le 16 , s’agissant d’un journal fait au jour le jour : on serait tenté de le croire . Le sculpteur Arno Breker , qui a accompagné Hitler , affirme que cela s’est passé le 23 , en tant que témoin direct : on serait tenté de le croire . Mais le ministre / architecte , Albert Speer , présent lui aussi sur la photo ce jour là , assure que la visite a eu lieu le 28 , sachant combien les historiens ont apporté de crédit au seul ami d’Hitler :  on serait tenté de le croire . Enfin il y a l’avis des grands historiens : on serait , eux aussi , tenté de les croire , mais ils hésitent : Herbert Lottman  évoque le 23 Juin  dans La Chute de Paris . Tandis que le biographe d’Hitler ,  Ian Kershaw , avance la date du 28 pour sa part . Jean-Pierre Azéma  dans 1940 l’année terrible , au Seuil en 1990 ,  situe la visite le 23 , mais dans sa récente réédition chez Fayard  re-titrée 1940 l’année noire ,  il porte la date au 28…                                                                                                                                                                                                                                                                                        Nous n’avons aucune information inédite sur la date , même si le 28 Juin a notre préférence en raison de l’appétence du Führer pour les vengeances symboliques  , comme le wagon de l’Armistice. de Rethondes . Le 28 juin est la date anniversaire du Traité de Versailles , diktat selon lui , signé en 1919 .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Serge Lifar avec les clefs de l'opéra de Paris en 1940Serge Lifar en 1940 avec les clefs de l’Opéra de Paris , photo 13 x 18 cm  vendue le Lundi 22 Avril 2013 à Bruxelles ,elle a relancé la polémique sur la visite d’Hitler à l’Opéra.

Serge Lifar se targua d’avoir fait visiter l’Opéra à Hitler dès le matin du 23 juin 1940 , ce qu’il nia ensuite. Ce fait fut largement diffusé dans la presse d’après-guerre et eut une immense portée symbolique pour ses défenseurs comme pour ses détracteurs lors de son procès pour collaboration après guerre.

Dussurget avec Theresa Berganza  et Maria Callas en 1964                                             Néanmoins il se trouve que , par un hasard extraordinaire , votre humble serviteur , co-rédacteur de Jazlebontemps a été dans sa lointaine jeunesse , les années 1985 à 1992 , ami intime et secrétaire de Gabriel Dussurget , fondateur du Festival d’Aix en Provence et conseil artistique de l’Opéra de Paris nommé par Malraux sous la direction de Georges Auric . Cette situation m’a permis d’assister , pendant ces belles années , à toutes les représentations de l’Opéra Garnier . D’ailleurs la première fois , j’étais assis entre Dussurget et Kochno , l’autre exécuteur testamentaire avec Lifar , du fondateur des mythiques Ballets Russes , Serge de Diaghilev . Toujours au premier rang à gauche du parterre , ce qui est loin d’être la meilleure place , mais permettait d’accéder en urgence à la scène  aux coulisses , aux loges d’artistes et à la loge du concierge , centre névralgique des petits secrets locaux . Celle-ci n’était pas tenue par Adolfo Ramirez /Gérard Jugnot comme dans Papy fait de la Résistance mais par le charmant Gino Dittaro , sa femme et sa fille , qui avaient succédé à Carla et Tonio Dittaro ,  lesquels tenaient leur place de Lucien Ferrari , concierge pendant l’occupation , depuis 1928 . C’est tout simplement lui qui , très prosaïquement , à ouvert les portes aux sbires d’un Hitler pressé mais qui avait une connaissance très précise des lieux et aucun besoin du moindre guide  , ce qui a beaucoup étonné ces vassaux , tous allemands , qui en témoigneront sans jamais citer ni Lifar , ni Ferrari non plus . Le brave concierge ne tenait aucune gloire de cette minuscule intervention , à raison : il n’a même pas vu le dictateur .

En revanche ce qui est avéré , c’est que Lifar  accueillit Goebbels à l’Opéra le 1er juillet 1940 , comme il le reconnut lors de son procès , en omettant de mentionner la lettre qu’il lui envoya ensuite à propos de l’avenir de la danse allemande . Les comités d’épuration , dont Dussurget était membre, et les tribunaux ont chassé Jacques Rouché , directeur de l’Opéra de Paris , et Lifar pour s’être compromis avec l’occupant . Il fonde alors et dirige les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo . L’éclat de ces créations , la demande insistante du public et des danseurs entraînent le retour de Lifar au poste de maître de ballet de l’Opéra de Paris en 1947. Il lui faudra néanmoins attendre 1949 pour qu’il puisse revenir sur scène en tant que danseur.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                   

 

HÉBERT Lucienne 1911+2001 déportée résistante

Née le 29 ou 30 mai 1911 à Paris XIVe arr. et décédée le 29 décembre 2001 à Nanterre  ; ouvrière cartonnière chez Jaz à Puteaux ; membre du Parti Communiste ; Fille de Albert Descottes , teinturier et de Henriette Friès , blanchisseuse , Lucienne Descottes épousa Célestin Hébert , le 28 février 1931 en Mairie de Puteaux .
Dès la fin de l’année 1940, quelques militants communistes de Nanterre dirigés par son époux Célestin Hébert distribuent des tracts du parti communiste clandestin nuitamment à la volée dans les rues de la ville et dans boîtes aux lettres . Willeme_camion_7_tonnesD’autres militants qui travaillaient dans la ville notamment chez les camions Willème étaient fournis en tracts.
                                                                                                                                                               En septembre 1941, à la suite de filatures, surveillances et enquêtes, les services de la préfecture de police mettent fin aux activités d’un important centre clandestin de propagande communiste qui s’exercent plus particulièrement dans la banlieue ouest de Paris et dans certaines localités de Seine-et-Oise. Ce centre clandestin constitue le quatrième secteur de l’appareil illégal et comprend les 41e, 41e bis, 41e ter, 42e, 42e bis, 43e et 43e bis sections , les groupes des usines Bastard , automobiles Simca , Solex , camions Willème ou Saurer , le camp d’aviation La Folie , les fonderies Montupet , Bloch , LMT ,l’avionneur SNCAC , Lobstein , diverses autres usines de Courbevoie ainsi que les groupes de base de Bezons, Carrières-sur-Seine, Houilles, Cormeilles-en-Parisis, Nanterre, Suresnes, Boulogne et Saint-Cloud . Les usines Jaz ne semblent pas comprendre de section clandestine de ce type .                                                                                                                                                     Espagne_1938_Savenaud_et_PozziPOZZI pendant la guerre d’Espagne en 1938

Le principal dirigeant de l’organisation clandestine se nomme Félix Pozzi , ancien syndicaliste CGT des pneus Goodrich à Colombes, l’un des dirigeants des grèves de 1936 et 1937 au moment du Front populaire. Il combattit en Espagne républicaine de mars 1938 jusqu’à la fin octobre ou début novembre 1938.
Une dénonciation est à l’origine d’une quinzaine d’arrestations dans le secteur de Nanterre . Vers le 15 août 1941 , un habitant de Nanterre, se présente au poste de police de la ville . Il vient se plaindre du fait que des tracts communistes sont déposés dans sa boîte aux lettres . Ce délateur est un voisin du militant communiste Célestin Hébert . Le commissaire de Puteaux , Lucien Bizoire demande aux policiers de la Brigade spéciale d’intervention du commissariat de mener une enquête . Les militants qui viennent se ravitailler en tracts , souvent à bicyclette  , chez le couple Hébert sont alors filés .
26 rue de suresnes NanterreLa maisonnette du couple Hébert en 2019 .                                                                                                                                                                  Un cycliste , Paul Lescop , est repéré et suivi car il se rend très souvent en fin de journée au 26 rue de Suresnes chez le couple Hébert .Prospectus 1923 page 2 Le 8 septembre 1941 , Lucienne Hébert est interpellée par un inspecteur de Puteaux sur son lieu de travail  : l’usine des réveils Jaz avenue du président Wilson à Puteaux . Son mari est interpellé à son domicile . Lors de la perquisition domiciliaire les policiers saisissent : une machine à ronéotyper à main , cinquante mille tracts ronéotypés et imprimés , deux cents kilos de papier et trois obus de 75 mm , ainsi qu’un pistolet automatique . Lucienne Hébert est interrogée au commissariat de Nanterre . roquetteDès le lendemain , elle est transférée à la prison de la Roquette à Paris , puis le 10 septembre à la prison de la Santé . La quasi-totalité des militants est repérée, quinze arrestations s’échelonnent entre le 2 et le 16 septembre 1941 .
Le 24 mars 1942 ,  tous comparaissent devant le Tribunal militaire allemand du Gross Paris
Le commissaire de Puteaux témoigne à charge . Quinze condamnations à morts sont prononcées , dont celles de Florentine Berson et Lucienne Hébert pour « intelligence avec l’ennemi ».

Le 10 avril 1942 , les treize hommes sont passés par les armes au Mont-Valérien à Suresnes : le mari de Lucienne Célestin Hébert avec Jean Lebon , Georges Hany , Daniel Becker , tous trois ajusteurs et le cycliste Paul Lescop , employé de bureau tout comme Edmond Dubuis, chaudronnier aux Usines Breguet et le plombier André Chabenet qui ont tous donné leur nom à une rue de Nanterre . Sont fusillés avec eux , ces quatre employés de chez Willème : Roger Bouchacour , ajusteur d’Argenteuil , Georges Lacaud, tourneur de Courbevoie ,  Daniel Baron tôlier et Charles Wagner ajusteur , ces deux deniers ont donné leurs noms à une rue de Bezons où ils habitaient . monument Pozzi à SannoisMonument rue Félix et Roger Pozzi à Sannois                                                                         Fusillé également René Muller, mécanicien chez l’avionneur Régy avec le plus important d’entre eux , le fameux  Félix Pozzi , monteur-électricien de Sannois dont une rue porte son nom et celui de son fils , mort en 1942 des suites d’une autre arrestation musclée .
Les Allemands ne fusillaient pas les femmes en France, ils firent un sursis à exécution puis commuèrent la peine en travaux forcés à perpétuité. Le 20 avril 1942 Lucienne Hébert et Florentine Berson quittent la Santé pour la gare de l’Est où elles prennent la direction de l’Allemagne. Lucienne Hébert affronte successivement les prisons de Karlsruhe où elle séjourne une semaine, celles de Anrath et Lübeck-Lauerhot , réservées aux femmes classées “NN” Nacht und Nebel –Nuit et Brouillard–  du 17 décembre 1942 au 4 avril 1944 .ravensbrück Ravensbrück , camp de concentration pour femmes.                                                                                                                                                                   Elle passe à Cottbus le 5 avril 1944 , avant d’être envoyée à Ravensbrück le 20 décembre 1944 où elle porte le matricule 94115. Le 4 mars 1945 elle est transférée à Mauthausen (Autriche), elle y arrive trois jours plus tard . Le 22 avril 1945 elle est enfin libérée par la Croix-Rouge . Florentine Berson n’a pas eu cette chance et sera gazée au camp de  Ravensbrück en 1945 , une résidence porte son nom à Nanterre .
                                                                                                                                                                    Le 12 mars 1945 un juge d’instruction inculpa le délateur de Célestin Hébert « d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». Clément , le dénonciateur était marié à Stéphanie , une allemande des Sudètes en Tchécoslovaquie . Le couple habitait le pavillon voisin du frère de Célestin Hébert . Membre du Mouvement Social Révolutionnaire , parti collaborationniste d’Eugène Deloncle , Clément assistait aussi aux réunions du Parti Populaire Français de Doriot. Il est donc farouchement anticommuniste . Après l’exécution de Célestin Hébert et de ses compagnons , il vend précipitamment son pavillon et déménage . Après la Libération , il est retrouvé par la police dans la Sarthe , arrêté, jugé, il est condamné le 19 octobre 1945 à vingt ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour au delà de cette peine .
Lucienne Hébert est auditionnée en 1945 par un juge d’instruction dans le cadre d’une commission rogatoire . Elle déclare qu’un inspecteur du commissariat de Puteaux s’était « présenté seul pour procéder à son arrestation à l’Usine Jaz où elle travaillait comme cartonnière. Après avoir exhibé sa plaque de police , il m’a prié de bien vouloir le suivre sans toutefois m’indiquer le motif de cette arrestation ».
« Conduite au commissariat de Puteaux, j’ai été interrogé par [lui], puis par le commissaire [Lucien] Bizoire et plusieurs autres inspecteurs. Je n’ai subi aucun sévices ni aucune menace de la part de Bizoire. Toutefois, ce dernier m’a fait remarquer que si je ne voulais pas parler, je n’aurais aucune chance de revoir ma fille ».
Cité Mag Février 2017 n°50Cité Mag , revue municipale de Nanterre ,Février 2017 ,n°50                                                                                                                                                        Lucienne Hébert a été homologuée au titre de la résistance intérieure française et en tant que déportée internée résistante  et veuve de résistant , fusillé Mort pour la France . Avoir été la seule survivante de ce groupe de résistants , l’a longtemps tenu à l’écart des honneurs dont ses camarades ont été comblés avec , pour la majorité d’entre eux , des rues portant leurs noms . Mais notre ex-cartonnière chez Jaz n’est pas oubliée à Nanterre : elle a donné son nom à une résidence, en novembre 2019 (voir le fascicule distribué le jour de l’inauguration, et au nouveaux locataires) .nos déportés Jazette n°9 Janvier 1946 page 4Jazette n°6 de Janvier 1946 page 4 . Etrangement la déportée résistante , à laquelle nous avons consacré un article ,  Lucienne Hébert n’est pas au nombre des déportés mentionnés dans cette Jazette pas plus que Cyrla Szulewicz , mère de Georges Pérec employée chez Jaz de 1941 à 1942 . Voyez notre article consacré à Marcel Herscovic et Julia Dzenziolsky , tous deux employés chez Jaz et victimes de la barbarie nazie .

Les Jaz de style Art Déco

La consultation des petites annonces de vente est un exercice parfois hilarant , parfois désolant par l’abondance des fautes d’orthographes , des descriptions fautives , des indices de rareté totalement erronés et des prix extravagants . Mais le plus ridicule est de voir qualifié Art Déco à tout-va , des pendules Napoléon III , Henri II , Moderniste , Fifties ou Sixties et surtout des réveils sans style du tout  , par des vendeurs convaincus qu’il s’agit d’un sésame absolu . Aussi avons nous décidé de définir l’Art Déco et énumérer les Jaz qui appartiennent à ce style et cette période.

L’Art Déco est un mouvement artistique qui commença en 1910 pour se terminer en 1939 . Ce style typiquement français succède à l’exubérance de l’Art Nouveau qui était avant tout ornemental , s’appuyant sur l’esthétique des courbes organiques ou végétales , décrié sous le nom de Style Nouille .

Les trois premiers Jaz décoratifs NORMAL , ARTIST et  BUREAU relèvent d’un style hybride entre l’Art Nouveau par leurs formes arrondies et leur décor floral , néanmoins mâtiné d’une pointe d’Art Déco par la stylisation des formes.

Au contraire, l’Art déco revient à la pureté des formes et se veut à la fois géométrique et décoratif. Il est extrêmement influent surtout dans l’architecture et le design, ainsi que toutes les formes d’arts plastiques . Le terme Art Déco fait référence à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes organisée à Paris en 1925 qui marqua la consécration de ce style.

Ce mouvement se caractérise essentiellement par la simplification des formes, la stylisation des motifs tout en s’inspirant des mouvements artistiques contemporains : les couleurs vives des Ballets Russes et du Fauvisme, les formes esthétiques de l’Art Nègre, les formes géométriques du cubisme, du futurisme et du constructivisme.

Les matières employées définissent également l’Art Déco avec l’emploi de la bakélite , des chromes , des verres colorés , des pâte de verre , des bois précieux , etc.

CLIQUEZ sur LES VIGNETTES pour accéder à l’ARTICLE CORRESPONDANT
amplic-3horloge-bakelite-faceapplic-1936applic-19481argic-bleu1articartic-bleubasic 1939chamic1charmic-4000cramic boiscramic-facegalerie-des-cubicfantic-1937fasticfastic-dessusfonic thuyafonic-multipans-6fonic-vert-et-thuyagallic-nymphes-21genic-1gotic1gotic-bakelitegotic-jaune1baklite-gb1940-facejanic-1932-nljolic-jaune-et-chrome-1949jolic chromelorriclotic-1lucic-1928nordic 19381938-pendulette-5normic-1939-1nymphic-3006-droitoblic2paric-1944persicportic-faceromic-facestatic-2sylvic-facetoric-marbre1touric1verdicanniversaire

Les réveils Jaz de style Art Déco sont , évidemment , tous mécaniques , excepté le modèle du 70° anniversaire qui est une réédition à quartz

Les GAILLARD une dynastie d’horlogers bijoutiers

Le passage Choiseul , avec ses 190 mètres de long et ses 3,9 mètres de large , est le plus long de Paris . Edifié en 1825/27 , il était dans un tel état de décrépitude en 1936 que Louis – Ferdinand Céline , qui y vécut son enfance , l’immortalise sous le nom de Passage des Bérésinas dans Mort à crédit . Heureusement une restauration importante et réussie du Passage Choiseul a eu lieu de 2013 à 2017 . Meilleure allure , meilleure fréquentation , meilleure visibilité à l’extérieur , superbe luminosité à l’intérieur , sont autant d’atouts qui marquent la renaissance du Passage Choiseul , lequel abrite au numéro 57 la bijouterie horlogerie Choiseul . Bel écrin pour abriter la dernière adresse d’une dynastie d’horlogers : sur quatre générations : les GAILLARD dont les cousins LECLOU étaient également horlogers .95 rue de la Chapelleencart publicitaire des années 20gaillard (4) Marcel GAILLARD 1911 médaillé de l’Ecole d’horlogerie de Cluses promotion 1897/1900                                                                                                                            Boutique de la première génération , sise 95 ( actuel 21)  rue de La Chapelle dans le XVIII°à Paris , avec appartement à l’étage . La conformation de ses vitrines est typique de son époque : lettres bombées en émail collées à l’extérieur sur les vitres , pas de publicités mais un maximum d’objets présentés , au point de ne plus voir l’intérieur du magasin ;  dans la vitrine de gauche en haut : les médailles et bijoux ; en bas : les montres à gousset ; dans la vitrine de droite : les réveils à cloche et pendules de cheminée . Pas de Jaz puisque la firme est fondée en 1921 , donc postérieurement .gaillard 1940_(2)[1]Boutique à la Médaille d’Argent en 1940 , 95 rue de la Chapelle . Vitrine de droite on devine malgré le reflet une pancarte Jaz derrière la vitre et à l’extérieur une plaque émaillée Jaz première génération – tout à gauche – répond à une plaque Oméga tout à droite gaillard 1947_(2)[1]intérieur de la boutique en 1947 : on notera la présence d’un éphéméride mural Jaz , hélas , un peu caché par le thermomètre -baromètre en marbre .gaillard (1)Louis GAILLARD 1950 diplômé Ecole de Cluses promotion 1924/1927                                Les années 50 marque l’apogée de Jaz , comme en témoignent les nombreuses publicités qui ornent la boutique de la deuxième génération des GAILLARD . En 1945 , la rue de la Chapelle fut scindée en deux , sa partie sud prenant le nom rue Marx Dormoy : la numérotation s’en trouva modifiée et la boutique qui était au 95 se voit attribuée le numéro 21 que l’on devine derrière la première vitre tout en haut ; en revanche le voisin a gardé le numéro 95 en façade .

En haut à gauche : une plaque émaillée si délavée que ses inscriptions sont à peine visibles : elle prouve toutefois une affiliation à Jaz qui remonte au moins aux années 35/37 . En haut à droite trône au contraire , entre deux carillons Vedette , la toute récente enseigne lumineuse de 44 cm de diamètre qui arbore le jaseur boréal de René RAVO devenu pendant la guerre le logo de Jaz . Très courante à l’époque , puisque Jaz ne produisait pas ce type d’horloges qui connaissaient un grand succès à l’époque , la proximité avec les carillons Vedette s’explique aisément par l’accord conclu entre Jaz et Vedette en 1949 . En revanche les six belles plaques qui ornent les bas de caisse ont été fabriquées sur mesures pour cette boutique qui est , à notre connaissance , celle qui affiche le plus de publicités pour Jaz .gaillard 1954_(1)[1]La boutique au 21 rue de la Chapelle en 1954 et ses magnifiques panneaux Jaz gaillard 1957_(3)[1]en 1957 la diversification s’étend au briquet Flaminaire Louis Gaillard (1)Cette carte publicitaire postérieure montre que , si la plaque émaillée Jaz est toujours présente , les six panneaux de bas de caisse ont été remplacés par d’opportunes vitrines permettant de présenter plus de produits en vente . On notera l’amusant texte conçu par Louis Gaillard , à la première personne , à propos de sa pendule électrique qui « donnait  » l’heure au quartier , ce qui n’est pas exagéré . Effectivement la boutique se trouvant au point culminant de la très longue rue de la Chapelle , cette horloge pouvait être vue depuis l’avenue Max Dormoy ; subsiste d’ailleurs , en place actuellement , un panneau lumineux Citizen qui permet de s’en rendre compte . En général ce sont les beffrois des mairies , des hôpitaux ou les clochers des églises qui rythment les heures d’un quartier , or de l’autre côté de la rue , presque en face l’établissement des GAILLARD , se trouve la Basilique Sainte Jeanne d’Arc qui aurait dû tenir ce rôle sauf qu’elle restera inachevée de 1930 à 1964 et que son absence de clocher traditionnel et d’horloge laissait place « à la médaille d’argent » pour assurer ce service .

Le nom de la boutique est extrêmement bien choisi puisqu’il semble faire allusion à l’activité de bijoutiers qui vendaient beaucoup de médailles en or et argent , souvent religieuses , mais les initiés savaient qu’il s’agissait de la médaille d’argent obtenue en fin de cycle d’études à Cluses par Marcel puis Louis Gaillard qui , par extraordinaire , ont été successivement deuxièmes de promotion de cette école à la réputation internationale .gaillard 1968-23_Boutique_21[1]Monsieur Gaillard devant sa boutique en 1968 et sa petite famille à la fenêtre à l’étage
choiseul gaillardgaillard (3)Olivier (à gauche) et son père Jean Claude GAILLARD diplômé de l’ENHC – Ecole Nationale Horlogère de Cluses , promotion 1952/1956 – dans sa boutique atelier du passage de Choiseul . Rares sont les familles d’horlogers qui ont survécu à l’invasion dévastatrice du quartz nippon , aussi ce type de magasin fait notre bonheur . On n’est pas reçu par de simples changeurs de piles – même s’ils assurent ce service évidemment- mais de vrais horlogers qui peuvent légitimement exposer les superbes outils des générations précédentes et vendre pendulettes d’officier , goussets , etc . Leur sellier maroquinier pourra réaliser un bracelet de montre entièrement sur mesure et selon votre choix le plus particulier . Spécialisés dans la réparation de montres mécaniques, anciennes ou récentes quelque soit leur marque , ainsi que de pendules , ils sont également distributeurs  de nombreuses marques suisses , allemandes ou françaises telles que Junghans , Junkers , Zeppelin , Claude Bernard ,Timberland , etc . Nous adressons nos remerciements les plus chaleureux à Olivier et au regretté Jean-Claude Gaillard ( + 2018) qui ont bien voulu nous confier les documents ci-dessus et pris le temps de nous guider comme ils le feront pour achats et réparations dans leur boutique .

Bijouterie Horlogerie CHOISEUL 57 passage Choiseul 75002 Paris  01.42.96.07.50                  site de la bijouterie http://www.bijouteriechoiseul.com/

du lundi au vendredi de 10H30 à 18h   contact@bijouteriechoiseul.com

 

 

Pierre Marly 45 ans au service de Jaz

 

Pierre Marly , né à Paris le 25 mai 1921. Il entre en 1936 , à 15 ans comme apprenti à la CIMH , Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère  première raison sociale de Jaz , à Puteaux et obtint son certificat d’horloger en 1941 . Requisitionné en 1942 par le STO , Service du Travail Obligatoire , il est enrôlé dans une usine d’optique allemande dont il est libéré par l’armée russe en 1945 .

De retour en France il est réintégré à la CIMH devenue officiellement Jaz S.A. mais comme chef d’équipe . La direction parisienne lui demande, le 1er janvier 1962 , de rejoindre l’usine Jaz de Wintzenheim acquise en 1954 . Il s’installe dans cette petite ville près de Colmar où il fait souche . Devenu chef d’atelier, il prend sa retraite en 1981 après 45 ans au service de Jaz .

Pierre Marly a consacré ses loisirs à l’athlétisme à un haut niveau et c’est bien logiquement que l’ancien horloger a été chronométreur national lors de grandes compétitions sportives .

 

 

Calibre G 1934 à 1959

calibre GCalibre G ou 1G : Mouvement mécanique à clef amovible , format 6 x 8 cm. Mouvement d’une autonomie de 8 jours sans fonction réveil , platines pleines ( non-ajourées) , hauteur sur platines : 23,5 mm , pont de barillet , arrêtage à croix de Malte , pignons à fuseaux , porte échappement Roskof indépendant à trois pierres , balancier à pivots , spiral auto-compensateurs ( 14.400 oscillations /heure)  .                                                                                                                                                                                                                                         Quatre variantes existantes :                                                                                                Calibre G ou 1G : il dote douze horloges murales  SARRIC , BOISIC , SOFIC , BERTIC , SEVRIC , SORIC , VISIC , MASSIC , TERRIC , MASSIC , FROMIC  , PRINTIC et une horloge à poser POSIC                                                                                                                                                                                                                        Calibre 3G identique à 1G mais avec voyant indicateur d’armage et remontage démultiplié ,  pour emboîtage moulé qui équipe trois murales  APPLIC 1934  ,  APPLIC 1945 , QUADRIC et trois horloges à poser CADIC  , FANTIC , HOTIC                                                                                                                                                                           Calibre 4G identique à 3G mais pour emboîtage métallique pour deux murales en métal  LENTIC , VISIC                                                                                                                                                                                                                                                Calibre 5G identique à 1G mais avec porte -échappements à 6 pierres ( à partir du 1° mars 1951 c’est lui qui est monté dans les horloges murales Jaz soit 21 au total ) VISIC après 1951 , NEPTIC , PRINTIC après 1951 ,  SPIRIC  , BRETIC , FORMIC ,  RHONIC ,  MURIC , Nafra-Don pub , GRANIC Le Progrès Pub ,  Cognac Pub , ZODIC , CUISIC , MITRIC ,  CAMPIC ,  LUMIC ,  LIVIC , REXIC , DELFIC LIGNIC  . Ce calibre ne possède plus le témoin de charge des 3G et 4G .cadran cadiccadran de CADIC                                                                                                        Particularité des calibres 3G et 4G  : la petite fenêtre de témoin de réserve de charge ou voyant indicateur d’armage au milieu du 2 de XII heures : lorsque le triangle est rouge il faut remonter le mécanisme . Le 8 au dessus de l’axe central rappelle l’autonomie de 8 jours du calibre G qui n’a pas de fonction réveil .lentic calibre GLes calibres G ne sont pas toujours datés mais lorsque c’est le cas , ce sont les deux derniers chiffres qui indiquent la date , en l’occurrence 37 pour 1937 .horloge-ceramiqueLa particularité des horloges en céramique Jaz , dotées du calibre G , est l’absence totale de vis de fixation dans le cadran grâce à un système exclusif de maintien par un œillet autour de l’orifice d’entrée de la clé . La concurrence affichait  au moins deux , trois voire quatre têtes de vis pour le moins voyantes et disgracieuses sur ses cadrans .                                                                                                                                                                             Le calibre AG , qui succède à partir de 1956 au calibre G , ne présente plus cet avantage et nécessite deux vis de fixation en facade .Le Guide Jaz fournitures calibre 1GLe Guide Jaz fournitures calibre 3G 4G 5Gpages extraites LE GUIDE JAZ fournitures pour réveils et pendulettes circa 1953 à 1958