Jaz et l’Ecole Nationale d’Horlogerie de CLUSES

Consultez d’abord notre article sur l’histoire de l’implantation de l’horlogerie dans la Vallée de l’Arve , pour mieux appréhender cet  article.

 

HISTOIRE ILLUSTRÉE de l’ENH de CLUSES

Ecole Nationale d'horlogerieLe 31 mars 1848, un décret du gouvernement Sarde crée l’Ecole Royale d’Horlogerie à Cluses. L’école est installée dans l’ancien couvent des Cordeliers, à l’emplacement de l’actuelle mairie de Cluses. Surnommée familièrement L’Horlo, l’Ecole Royale puis Ecole Impériale et enfin la très réputée Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses ou E. N. H. C. , devenue Lycée Charles Poncet, a fêté en 2018 ses 170 ans d’existence.

Son premier directeur sera Achille BENOIT, qui en 1835 avait fondé la Manufacture Royale d’Horlogerie de Versailles. Très naturellement l’implantation d’une école horlogère devait se faire dans cette vallée.  En 1863, Napoléon III reconnaît l’existence de l’école qui devient impériale, sous la responsabilité de l’État. L’enseignement y devient gratuit, le recrutement devient possible dans l’ensemble du territoire national, ce qui s’inscrit dans la réforme général de son ministre Victor Duruy: développer une instruction primaire gratuite laïque et obligatoire.

enh De 1880 à 1886, c’est la construction de la nouvelle école.a-l-ecole-d-horlogerie-de-cluses-en-1911-avec-au-premier-plan-un-tour-manuel-tandis-que-les-eleves-travaillent-sur-un-tour-electrique-de-decolletage-1538384351ENH en 1911 : élève travaillant au premier plan sur un tour manuel , les autres sur des tours électriques

1886-1914 : Période forte de l’Ecole Nationale d’Horlogerie, marquée par sa participation à de nombreuses expositions internationales de Londres, Paris, Chicago, Bruxelles, Anvers, Milan et Turin où elle est récompensée par de nombreux prix. Sa renommée s’étend à la France entière et au delà avec un recrutement international sur concours d’entrée.

1905-1934 : Charles PONCET, originaire d’Arâches juste à côté de Cluses, dirige l’Ecole dont il a été l’élève . Homme aux qualités et dynamisme exceptionnels, il laissera son nom au lycée et à la rue qui passe devant l’école.

Pour le cinquantenaire de l’annexion de la Savoie, le Président de la République est en visite en Savoie, comme Napoléon III en 1860.

fallières sort de l'école1910 le président Fallières sort de L’ENH de Cluses

1918-1940: Les besoins de l’armement, lors de la Première Guerre Mondiale, amènent la naissance d’une industrie nouvelle dans la vallée: le décolletage. C’est ainsi que l’Ecole s’adapte et développe une section de mécanique de précision créée en 1892, qu’elle met en place une section d’appareillage en 1937, puis une section technique qui permet l’admission à l’institut de chronométrie de Besançon en 1940. Pour accueillir tout ce monde, il faut des bâtiments.

infirmes à Cluses

En 1920-23 est construit « la Chapelle », en réalité un atelier pour les handicapés de guerre. L’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses accueille ses premiers mutilés de guerre, dès 1915, pour l’apprentissage d’un nouveau métier. Ils seront plus de 350 à se former au métier d’horloger-réparateur ou de mécanicien de 1915 à 1929.

EPSON MFP image En 1928 s’ouvre l’internat,  à droite en fin de construction.

1937 CLUSES école1937 l’Ecole s’agrandit encoreinternat L’internat comprend 270 internes en 1939.        Cluses terrain desport et montagnesEtablissement moderne, doté de terrains de sport dans un cadre idyllique.

1940-1945 : Les premières années de guerre se passent tant bien que mal pour et l’Ecole, malgré la mobilisation de certains professeurs et l’afflux d’élèves de Morez et de Besançon qui se trouvait alors en zone occupée, parce que ce sont d’abord les italiens qui occupent la Savoie, enfin ils essayent.

cluz41944 Soldats allemands aux jumelles depuis les fenêtres de l’ENH   19444 cluses école1944 Troupes d’occupation dans la cour de l’ENH

Mais en 1943, la Wehrmacht remplace les italiens et réquisitionne une partie des locaux,  jusqu’en mai 1944 date à laquelle la réquisition devient totale et arrive la Gestapo. Le directeur, doit renvoyer les élèves dans leurs foyers.

cluses libération Le 18 août, l’Ecole est libérée par les résistants cluses promotionPromo 1947, la plupart des élèves sont de moins en moins là pour l’horlogerie mais de plus en plus sur le décolletage.

1948 1952 promo Promo 1948/1952 qui comprend trois femmes, enfin! l_ecol121948 la façade de l’Ecole ornée d’une grande horloge provisoire.Marc diplomé ENHC

ENH montre de finMontres de fin d’études, entièrement réalisées par des élèves en quatre ans             CLUSES1953-1991 : L’année 1953 voit la construction des ateliers, dernier agrandissement de ce qui est dorénavant un grand complexe.

Peu à peu la centenaire E. N. H. C. devient un lycée polyvalent. La dernière promotion d’horlogers formés à Cluses quittera l’école en 1988, il ne restait que cinq élèves… signe des temps et de l’évolution des techniques! En revanche, le lycée voit ses effectifs exploser, avec plus de 1200 élèves. L’horlogerie n’est plus son domaine de prédilection, l’établissement est désormais un lycée technique. Mais longtemps être diplômé de l’ENHC restera un honneur convoité et une garantie d’excellence connue de tous.

 

l’ENH de CLUSES et JAZ

ClusiensBulletin des Anciens de Cluses Octobre 1950

Comme toutes les écoles professionnelles de haut niveau, l’Ecole Horlogère de Cluses, éditait un bulletin où cette liste de 21 Clusiens a été publiée: cette abondance d’élèves valut à Jaz le surnom, aujourd’hui politiquement incorrect, de Cluses-Cluses Clan.

promotion 1934La promotion 1934 de l’Ecole de Cluses, dont faisait partie Monsieur P. DELCASSAN, préparateur fabrication chez Jaz en 1950. 1937 les premières annéesPromotion 1937 les premières années. Bien que l’ENH soit mixte, on identifie qu’ une seule élève sur la photo, en raison de son genre, jouit d’une position centrale sur la photo. O. Maillard, chef d’atelier montage pour Jaz, est dans ces rangs. 

1937 atelierUn Atelier d’Horlogerie en 1937 . Toujours au centre , on identifie une élève à sa longue chevelure. D’autres photos nous montrent, hélas, un maximum de deux filles par année.

Planches d’élèves

 

 ÉLÈVE CARPANO

 1: M.VOIRIN        2: M.SATO de Tokyo-Clock     3: M.CARPANO

Le principal centre horloger Jaz, de Wintzenheim en Alsace, était dirigé depuis 1952 par Marcel Carpano, qui a étudié à Cluses de 1926 à 1929, cycle couronné par une Médaille d’Argent en 1929. Un centre rend hommage à Cluses aux CARPANO, importantes figures de l’horlogerie. Consultez l’article que nous avons consacré aux CARPANO et CLUSES.

 

ÉLÈVE GAILLARD

gaillard 1957_(3)[1]Avoir été un élève de l’Ecole de Cluses, en être diplômé, et beaucoup mieux, avoir été Médaille d’Argent de sa Promo, comme Monsieur Gaillard  et Monsieur Carpano, est un honneur et une garantie pour la clientèle que l’on affiche sur sa boutique, de générations en générations, pour cette dynastie d’horlogers.

 

ÉLÈVE  LAVIGNE

Lavigne ClusesEn-tête d’un horloger ancien de l’ENH, Médaille d’Argent lui aussi, installé à Cannes, mais attention il existait plusieurs Ecoles Nationales D’horlogerie en France: à Cluses, Anet, Mortaux, Lyon.

ÉLÈVE GALOU
galou élève de Cluses
 ÉLÈVE DÉPÉRY

Dep Savoy chrome Durée Elégance Précision, tel était le slogan publicitaire de la société DEP, seul  fabricant clusien de réveils et pendulettes, entre 1918 et 1953. François Dépéry, à la sortie de l’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses, reprend l’entreprise familiale qu’il fait prospérer avec son frère Narcisse, dont une gamme portait le nom de SAVOY.

CLS20Grand défilé de la Libération d’Annecy rue Royale, le dimanche 20 août 1944, outre les trois résistants à son bord, c’est la Delahaye 135 qui suscite notre intérêt: achetée en 1937 par Cyriel Dépéry, jeune membre de la famille des industriels de Scionzier et résistant dans l’Armée Secrète. Cette voiture exceptionnelle a été la vedette de la vente Artcurial à Rétromobile 2014, revendue un demi million d’euros, elle était déjà à l’époque un véhicule de grand luxe, preuve de la réussite industrielle de DEP.

Jean Edmond DeperyNotre dépouillement des dossiers militaires de Haute Savoie, fait apparaître la famille Dépéry comme une impressionnante lignée d’horlogers avec plus de trente appelés – tous frères pères cousins et neveux – qui se déclarent comme tels aux conseils de révisions. Même Claude, né en 1886 de père inconnu et portant le nom de sa mère, est horloger à Genève. Une analyse plus fine de la manière dont ils se déclarent aux autorités reflètent l’évolution de l’industrie dans toute la vallée. Ci -dessus, Jean Edmond est d’abord déclaré comme horloger-cultivateur, synonyme de paysan horloger. Ce couplage professionnel pourrait sembler aussi incongru que celui de chirurgien-danseur, si l’on ne connait pas l’histoire de l’horlogerie en Franche Comté ou en Savoie. Pour avoir une activité hivernale, les paysans se faisaient horlogers. Jean Edmond est le dernier des paysans-horlogers de la famille, tous les autres se voient comme des horlogers puis, à partir des années 20, certains se présentent comme décolleteurs ou mécanicien de précision.

depery 1887 pierre lon crtinDeux exceptions toutefois: Marie Emile Dépéry, né en 1891, qui se déclare facteur des PTT en 1937, mais l’honneur est sauf, puisqu’il avait été initialement enregistré comme horloger. Pour Pierre Léon, l’exemption allait de soi puisqu’il est signalé sourd muet, ce qui n’aurait pas forcément dû l’écarter de l’horlogerie, sauf qu’on diagnostique aussi: idiotie, quand il est question de crétinisme. N’y voyez rien de péjoratif, il s’agit d’une infirmité.

Crétin des Alpes n’est pas qu’une des insultes fleuries du Capitaine Haddock, c’est une terrible maladie: le crétinisme, ensemble de troubles physiques et de retard mental provoqué par une grave insuffisance thyroïdienne non traitée. L’absence d’iode dans  l’alimentation alpine faisait, qu’en 1850, cette région recense environ 20 000 crétins et 100 000 goitreux, sans compter ceux du Valais Suisse. L’histoire du crétinisme et de son éradication est celle d’un épouvantable retard qui devrait nous interpeller de nos jours. Celui d’une recherche médicale qui, par ses hésitations, ses disputes, ses certitudes aveugles et ses susceptibilités mal placées, a sacrifié à sa prudence et à ses dissensions, trois générations de crétins alors que l’on se doutait que la solution était d’ajouter de l’iode au sel, comme c’est le cas dans votre paquet de sel: vous pouvez vérifier. D’ailleurs la consommation de sel diminuant, la dose d’iode va être augmenté dans votre salière, comme en Suisse récemment.

Si DEP n’existe plus, la famille reste avec Jean Dépéry à la pointe de l’horlogerie européenne. En 1997, il fonde une très prestigieuse marque de montres qu’il nomme modestement du nom d’un des clients historiques de sa famille: Emile CHOURIET. Né en 1949, il ne pouvait bénéficier comme ses ancêtres d’une formation à l’ENH de Cluses qui ferme ses portes en 1989, il étudie donc la micro-technique à l’université de Neuchâtel et devient un ingénieur de génie en mouvements d’horlogerie.

 

ÉLÈVE DANCET

 

FERDAX, le célèbre déclencheur automatique pour appareil photo, est fabriqué au sein du triangle du décolletage formé par les communes de Cluses, Scionzier et Marnaz, par la famille DANCET. FERDAX est la contraction de François FERnand DAncet.Marnaz_(François_Dancet)L’usine a été fondée en 1872 par François Dancet (1860-1926). Après sa mort, son  fils François Fernand Dancet (1892-1967) qui a été formé à l’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses – promotion 1912 – reprend l’entreprise et ne  produit plus uniquement des pièces d’horlogerie, mais aussi des pièces détachées pour l’industrie automobile, les bicyclettes, l’aviation, les appareils d’électrotechniques, l’optique de précision, la téléphonie, la télégraphie, les appareils de mesure , etc. Le déclencheur FERDAX est le seul produit fini qu’il distribue directement, à partir des années 40.

 

ÉLÈVE VAILLANT

 

Le pneu clou a été inventé à Cluses par un ancien élève de l’ENH, issu d’une famille de quincaillier. Après sa sortie de l’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses, Joseph Vaillant s’engage dans l’aviation en 1917. En 1920, il installe un garage automobile à Cluses, qui se voit adjoindre progressivement un atelier de décolletage, comme ses anciens camarades de promotion.

Si ses copains fabriqueront des moulinets de pêche, des réveils et des appareillages, Joseph Vaillant lui se lance, dès 1937, dans les crampons pour chevaux les MORDAX. Il rend les ferrures antidérapantes, été comme hiver, sur le bitume comme sur le verglas, pour le confort et la sécurité des Vercors de Barraquand, race alpine de cheval.

Joseph Vaillant eût deux autres initiatives d’inégales valeurs: prénommer son fils Michel quand on se nomme Vaillant, et sécuriser sa propre voiture, comme il en avait eu l’idée pour son équidé. L’adaptation sur pneus de ses crampons pour fers à chevaux nécessita de longues mises au point et le brevet fût déposée au début de l’année 1952. La voiture remplaçant le cheval partout dans le monde, le succès sera immense.

De part leur conception, les clous Vaillant sont inarrachables. L’efficacité du système a été mise en évidence dès la première année par de remarquables résultats obtenus dans les rallyes hivernaux: Argentero sur Peugeot 203 – 10ème au Mont-Carlo 1952 .
téléchargement (1)Les clous pour pneus constitueront l’essentiel des préoccupations des Ets Vaillant pendant près de 50 ans.
Les années 1990 à 2000: les crampons Vaillant sont toujours fabriqués… pour les chevaux de loisir et de concours hippiques: les Mordax reviennent en force!

Les Clous Vaillant sont à la base de tous les procédés de cramponnage des pneus qui sont encore utilisés actuellement dans le monde.

 

ÉLÈVE Paul JACOB

petite-velo-mhd-clusesCe vélo miniature, inscrit au Livre Mondial des Record, est une des attractions de l’Espace Carpano ou Musée de l’horlogerie du décolletage à Cluses. Photo ©Frédéric Boiteux Cluses Images Numériques

Paul Jacob étiquetteL’étiquette relative à ce vélo est entachée d’erreur: si ce vélo a bien été réalisé par un élève de Cluses, nommé Paul JACOB, ce dernier n’a rien à voir avec les fondateurs de Jacob-Delafon. L’étude de l’arbre généalogique de cette célèbre famille de céramistes, le dossier de Légion d’honneur d’Emile JACOB et les ouvrages spécialisés sur la céramique ne laissent aucun doute à ce sujet. Les seuls membres de la famille prénommé Paul et correspondants aux dates données pour ce réveil sont: Paul Emile Auguste JACOB 1878+1959 agent commercial pour Jacob-Delafon à Marseille et René Paul Emile JACOB  1893+1941 pilote et directeur du laboratoire Jacob Delafon de Belvoye, dont les carrières sont bien connues au sein des entreprises familiales, qui ne sont d’ailleurs pas co-fondateurs de Jacob-Delafon puisque ce rôle échoit à Emile. Logiquement, il n’y a aucun horloger dans cette dynastie d’industriels céramistes dont les différentes usines absorbaient, dans différentes fonctions, tous les rejetons mâles sur plusieurs générations.                                                                                                                                          Dans le même ordre d’idée, contrairement aux affirmations de journaux et sites savoyards, jamais Achille Benoît directeur de l’Ecole de Cluses, n’a été ni Sénateur ni même pressenti comme Ministre de L’Instruction.

34598-original

 

Jaz et les antonomases

Honnêtement … reconnaissez que vous dîtes un Frigidaire et non pas un réfrigérateur ! Saviez vous même que le vrai nom d’un Abribus est une aubette ? Quelques soient leurs marques réelles , tous les coupe-vents sont désormais des K-Way ; parce que ces marques sont si célèbres qu’elles ont phagocyté leurs produits , elles se sont  lexicalisées : c’est-à-dire qu’elles sont entrées dans le langage courant pour désigner des produits , ce sont des antonomases : il y en a seulement 44 en France et au total 120 dans le monde .

drilic ravic raclic darlic novic quinzic pub Paris Match Oct 1965++Cette publicité , n’évoque pas un réveil de Noël mais un Jaz de Noël .

Jaz était l’une de ces marques : on ne disait plus un réveil , mais un Jaz . Nous l’avons démontré par nos articles dans la rubrique Jaz en Littérature , avec les ouvrages de Georges Perec ou San Antonio qui emploient Jaz à la place du mot réveil : ils n’écrivent pas le réveil Jaz mais un Jaz , selon le souhait même des fondateurs de la marque . Publicitaire des origines de la marque , Georges Scemama l’avait théorisé et prévu dans un article de la revue Vendre en 1934 : Notons ceci : Jaz ! jamais réveil Jaz ; c’est inutile  c’est même nuisible . On ne parle plus de réveil ; il n’existe plus ce mot , il est remplacé par un synonyme : un Jaz . Voir un exemple , trouvé dans une carte postale , preuve populaire indubitable de l’emploi de Jaz comme synonyme de réveil  : carte postale 1944 .

On pouvait difficilement dire un Bayard en lieu et place d’un réveil , puisque le preux chevalier,  sans peur et sans reproche , Pierre Terrail , seigneur de Bayard , laisse logiquement son nom à un col de montagne , un lycée , un musée , son château , mais aussi à nombreux produits à son corps défendant , et pourtant Dieu et François I° savent combien son corps se défendait bien . Si le sauveur de Mézières et héros de Marignan , meurt sans postérité , il laisse derrière lui des stylos , des bretelles , des casques , des voitures , des vêtements , etc .

Néanmoins , il convient de modérer le propos du collectionneur passionné : on ne disait pas toujours un Jaz pour dire réveil . Toutefois cela était fréquent et , étonnement , il arrive encore que cela se retrouve dans des annonces de ventes où , d’ailleurs parfois , certains vendeurs évoquent la marque Jazlebontemps , confondant notre site et la marque Jaz .

pub zodiac Juste en face de l’usine Jaz de Puteaux , de l’autre côté de la place de la Défense , se trouvait la société d’aérostation Zodiac.

pontiac puteauxCette entreprise , toujours florissante de nos jours , accède à la renommé mondiale en passant de l’air à l’eau avec ses bateaux pneumatiques dans les années 30 . Zodiac gagne alors le rarissime statut d’entreprise antonomase , à savoir que sa marque devient un nom commun : un Zodiac est tellement plus évocateur qu’un bateau pneumatique motorisé .ZodiacAutour de ce rond point de La Défense se trouvaient deux sociétés , face à face , qui pouvaient revendiquer cet honneur dans une proximité unique au monde .                                                                                                                                                                                              Quies L’horlogerie est indirectement liée à un de ces célèbres produits : les fameuses boules QUIES , du latin tranquilité. Pendant la première guerre mondiale , le Docteur Francisque Pascal ,  pharmacien parisien , concocte des bouchons d’oreille à base de coton imprégné de cire pour l’une de ses clientes , Nina épouse de l’héritier d’une des plus célèbres et riches familles d’horlogers français , les Henry-Lepaute .

L’histoire ne dit pas l’origine des nuisances sonores qui importunaient cette honorable dame , probablement pas le tic-tac des horloges prestigieuses produites par sa famille. Voir notre article : Pendule Président par Jaz.

Château du BellyLa famille Henry-Lepaute achète à Hachette ( !!!) le château du Belloy en 1844 .

Conflit mondial oblige , Madame Henry-Lepaute ne pouvait plus se procurer ses sourdines fabriquées outre-Rhin et ne l’entend pas de cette oreille , de l’autre non plus d’ailleurs . Elle sollicite donc son apothicaire habituel qui s’y colle et perfectionne ses protections . La genèse des boules Quies étant un peu celle de Jaz  , les dates sont donc similaires  : il faut aussi s’opposer à l’Allemagne sur le plan commercial . Un brevet est déposé le 17 août 1917 par Pascal , le pharmacien , et la société Quies est créée en 1921, avec le concours de Marcel Henry-Lepaute et Joseph Moreau : au moment où Jaz sort son premier réveil pour concurrencer l’industrie horlogère des  » boches « .

Pour que sa propre marque , un nom propre donc ,  devienne un nom commun , il n’y a pas de recette absolue et cela ne se décrète pas , même si Jaz est la première entreprise à avoir annoncé et visé ce but . C’est la clientèle qui valide cette appropriation linguistique et l’usage le ratifie . Rarement la reconnaissance vient de l’intelligentsia en pénétrant les cercles les plus restreints , ainsi l’Académie Française , qui en connaissait l’acception et l’usage , a validé la vaseline , qui est entrée sans difficulté au Dictionnaire .

En général , la portée est vernaculaire , comme pour Jaz , où cela se limite au français : une dimension internationale est rarissime . pub-dupontL’entreprise qui a le plus généré au monde d’antonomases , à caractère universel , est sans conteste possible la société Du Pont De Nemours . Fondé par un chimiste , élève et ami de Lavoisier , aristocrate né à Paris qui fuit la Révolution Française et devient citoyen américain : il a sans doute tiré sur les Sans Culottes lors de l’assaut des Tuileries , le 10 Août 1972 . On en doit pas moins de cinq à cette société : Cellophane 1927 , Nylon 1937 , Teflon 1938 , Lycra 1953 et Kevlar 1967 ; on pourrait ajouter le Néoprène , également inventé par DuPont , mais qui l’a déposé sous un autre nom : Duprène lequel n’a pas eu de succès , comme quoi c’est aléatoire .

En France , seuls deux entrepreneurs ont été détenteurs de deux antonomases : Jean Claude Decaux , leader mondial de la publicité d’extérieur , avec son abribus et ses sanisettes .

Plus étonnant est le cas de Abram Neiman né en 1893 à Ohrei  , actuelle Moldavie alors Empire Russe , installé d’abord en Bassarabie qui devient roumaine . Passionné de moto , il remporte des titres de champion de side-car . Il améliore les suspensions avant de sa moto , qu’on lui vole . De ce traumatisme est né le fameux antivol .

En 1931 , sort la loi qui engage la responsabilité des propriétaires en cas de vol de leur véhicule. Neiman saisit l’occasion pour faire connaître son invention. L’idée semble simple mais il fallait y songer : blocage du guidon, coupure de l’allumage et du démarreur. Après la Nuit de Cristal il doit fuir l’Allemagne , où il avait émigré , car il est juif pour gagner la France . Il avait déjà quitté son pays natal car il n’avait pas le droit d’y faire d’études supérieures , eu égard à sa religion mais sans égards pour lui .

Abram avait été protégé , pendant un temps , de la persécution nazie par sa nationalité roumaine , mais  il doit s’enfuir à Paris délaissant tous ses biens , avec sa compagne Mia . Celle-ci , dont la famille est menacée parce qu’elle a une liaison avec un Juif , meurt peu après d’une rupture d’anévrisme .

Plus tard, il épouse une émigrée russe Emma Braude. Pour fuir la persécution nazie, le couple va de cachette en cachette pour se retrouver dans le Sud de la France.               Vivant dans la clandestinité, il devient un temps bûcheron mais garde une passion intacte pour le cycle.

La guerre finie, les nouvelles sont terrifiantes : des millions de juifs tués, parmi eux , ses propres parents .

Mais son tempérament d’optimiste, le porte vers le présent et l’avenir , il repart à zéro et fonde une nouvelle usine à Croissy-sur-Seine . Puis, il rachète la société Simplex et devient l’unique équipementier de Renault, Peugeot et Simca . En 1950, il rachète la société Klaxon , une autre antonomase ,  fondée en 1908 aux Usa  .

En 1965, Neiman emploie 350 personnes , fabrique 5 000 antivols  et 15 000 barillets de serrure pour carrosserie , par jour !  Cette même année , il refuse d’être proposé pour la Légion d’honneur : Donnez-la à d’autres à qui elle sera plus utile . Il ne s’agit pas de dédain mais de l’effacement du créateur devant son œuvre.

Son antivol est monté en série sur déjà 34 millions de véhicules dans le monde et en plus de trente ans, 202 brevets le concernant ont été déposés, dont un système de suspension. il meurt en 1967 d’un cancer du poumon , lui qui n’a jamais fumé . Neiman et Klaxon , il avait donc deux antonomases universelles dans son portefeuille d’entreprises .

Nom Signification / créateur / date / lieu
Abribus aubette France par JC Decaux  Yvelines
Algeco construction modulaire à Mâcon
Audimat audimétrie ou mesure d’audience collectif 1981
Bateau-mouche bateau-promenade à Lyon
Bic stylo à bille par Baron Bich 1945
Bottin annuaire Alsace / Paris
Caddie chariot de supermarché
Canson papier à dessin Montgolfier à Annonay 1557
Carte Bleue carte bancaire collectif
Cocotte-minute autocuiseur Roland Devedjian puis SEB 1948
Critérium porte-mine 1939
Digicode serrure électronique à touches Bob carrière 1970
Esquimau glace sur bâtonnet par Gervais 1924
Fermeture Éclair fermeture à glissière Éclair Prym  à Menneval
Fenwick chariot élévateur par Noël Fenwick
Flash-Ball lanceur de balle de défense par Verney-Carron
Isorel panneau de fibres de bois agglomérées
Jaz réveil par Scemama Paris 1919
K-Way coupe vent par Léon-Claude Duhamel 1965 Nord
Lavomatique laverie libre service
Massicot cisaille d’imprimerie Guillaume Massiquot 1844
Medium panneau de fibres par Isoroy
Mercurochrome antiseptique 1917
Micheline autorail mis au point par Michelin
Mobylette cyclomoteur par Motobécane 1949
Motocyclette petite moto par Werner 1897
Neiman antivol par Abram Neiman
Opinel couteau pliant en  Savoie 1890
Pataugas Chaussure par René Elissabide 1950
Pédalo embarcation par Jean-Eugène Canton 1934
Placoplatre plaque de plâtre par Saint Gobain 1946
Pierrade appareil de cuisson sur pierre par Tefal 1986
Quies boules protection audio par Pascal 1921
Restauroute restaurant routier par Jacques Borel
Rustine colle par Louis Rustin 1922
Sanibroyeur wc broyeur par SFA 1958
Sanisette sanitaires publics de rue 1981 par JC Decaux
Securit verre de sécurité par Saint Gobain

Solex                                                         diminutif de Vélosolex

Sopalin essuie-tout par  SOciété du PApier LINge 1948
Sucrette édulcorant par société Sucrettes 1909
Taxiphone téléphone à pièces circa 1920
Valium Diazépam Hoffmann-La Roche
Zodiac canot pneumatique marque  société Zodiac
   Pour les plus curieux Liste des autres antonomases dans le monde
Alcootest éthylotest
Aspro aspirine
Borsalino  chapeau
Caddie chariot de supermarché
Canadair hydravion bombardier d’eau
Cellophane film protecteur transparent
Chamallow pâte de guimauve
Chatterton ruban en tissu adhésif isolant
Colt pistolet
Coton-tige bâtonnet ouaté par De Conink en Algérie 1914
Cubitainer conteneur pour liquide en vrac
Delco tête d’allumeur sur un moteur à explosion
Dictaphone enregistreur de dictée
Durit ou durite tube souple en caoutchouc renforcé
Escalator escalier mécanique
Fenwick chariot élévateur
Filofax agenda
Formica stratifié
Frigidaire réfrigérateur
Frisbee disque-volant ou discoplane
Gomina agglomérant pour cheveux
Gore-Tex membrane imperméable-respirante
Jacuzzi bain tourbillon
Jeep véhicule tout terrain
Jet ski moto marine
Kalachnikov fusil d’assaut
Kärcher nettoyeur haute pression
Kevlar fibre d’aramide
Klaxon avertisseur sonore
Kleenex mouchoir jetable en papier
Labello pommade de soin pour lèvres

 

Lycra élasthanne
Linoleum revêtement de sol en toile de jute imperméabilisée
Maïzena amidon de maïs
Meccano jeu de construction
Néoprène colle chloroprène polymérisé
Nutella Pâte à tartiner
Pantone nuancier, feutre de couleur
PC (Personal Computer) ordinateur personnel
Pédalo embarcation à pédales
Perfecto blouson en cuir pour motard
Photomaton automate de photographie
Plexiglas polyméthacrylate de méthyle
Post-it pense-bête autocollant
Pyrex verre alimentaire recuit, résistant aux chocs
Rimmel mascara pour maquillage
Ripolin                                                    peinture
Ronéo duplicateur
Rustine rondelle de caoutchouc  chambre à air
Sandow extenseur de fixation
Scotch ruban adhésif
Securit verre trempé d’automobile
Skaï cuir synthétique
Ski-doo motoneige
Sonotone prothèse auditive
Stabilo surligneur graphique de couleurs
Steadicam stabilisateur de prise de vues
Stetson chapeau à larges rebord
Superglue colle cyanoacrylate
Tabasco sauce piquante à base de piment
Tarmac aire de trafic en enrobé bitumineux d’aéroport
Taser pistolet à impulsions électriques
Téflon revêtement antiadhésif
Tergal tissus synthétique
Texto ex marque de SFR déchue par justice en 2009
Thermos récipient isotherme
Tipp-Ex correcteur liquide d’écritures
Vaseline lubrifiant officiellement devenu un nom
Velcro bande autoadhésive
Velux  fenêtre de toit
Winchester carabine
Windsurf planche à voile
Yo-yo jouet
Zeppelin ballon dirigeable, aérostat

Attention à ne pas confondre avec une éponymie qui consiste à donner le nom d’un personnage à un objet comme : barème , poubelle , barnum , braille , kir , béchamel , etc . Mais l’origine peut être un lieu également : gouda , bordeaux , cognac , champagne , etc. La métonymie , qui consiste à remplacer un nom , propre ou commun par un autre avec lequel il est en rapport . Exemple : « boire un verre«  : vous ne buvez pas le verre mais son contenu l’eau . Ni avec la synecdoque , une forme de métonymie souvent utilisée pour désigner un tout en nommant une partie :  « un troupeau de cinquante têtes »  ou l’inverse   « mon vélo a crevé ».

Le jaseur boréal 1941/1967 et 1967/1983

dormeusesNous l’avons démontré dans notre article sur les boîtes d’origine , la première image que Jaz a offert dans ses publicités , de 1921 à 1941 soit durant vingt ans, a été celle de la dormeuse , ou plutôt la réveilleuse , diversement déclinée .Jaz officiers allemandsOfficiers allemands de la Wehrmacht devant une horlogerie parisienne en 1940                                                                                                                                                        Jusqu’à ce que l’occupant allemand très soucieux d’éradiquer d’autres influences que celle du Reich prennent ombrage de ce nom de Jaz qui sonnait trop américain puisque venant du Jazz de la Nouvelle Orléans , comme nous l’avons longuement expliqué dans notre article sur l’origine du nom Jaz . Le 19 mai 1941, le nouveau logo fut publié dans le bulletin officiel de la propriété industrielle ; Le choix du jaseur boréal permettait de justifier , artificiellement et a posteriori , le choix d’un nom trop typiquement américain  . Cet oiseau , nommé aussi Jaseur de Bohême , semblait idéal à un occupant qui venait d’annexer ce petit royaume des Sudètes et ignorait la perception populaire associé au malheur de ce petit semi-migrateur , qui ne gagnait que rarement la France .

Le bombycilla garrulus, de son nom savant , descendait depuis la taïga précédant les vagues de froid des hivers particulièrement rigoureux et , par conséquent , était souvent accompagné de longs mois de disette et de scorbut . Il était donc assimilé à un messager de malheur, un oiseau de mauvais augure . Henri Amouroux dans Le peuple du désastre, 1939-1940 explique que la rumeur colportait , en 1939 , qu’il avait été observé dans l’est de la France et en Allemagne…comme en 1870 et 1914 . Serait ce donc à dessein qu’il a été choisi par la direction de Jaz ? Ce pourrait être une sorte d’acte de résistance passive, comme les Français les affectionnaient et dont nous avons déjà deux fois soupçonné la direction de Jaz avec les choix de dénominations impertinentes pour deux réveils pendant la guerre l’AFRIC et le CORSIC , voir notre article sur l’AFRIC                                                                                                                                                                     cartier.jpgLa boutique Cartier rue de la Paix et ses huit vitrines                                                  Pour mieux comprendre la susceptibilité ombrageuse des allemands et l’esprit de résistance passive , il faut chercher chez un confrère de Jaz , la maison Cartier , une autre histoire de volatile . Dans un article de notre autre site horloger Cartier Réveils et Pendulettes , nous avons exposé les relations étroites du Général De Gaulle avec cette maison prestigieuse , qui sera d’une tenue exemplaire durant la guerre , tant à Londres qu’à Paris où Jeanne Toussaint , alors seule à la tête de la Maison , propose à sa clientèle de petites broches « Oiseau en cage », exposées dans les vitrines du magasin rue de la Paix, aux côtés de breloques en forme de « V » bleu, blanc, rouge…

à gauche l’oiseau prisonnier de 1942 et l’oiseau libéré de 1945                                                                                                                                                                  Un motif apparemment anodin , qui vaut néanmoins à sa responsable d’être convoquée à la Gestapo , qui renonce finalement à la poursuivre , faute de preuves sérieuses puisqu’elle attribue la création du bijou à une commande de 1933 pour Yvonne Printemps dite le Rossignol , qui est , comme pour Jaz , une belle justification artificielle et a posteriori . La légende veut que Coco Chanel , dont on connaît les accointances horizontales avec le baron Hans Günther von Dinklage , soit aussi intervenue avec succès .jaseur Jazette n°11 Juillet 1946 page 1Jazette n°11 de Juillet 1946 extrait  . Créée par Paul Nicolas comme organe de communication interne entre Jaz et ses horlogers affiliés , cette petite revue apparaît au même moment , en 1941/1942 , que le jaseur boréal dont il nous annonce qu’il va enfin nous en révéler l’origine …et ne le fait pas , l’annonçant pour une prochaine fois … qui ne viendra jamais .

Il faudra attendre 1947 pour qu’il gagne le décor des boîtes , une évolution très importante dans l’image de la marque , qui était pourtant intervenue en 1941 mais retardé par les pénuries qui vont bien au delà de la fin du second conflit mondial .

En outre ce petit oiseau gazouillant , correspondait à un des premiers slogans de Jaz évoquant sa sonnerie cristalline , loin des cris braillards d’un coq sur-employé par la concurrence , tout en lui ressemblant un peu , si bien que les annonceurs de sites de ventes en ligne y voient souvent un gallinacé quand ce n’est pas une pie …Néanmoins cette affiche espagnole de 1929/1933 avec son coq triomphant démontre que le besoin d’un visuel de ce type se faisait ressentir , déjà avant guerre , chez les revendeurs de Jaz

La silhouette d’un oiseau est visuellement très pratique et efficace jaseur Jazette Juin 1942 page 4Jazette de Juin 1942 , bas de page  jaseur Jazette n°6 Septembre 1944 page 4à la libération en 1944 , il se drape évidemment des couleurs tricolores

Avec les plaques émaillées , ils gagnent les rues et les vitrines ( voir notre article sur les Gaillard une dynastie d’horlogers parisiens  qui sert de parfait exemple)  PRÉSENTOIR PUBLICITAIRE CIRCA 1937 (4)Le même présentoir , avant et après l’apparition du jaseur .

boîtesAccompagné ou pas du slogan du moment , comme Jaz le réveil ponctuel , et décliné sous différentes tailles ou couleurs , le jaseur à queue basse créé par René RAVO , accompagnera les ventes jusqu’en 1967 .boîtes 2Cette version apparue en 1967/68 ,  auparavant imagée avec la queue en bas , apparaît  dorénavant avec la queue en haut qui lui donne une allure plus conquérante . Elle va illustrer les publicités , catalogues , affiches et bien évidemment les emballages de la marque jusqu’en 1984 .

Le jaseur boréal , passant de la queue basse à la queue haute en 1967 , permet de confirmer une datation , certains modèles comme ce FOUDRIC étant produit à cheval sur sur cette fameuse année 1967 .wintz énigmeCarte postale circa 1960/1965 : vue aérienne des Usines Jaz à Wintzenheim . Les flèches mettent en évidence une construction intrigante sur la pelouse jaseurIl s’agit en fait de la plus grande représentation du jaseur boréal , sous forme d’enseigne lumineuse éclairée de néons

Superbe version pour une affiche par René Ravo  que son créateur modernisera lui-même en 1967 .Favre -Leuba Jaz 9En Inde , où les Jaz arborent aussi le nom de l’ associé Favre-Leuba , les réveils animés se servent d’un petit jaseur rouge qui se dandine à chaque seconde

Marcel Herscovic 1925+1944 et Julia Dzenziolsky 1913+1943

nos déportés Jazette n°9 Janvier 1946 page 4Jazette n°6 de Janvier 1946 page 4 . Etrangement la déportée résistante arrêté sur son lieu de travail à l’usine Jaz de Puteaux , à laquelle nous avons consacré un article , Lucienne Hébert , n’est pas au nombre des déportés mentionnés dans cette Jazette , pas plus que Cyrla Szulewicz , mère de Georges Pérec employée chez Jaz de 1941 à 1942 .                                                                                                                                                                                                                                                                                      Hélas , le jeune horloger de vingt ans , Marcel Herscovic , né le 2 février 1925 à Paris XVIII°, effectivement arrêté peu de temps avant la Libération de Paris – la Jazette se trompe de quelques jours – a aussitôt été déporté au camp polonais d’Auschwitz où il sera immédiatement exterminé , le 5 juillet 1944 .                                                                                                                                                                                                          Destin tout aussi tragique pour Julia Mauricette Dzenziolsky , native de Puteaux le 23 sept 1913 , ouvrière chez Jaz à Puteaux , domiciliée au 39 rue Jean Jaurès de sa ville natale . Matricule 3352 , déportée par le convoi n°58 de Drancy du 31 juillet 1943 , vers Auschwitz Birkenau . Elle est exterminée moins d’une semaine après son arrivée , le 5 Août 1943 à l’âge de 29 ans . Elle avait été en 1931 , la dernière lauréate du prix Cartault qui récompensait les filles les plus vertueuses de Puteaux , dites rosières . Sa mère Adèle , citée plus haut , née Nemarq le 11 juin 1889 à Saint Mihiel ( Meuse) , subit exactement le même sinistre sort aux mêmes dates et dans les mêmes circonstances . Son fils Maurice , né le 30 avril 1912 et donc frère ainé de Julia Mauricette , les avait précédé à Auschwitz où il est massacré le 23 septembre 1942 . Le père de Maurice et Julia , mari d’Adèle André Dzenziolsky né le 13 mars 1926 à Paris , soldat des Forces Françaises Libres au Bataillon de Choc du 3ème Groupement , est porté disparu le 21 janvier 1945 à Cernay (Haut Rhin)stèles Puteauxstèle PuteauxLe 12 avril 2012, lors du soixante-dixième anniversaire du début des déportations juives, une cérémonie rendant hommage aux trente-deux Putéoliens juifs déportés durant la Seconde Guerre mondiale a eu lieu au Cimetière Nouveau . A cette occasion, les deux stèles portant leurs noms ont été dévoilées dont ceux de la famille Dszenziolsky . exit Revue Municipale de Puteaux 2011

HÉBERT Lucienne 1911+2001 déportée résistante

Née le 29 ou 30 mai 1911 à Paris XIVe arr. et décédée le 29 décembre 2001 à Nanterre  ; ouvrière cartonnière chez Jaz à Puteaux ; membre du Parti Communiste ; Fille de Albert Descottes , teinturier et de Henriette Friès , blanchisseuse , Lucienne Descottes épousa Célestin Hébert , le 28 février 1931 en Mairie de Puteaux .
Dès la fin de l’année 1940, quelques militants communistes de Nanterre dirigés par son époux Célestin Hébert distribuent des tracts du parti communiste clandestin nuitamment à la volée dans les rues de la ville et dans boîtes aux lettres . Willeme_camion_7_tonnesD’autres militants qui travaillaient dans la ville notamment chez les camions Willème étaient fournis en tracts.
                                                                                                                                                               En septembre 1941, à la suite de filatures, surveillances et enquêtes, les services de la préfecture de police mettent fin aux activités d’un important centre clandestin de propagande communiste qui s’exercent plus particulièrement dans la banlieue ouest de Paris et dans certaines localités de Seine-et-Oise. Ce centre clandestin constitue le quatrième secteur de l’appareil illégal et comprend les 41e, 41e bis, 41e ter, 42e, 42e bis, 43e et 43e bis sections , les groupes des usines Bastard , automobiles Simca , Solex , camions Willème ou Saurer , le camp d’aviation La Folie , les fonderies Montupet , Bloch , LMT ,l’avionneur SNCAC , Lobstein , diverses autres usines de Courbevoie ainsi que les groupes de base de Bezons, Carrières-sur-Seine, Houilles, Cormeilles-en-Parisis, Nanterre, Suresnes, Boulogne et Saint-Cloud . Les usines Jaz ne semblent pas comprendre de section clandestine de ce type .                                                                                                                                                     Espagne_1938_Savenaud_et_PozziPOZZI pendant la guerre d’Espagne en 1938

Le principal dirigeant de l’organisation clandestine se nomme Félix Pozzi , ancien syndicaliste CGT des pneus Goodrich à Colombes, l’un des dirigeants des grèves de 1936 et 1937 au moment du Front populaire. Il combattit en Espagne républicaine de mars 1938 jusqu’à la fin octobre ou début novembre 1938.
Une dénonciation est à l’origine d’une quinzaine d’arrestations dans le secteur de Nanterre . Vers le 15 août 1941 , un habitant de Nanterre, se présente au poste de police de la ville . Il vient se plaindre du fait que des tracts communistes sont déposés dans sa boîte aux lettres . Ce délateur est un voisin du militant communiste Célestin Hébert . Le commissaire de Puteaux , Lucien Bizoire demande aux policiers de la Brigade spéciale d’intervention du commissariat de mener une enquête . Les militants qui viennent se ravitailler en tracts , souvent à bicyclette  , chez le couple Hébert sont alors filés .
26 rue de suresnes NanterreLa maisonnette du couple Hébert en 2019 .                                                                                                                                                                  Un cycliste , Paul Lescop , est repéré et suivi car il se rend très souvent en fin de journée au 26 rue de Suresnes chez le couple Hébert .Prospectus 1923 page 2 Le 8 septembre 1941 , Lucienne Hébert est interpellée par un inspecteur de Puteaux sur son lieu de travail  : l’usine des réveils Jaz avenue du président Wilson à Puteaux . Son mari est interpellé à son domicile . Lors de la perquisition domiciliaire les policiers saisissent : une machine à ronéotyper à main , cinquante mille tracts ronéotypés et imprimés , deux cents kilos de papier et trois obus de 75 mm , ainsi qu’un pistolet automatique . Lucienne Hébert est interrogée au commissariat de Nanterre . roquetteDès le lendemain , elle est transférée à la prison de la Roquette à Paris , puis le 10 septembre à la prison de la Santé . La quasi-totalité des militants est repérée, quinze arrestations s’échelonnent entre le 2 et le 16 septembre 1941 .
Le 24 mars 1942 ,  tous comparaissent devant le Tribunal militaire allemand du Gross Paris
Le commissaire de Puteaux témoigne à charge . Quinze condamnations à morts sont prononcées , dont celles de Florentine Berson et Lucienne Hébert pour « intelligence avec l’ennemi ».

Le 10 avril 1942 , les treize hommes sont passés par les armes au Mont-Valérien à Suresnes : le mari de Lucienne Célestin Hébert avec Jean Lebon , Georges Hany , Daniel Becker , tous trois ajusteurs et le cycliste Paul Lescop , employé de bureau tout comme Edmond Dubuis, chaudronnier aux Usines Breguet et le plombier André Chabenet qui ont tous donné leur nom à une rue de Nanterre . Sont fusillés avec eux , ces quatre employés de chez Willème : Roger Bouchacour , ajusteur d’Argenteuil , Georges Lacaud, tourneur de Courbevoie ,  Daniel Baron tôlier et Charles Wagner ajusteur , ces deux deniers ont donné leurs noms à une rue de Bezons où ils habitaient . monument Pozzi à SannoisMonument rue Félix et Roger Pozzi à Sannois                                                                         Fusillé également René Muller, mécanicien chez l’avionneur Régy avec le plus important d’entre eux , le fameux  Félix Pozzi , monteur-électricien de Sannois dont une rue porte son nom et celui de son fils , mort en 1942 des suites d’une autre arrestation musclée .
Les Allemands ne fusillaient pas les femmes en France, ils firent un sursis à exécution puis commuèrent la peine en travaux forcés à perpétuité. Le 20 avril 1942 Lucienne Hébert et Florentine Berson quittent la Santé pour la gare de l’Est où elles prennent la direction de l’Allemagne. Lucienne Hébert affronte successivement les prisons de Karlsruhe où elle séjourne une semaine, celles de Anrath et Lübeck-Lauerhot , réservées aux femmes classées “NN” Nacht und Nebel –Nuit et Brouillard–  du 17 décembre 1942 au 4 avril 1944 .ravensbrück Ravensbrück , camp de concentration pour femmes.                                                                                                                                                                   Elle passe à Cottbus le 5 avril 1944 , avant d’être envoyée à Ravensbrück le 20 décembre 1944 où elle porte le matricule 94115. Le 4 mars 1945 elle est transférée à Mauthausen (Autriche), elle y arrive trois jours plus tard . Le 22 avril 1945 elle est enfin libérée par la Croix-Rouge . Florentine Berson n’a pas eu cette chance et sera gazée au camp de  Ravensbrück en 1945 , une résidence porte son nom à Nanterre .
                                                                                                                                                                    Le 12 mars 1945 un juge d’instruction inculpa le délateur de Célestin Hébert « d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État ». Clément , le dénonciateur était marié à Stéphanie , une allemande des Sudètes en Tchécoslovaquie . Le couple habitait le pavillon voisin du frère de Célestin Hébert . Membre du Mouvement Social Révolutionnaire , parti collaborationniste d’Eugène Deloncle , Clément assistait aussi aux réunions du Parti Populaire Français de Doriot. Il est donc farouchement anticommuniste . Après l’exécution de Célestin Hébert et de ses compagnons , il vend précipitamment son pavillon et déménage . Après la Libération , il est retrouvé par la police dans la Sarthe , arrêté, jugé, il est condamné le 19 octobre 1945 à vingt ans de travaux forcés et vingt ans d’interdiction de séjour au delà de cette peine .
Lucienne Hébert est auditionnée en 1945 par un juge d’instruction dans le cadre d’une commission rogatoire . Elle déclare qu’un inspecteur du commissariat de Puteaux s’était « présenté seul pour procéder à son arrestation à l’Usine Jaz où elle travaillait comme cartonnière. Après avoir exhibé sa plaque de police , il m’a prié de bien vouloir le suivre sans toutefois m’indiquer le motif de cette arrestation ».
« Conduite au commissariat de Puteaux, j’ai été interrogé par [lui], puis par le commissaire [Lucien] Bizoire et plusieurs autres inspecteurs. Je n’ai subi aucun sévices ni aucune menace de la part de Bizoire. Toutefois, ce dernier m’a fait remarquer que si je ne voulais pas parler, je n’aurais aucune chance de revoir ma fille ».
Cité Mag Février 2017 n°50Cité Mag , revue municipale de Nanterre ,Février 2017 ,n°50                                                                                                                                                        Lucienne Hébert a été homologuée au titre de la résistance intérieure française et en tant que déportée internée résistante  et veuve de résistant , fusillé Mort pour la France . Avoir été la seule survivante de ce groupe de résistants , l’a longtemps tenu à l’écart des honneurs dont ses camarades ont été comblés avec , pour la majorité d’entre eux , des rues portant leurs noms . Mais notre ex-cartonnière chez Jaz n’est pas oubliée à Nanterre : elle a donné son nom à une résidence, en novembre 2019 (voir le fascicule distribué le jour de l’inauguration, et au nouveaux locataires) .nos déportés Jazette n°9 Janvier 1946 page 4Jazette n°6 de Janvier 1946 page 4 . Etrangement la déportée résistante , à laquelle nous avons consacré un article ,  Lucienne Hébert n’est pas au nombre des déportés mentionnés dans cette Jazette pas plus que Cyrla Szulewicz , mère de Georges Pérec employée chez Jaz de 1941 à 1942 . Voyez notre article consacré à Marcel Herscovic et Julia Dzenziolsky , tous deux employés chez Jaz et victimes de la barbarie nazie .

Chronologie de la marque JAZ

1919

puteaux aerienJAZ a été créé aussitôt après la première guerre mondiale ; la société initiale portait le nom de « Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère » ou CIMH . Une usine est construite dans le quartier de la Défense à Puteaux , considérablement agrandie par la suite, puis expropriée , elle finira sous la pioche des démolisseurs en 1964 dans la cadre  de la rénovation du quartier autour du CNIT .

1921

jaz-classicNaissance du premier JAZ: c’est le CLASSIC, équipé du calibre B, puis du calibre D, révolutionnaire par sa sonnerie « cristalline » sur la cloche arrière et son arrêt sonnerie sur le dessus. Vendu à 10 000 exemplaires dans l’année.

1925

500 000 pièces JAZ vendues dans l’année.

1928

OLYMPUS DIGITAL CAMERAApparition du calibre E

1929

786 000 pièces JAZ vendues dans l’année.

1935

calibre J (2)Création du calibre J.

1941

logo jaseur queue basseLa marque JAZ est désormais surmontée de la silhouette du jaseur boréal, devenu l’oiseau-fétiche de la société.

1943

10-million1 chronoA Puteaux , le Directeur Général Louis-Gustave Brandt , entouré de ses collaborateurs, célèbre la sortie du dix millionième JAZ .

1947

Installation d’une seconde usine JAZ à Annecy avenue des Romains , transférée à Colmar en 1952 .

1948

boetieJAZ installe ses services commerciaux dans le VIII° arrondissement de Paris, au 64 bis de la rue La Boétie. L’action JAZ est introduite à la Bourse de Paris.

1949

Création d’un atelier dans le XVII° arrondissement de Paris, rue Bayen , transféré à Colmar en 1952. Installation de la première chaîne de montage à Puteaux.

1950

983 000 pièces JAZ vendues dans l’année.

1951

usines jaz colmarJaz prend le contrôle de la marque CARAT et de l’usine de la Société Alsacienne de Précision dite S.A.P. , à Colmar , l’une et l’autre créées en 1948 . Création du calibre électrique R. Le cap du million de pièces dans l’année est franchi!

1954

wintzL’horlogerie Japy, créée en 1767, s’intègre dans le groupe JAZ. La fabrication de la marque Japy est transférée de Beaucourt ,où elle était implantée depuis 187 ans , à l’usine JAZ de Puteaux. Les marques Japy , JAZ et Carat sont désormais vendues par une nouvelle société, filiale de JAZ : « La Générale Horlogère » dite Génhor qui a son siège rue La Boétie à Paris . Installation d’une usine moderne à Wintzenheim, près de Colmar, sur un terrain de 39 000 m².

1955

OLYMPUS DIGITAL CAMERACréation du calibre U (qui remplace le D)

1957

Sortie du vingt-millionième JAZ.

1958

JAZ, devenu licenciée d’Ato pour la France, lance trois calibres électriques à pile, dont un à transistor.

1960

Accord de rationalisation technique et commerciale avec la Smi  , Société Méridionale d’Industrie de Marseille.

1961

calibre AN (6)Sortie de deux nouveaux calibres électriques JAZ à balancier moteur : AN et BN  . Première extension de l’usine de Wintzenheim . La Génhor assure désormais la vente en France des réveils S.M.I.

1962

Sortie du calibre AX, à transistor et trotteuse centrale. Deuxième extension de l’usine de Wintzenheim.

1963

USINE JAZ INDE détail 2Naissance du DRILIC, le premier réveil à transistor 100% électrique. Nouveau record mondial : de tous les fabricants de la planète, c’est JAZ qui a la plus forte production de pendules à transistor. En Inde, sortie des premiers JAZ fabriqués dans la nouvelle usine SIFCO de Haïderabad . L’usine-mère de Puteaux est expropriée. Une nouvelle usine JAZ est construite à Nanterre, chef-lieu du nouveau département des Hauts-de-Seine. Troisième extension de l’usine de Wintzenheim.

1964

nanterre 2Quatrième extension de l’usine de Wintzenheim. Édification d’une seconde usine à Nanterre. Agrandissement des bureaux de la rue La Boétie à Paris.

1965

35% de réveils électriques de plus que l’année précédente.

1966

etiquette heure et radio transistorNaissance du Jour et Date mural, ou Jaz Dator, comportant à la fois le jour de la semaine en entier  et le jour du mois. Lancement du radio JAZ.

1967

peter-uhren-fabrikDans le cadre du marché commun, JAZ signe, avec la société Peter, de Rottweil en Forêt Noire, un accord de collaboration à la fois technique, industriel et commercial . Naissance du calibre CR, le plus petit réveil à transistor du monde.

1968

cal DVNaissance des calibres 6AR (Jazistor Jour et Date), DV , plus le BK pour Japy .

1969

La famille DV s’agrandit d’un « jour et date« , d’un « répétition » et d’un « tic-tac discret« .

1970

A Nanterre comme à Wintzenheim, pour essayer de faire face à une demande toujours croissante, on continue à construire… En février sont lancées 40 modèles de montres JAZ . En décembre, on déplore la disparition de Paul Nicolas , remplacé par Marcel Hoyaux.

1973

Le taux de notoriété de la marque JAZ atteint 87%. Ce sont quasiment 9 français sur 10 qui connaissent JAZ qui exporte alors dans 74 pays.

1979

En Juin, MATRA prend le contrôle de la société JAZ.

1984

Fermeture de l’usine de Nanterre.

1986

MATRA revend JAZ au japonais HATTORI , fabricant de SEIKO

1987

Création de la Compagnie Générale Horlogère dite CGH , fédérant les marques JAZ et Yema, ainsi que les marques japonaises SEIKO, LORUS et PULSAR.

1990

Fermeture du site de Wintzenheim.

1995

La CGH stoppe l’activité de JAZ.

1997

La société EFA, créée par Marc Augier depuis 1988 choisit JAZ pour diversifier son activité dans le domaine de l’horlogerie. 280 nouvelles références sont lancées.

2016

Après 15 ans de silence, Jaz revient avec une collection de montres mécaniques et à quartz… »

les publicités Jaz dans la presse française et étrangère

La CIMH , Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère , est co-fondée en 1921 par Yvan Benel , Louis-Gustave Brandt et Georges Scemama , un grand publicitaire des années folles , déjà connu par ses publicités pléthoriques pour Jubol et Urodonal dans la presse nationale et qui lui trouve son nom commercial : JAZ .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     Mais ce n’est pas la publicité sur papier qui fera de Jaz une marque qui réussit aussi rapidement à entrer dans l’imaginaire populaire . Effectivement , elle sera la première entreprise française à se faire connaître grâce à la publicité au cinéma comme l’expliquera en 1935 , dans un grand article de la revue VENDRE , le rédacteur en chef et célèbre théoricien de la publicité française Paul NICOLAS qui deviendra d’ailleurs pendant la guerre vice-président de JAZ . Si les campagnes de publicité de Jaz au cinéma par Robert LORTAC sont capitales pour la notoriété de la marque , les joyeuses affiches de René RAVO  , qui envahirent colonnes Morris et couloirs de métro , ne sont pas plus à négliger que ses milliers de publications publicitaires dans les journaux français et étrangers créées par Ray , Bydo , Jean Chesnot  , les photographes Burguglian Scaïoni , René-Jacques et autres créateurs  , sans oublier ses gigantesques campagnes radio publicité Jaz actualités n°18 1958.jpgextrait de Jaz Actualités n°18 , Septembre 1958 , journal de communication interne avec les horlogers affiliés Jazjaz 1990Ci-dessus : cette page , destinée aux horlogers affiliés en 1990 , donne une idée de l’effort consenti envers la publicité dans la presse par JAZ  .                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Ci-dessous : un grand pêle-mêle des publicités destinées au grand public de  1923 à 1984 ( cliquez sur la photo d’une de nos 231 réclames pour l’agrandir) Chaque document à été dépouillé et renvoyé à l’article des Jaz reproduits en dessins ou photographies . jaz-pub-lillustration

 

Origine du nom JAZ

 

Spécialement avec les plaques de rue , le choix de la Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère  « C.I.M.H. » de choisir JAZ comme nom commercial apparaît comme extrêmement judicieux . Sa brièveté , une seule syllabe de trois lettres , se voit de très loin . Le nom  JAZ étant vite devenu synonyme de réveil , outre la publicité faite à la marque , elle permettait d’identifier de loin la boutique d’un horloger . On ne peut s’empêcher de penser que la CIMH s’est inspiré de LIP qui l’avait précédé de 20 ans dans le monde de l’horlogerie . En  1924 Ivan Benel co-fondateur de la marque accorde une interview à la revue « Vendre »où il évoque l’importance du mot Jaz dans le succès de son entreprise « Et tout d’abord , baptiser notre enfant, lui donner un nom , une marque ; pour prendre mon expression de tout à l’heure : un état civil […] Etait-ce le nom si particulier , était-ce l’évident avantage d’un réveil de marque qui emporta le premier succès ? Il est difficile de le dire : je me borne à le constater , mais je tiens à en souligner l’importance […] Cette marque , ce fut « Jaz » ; je ne revendique pas le mérite d’avoir trouvé ce mot ; M .Georges Scemama qui est à la fois un de nos administrateurs et dirige notre publicité vous dira , si vous allez le voir, les raisons qui ont guidé son choix . Le mot est bref, sonore, facile à retenir, sympathique ». Interrogé le publicitaire répond « Comment j’ai trouvé le nom? Evidemment, vous l’avez deviné: par une corrélation d’idée avec jazz-band. Il fallait quelque chose qui évoque un bruit joyeux…le mot s’est présenté à mon esprit, il avait toutes les qualités requises , je l’ai adopté » .Est ce bien la véritable raison du choix de la dénomination JAZ  ou une légende que le communiquant veut répandre ?  en étudiant son étymologie on pourrait en  douter …

Les recherches de Gerald Cohen indiquent que le mot Jazz apparaît pour la première fois sous la plume de E. T. « Scoop » Gleeson dans le San Francisco bulletin en mars 1913. La plupart des historiens penchent cependant sur le fait que ce mot est apparu pour la première fois dans le Chigago Herald du 1er Mai 1916 . Il appartient au jargon du basball pour désigner l’énergie d’un joueur. Le mot aurait été employé pour qualifier la musique du groupe d’Art Hickman qui jouait dans le camp d’entraînement des San Francisco Seal . Le groupe endossa l’adjectif lors de ses engagements à New York en 1914 et le terme se répandit progressivement jusqu’à Chicago avant de revenir à La Nouvelle-Orléans sous la forme d’une lettre de Freddie Keppard à King Oliver qui le popularisera dès 1917 avec son protégé Louis Amstrong . Toutefois les prostituées de la Nouvelle -Orléans étaient appelées « jazz-belles » en argot cajun , en référence soit à la Jézabel biblique, soit au jasmin dont elles se parfumaient et ceux qui les fréquentaient étaient appelés « jazzmen ». En raison de ses connotations scabreuses , le terme était diversement apprécié des musiciens , Duke Ellington en particulier préférait l’appellation « Negro music ». La diffusion du mot « jazz », bien que sous sa forme Jass , est largement associée à son apparition sur le premier enregistrement sonore du style , en mars 1917 par l’Original Dixieland Jass Band . La légende selon laquelle Jaz tirerait son nom de ce style musical importé par les soldats américains paraît au prime abord peu crédible puisqu’il était très généralement encore nommé « rag », qu’en 1919 – date de la fondation  de la marque JAZ – il était totalement « underground » en France et qu’il restera longtemps très mal vu dans certains milieux peu « négrophiles » . Il faudra attendre « la Revue Nègre » en 1925 au Théatre des Champs Elysées avec Joséphine Baker en vedette pour que le Jazz connaisse un réel retentissement auprès des français et encore il est essentiellement question de Charleston . Les origines de l’entrée du jazz dans l’ère de la massification se situent dans les années 1930 , lorsqu’une petite avant-garde d’amateurs se donne pour objectif de contribuer à la diffusion et à la reconnaissance esthétique de cette musique encore très mal connue dans l’Hexagone . Cette origine affirmée pour un choix aussi capital que son nom commercial semble chronologiquement fort improbable et donc plus qu’osée de la part de la toute nouvelle CIMH pour une marque de grande diffusion . Et pourtant c’est ainsi que Georges Scemama le publicitaire présente la chose quelques années plus tard dans une version que l’on pourrait croire enjolivée pour la postérité puisque l’on remarquera que le fondateur Ivan Benel ne se prononce pas , laissant son communiquant en assumer paternité et étymologie                                                                                                                                                                       D’ailleurs certains prétendent que JAZ serait l’acronyme des initiales des trois ingénieurs qui conçurent les premiers modèles , s’appuyant sur l’existence réelle d’un technicien nommé Zedler . Pourtant à la lecture des noms  déposés par la CIMH le 25 Juillet 1919 au Greffe du Tribunal de Commerce de Paris pour son nom commercial , le doute n’est plus guère permis . Selon l’usage de l’époque pour les marques populaires , la plupart sont des homophonies qu’il faut décrypter en les lisant à haute voix : un amusant DORTU qu’il faut entendre « dors tu ? » ou  un OZARM assurément offensif et d’actualité pour  cette référence à « la Marseillaise » à l’issue de la Grande Guerre . CLERSON avait déjà une connotation américaine et ce  » clair sonne » aurait fort bien convenu à la sonnerie cristalline tant vantée des Jaz . MARTEX semble moins explicable et OBA sonnant pour le coup très mal en « au bas »,  il faut peut être y chercher un acronyme dont le B correspondrait à Benel et le O à celui d’Oméga , que présidait Brandt l’autre fondateur , mais rien n’est moins sûr . En revanche OBA apporte la preuve de la recherche d’un nom très court à l’image de LIP comme expliqué plus haut . Si avec DORTU , OZARM , CLERSON , MARTEX et OBA nous avons échappé au moyen et au pire , JAZ déposé le même jour est assurément un coup de génie . Le fondateur Ivan Benel l’affirme lui même  » La marque sur notre réveil fut notre première innovation «  .Toutefois il y a un septième nom , non retenu , mais bien déposé le même jour qui éclaire tout : JAZBAND … Ce style musical pourtant confidentiel et tendancieux pour l’époque a donc bien inspiré l’audacieux Scemama qui l’a judicieusement raccourci pour sa brièveté et son efficacité visuelle , sans doute , mais surtout parce que JAZ était aisé à mémoriser et prononçable sur tous les continents : le succès mondial de la marque doit beaucoup au choix de ce nom qui claque : JAZ                                                                                                                                                                                                                                                                                        Il a si bien réussi son pari que le mot Jaz et réveil sont devenus  absolument synonymes par antonomase au même titre que Frigidaire , Velux , Opinel , Scotch , etc . Voir notre article sur Jaz et les autres antonomases . Voyez , dans notre rubrique Jaz et la Littérature , les romans où l’on emploie le mot Jaz à la place de réveil . Il devient inutile de préciser qu’il est question d’un réveil-matin . Scemama l’avait théorisé et prévu dans un article de la revue Vendre en 1934 : Notons ceci : Jaz ! jamais réveil Jaz ; c’est inutile  c’est même nuisible . On ne parle plus de réveil ; il n’existe plus ce mot , il est remplacé par un synonyme : un Jaz .