Salle Jaz du musée de la Section d’Or Ville de Puteaux 2019

Situé au 5 de la rue Paul Bert à Puteaux, ville où se trouvait la première usine Jaz , le musée de la Section d’Or a ouvert ses portes en mai 2019 à l’occasion de la Nuit des Musées. Autrefois lieu d’habitation d’une famille d’artisans putéoliens, le bâtiment est désormais dédié à l’histoire picturale et industrielle de la ville. Le rez-de-chaussée, géré par la direction des Archives, est consacré à d’anciennes industries. Au début du XX° siècle, Puteaux était en effet une ville très industrialisée que nous avons largement évoquée dans notre article sur l’usine Jaz de Puteaux . Voyez cette vidéo sur ce musée .

Salle consacrée à l’usine Jaz et ses productions. La présentation est élégante mais l’espace est trop restreint pour ne serait ce que résumer l’ampleur de la production de l’usine Jaz de Puteaux. Les vitrines basses ne sont pas idéales pour exposer des réveils, d’ailleurs les autres musées, comme celui de Besançon, utilisent de hautes vitrines pour mettre les horloges à hauteur du regard. Nous sommes un peu étonnés de n’avoir pas été contactés par les autorités putéoliennes quand la commune voisine de Nanterre nous a gentiment invité et consulté pour une implication de la marque Jaz moins importante dans un événement local.

Le véritable problème n’est même pas là: nous n’avons pas encore réussi à visiter l’endroit, pas seulement en raison de la crise sanitaire. Comme l’avait prédit l’opposition politique à la municipalité, le lieu est très mal choisi: il s’agit d’un petit pavillon de banlieue à la base, exigu, assez inélégant, mal signalé, situé dans un ancien quartier d’habitations, quasiment sans commerces ni chalands, visitable uniquement par groupes et sur réservation. Même sur internet ce musée est quasi invisible: alors que nous effectuons tous les jours des recherches sur Jaz, ce n’est qu’un an après son « ouverture » (le terme se discute) que nous découvrons, effarés, son existence.

Une première salle du musée présente les parfumeurs locaux et leurs créations comme Coty, Houbigant, Chevalier d’Orsay, Phebel, tandis qu’une seconde expose quelques réveils  Jaz. La troisième est consacrée à l’histoire aéronautique de Puteaux à travers notamment la société Morane-Saulnier. Dans les étages, sous l’expertise de la direction du bureau de la Culture de Puteaux, sont exposées les œuvres d’artistes putéoliens de la Section d’Or tels que Kupka, Léger, Picabia, etc. 

Les frères Duchamp dans le jardin de l’atelier de Gaston Duchamp (dit Jacques Villon) 7 rue Lemaître à Puteaux

Le nom Section d’Or est le nom que s’était donné le groupe de Puteaux.
Dès 1911, un ensemble d’artistes et de critiques, dont Frantisek Kupka, Albert Gleizes, Jean Metzinger, Marcel Duchamp, Fernand Léger, Apollinaire et bien d’autres, se réunissent chaque dimanche à Puteaux dans l’atelier de Jacques Villon, au 7 de la rue Lemaître dans le centre de Puteaux. Cette Section d’Or, baptisé d’après le principe du nombre d’or de la Renaissance, à la base de leur théorie artistique, a joué un rôle déterminant dans l’histoire du cubisme. 

Frédéric Rancez employé Jaz en 1935

Frédéric Rancez , matricule 46031 à Auschwitz- Birkenau , il est un des plus célèbres déportés du convoi du 6 juillet 1942 dit « convoi des 45.000 «   de sinistre mémoire.                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Nous évoquons dans cet article  Frédéric Rancez pour rendre hommage à ce martyr de la déportation , qui a travaillé chez Jaz dans les années 30 , mais aussi parce que son parcours professionnel est assez symptomatique des autres ouvriers qui , comme lui , passent d’une usine à l’autre dans Puteaux et ses alentours où il est né. En outre,  son activité militante recoupe d’autres engagements politiques chez d’autres employés de la manufacture de Puteaux et en enrichira notre article à venir sur les mouvements sociaux chez Jaz . Ceux qui veulent connaître l’intégralité de sa biographie se reporteront à l’article du site Mémoire Vive , puisque nous nous concentrons sur son parcours professionnel .                                                                                                                                                                                                                                                                                  Frédéric Rancez naît en 1903 chez son père qui était boulanger à Puteaux.

Avant son service militaire en 1923, qu’il effectue partiellement en Allemagne occupée puisqu’il est réformé au bout de six mois , il avait suivi une formation d’ajusteur fraiseur

En 1924 , Frédéric Rancez se marie avec Lucie Duriez à Suresnes et il adhère aux Jeunesses communistes . Le couple n’aura pas d’enfant . charron à puteauxÀ partir de 1926 et pendant deux ans le jeune Frédéric Rancez travaille chez automobiles Charron à Puteaux, puis deux autres années aux établissements Dalbouze & Brachet toujours à Puteaux , spécialisés dans le matériel de cimenterie

puteaux-aout-1907-maison-g-richard-unic-1-quai-nationalIl passe encore par d’autres entreprises , notamment de construction automobile,  comme Renault, Citroën, Duroc , Thomson, De Dion et Unic, ces deux dernières étant implantées à Puteaux.

jeunesses communistesDe 1931 à 1936, il est trésorier de la section des Jeunesses communistes de Puteaux . En mai 1933, il adhère au Syndicat des métaux de la région parisienne.                                                                                                                                                                            Prospectus 1923 page 2En 1935, il fait grève à la fabrique de réveils Jaz à Puteaux. Le Populaire 25 mars 1935

Manifestation_SFIO_1934Les 6, 7 et 9 février 1934, il participe aux manifestations contre les ligues factieuses d’extrêmes droites . En octobre suivant, il adhère au Parti communiste : il était déjà membre des Jeunesses Communistes depuis 1924 .

En juin 1936, lors des grèves du Front populaire, il travaille chez Gardy , société d’appareillage électrique , à Argenteuil .                                                                                             compteur sanders4Il est embauché le 7 juin 1941 comme monteur électricien aux usines Sanders à Gentilly qui fabriquaient avant guerre des machines à calculer sous licence américaine. Les militants communistes y sont très présents et sont fichés par les Renseignements généraux. Cette usine de la métallurgie est d’ailleurs surnommée « la maison rouge » à Gentilly. Devenue filiale d’un groupe franco-allemand, elle travaille pour l’industrie de guerre allemande pendant le conflit.Sanders manif Grève Sanders       

Le 9 février 1942, une grève éclate chez Sanders. 
Cet arrêt de travail est motivé par le refus du directeur de l’usine de satisfaire les revendications des ouvriers  portant sur les salaires et l’exercice des libertés syndicales. Le travail reprend au bout d’un quart d’heure, après que le directeur ait menacé de prévenir la police, en cas de poursuite du mouvement.

Cependant le directeur a tout de même informé la Confédération générale du patronat français  Prévenu de la grève, le commissaire de police de la circonscription appelle aussitôt les Renseignements Généraux.  La Brigade spéciale chargée de la répression anticommuniste enquête aussitôt. Elle recherche les « meneurs » et obtient par un membre de la maîtrise de l’usine une liste des ouvriers supposés être à l’origine du mouvement.

 Le 11 février, seize ouvriers sont arrêtés par des inspecteurs des RG et sont  conduits au Dépôt de la Préfecture de police de la Seine, où ils sont interrogés violemment. Trois d’entre eux sont relâchés le soir même, car ils ne sont pas connus des services de police comme étant communistes. Les 13 autres, qui ont un dossier aux Renseignements généraux comme « militants communistes actifs et propagandistes » à la Conciergerie, en attendant leur internement administratif dans un camp français. Quatre d’entre eux sont internés au camp de  Pithiviers, puis à l’île de Ré jusqu’au 10 août 1944. Les autres internés seront déportés à Auschwitz : huit d’entre eux sont internés au camp de Voves le 26 avril 1942, puis au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122), le 10  mai 1942. Ils sont désignés par les autorités allemandes pour être déportés le 6 juillet 1942, comme otages communistes, en représailles aux attentats commis par des résistants communistes contre des officiers et soldats allemands. 

                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Le convoi du 6 juillet 1942 occupe une place singulière dans l’histoire des déportations  en France. Il est le premier convoi de répression à quitter le camp de Compiègne pour les camps de concentration allemands, et le seul de l’année 1942. Il est aussi le seul convoi de résistants – avec celui des 230 femmes déportées le 24 janvier 1943 dit convoi des 31000- à avoir eu Auschwitz pour destination définitive. nom vient des matricules commençant à 45.000                                                                                                                  Frédéric Rancez meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 , cinq mois après son arrivée Le taux de létalité du convoi des 45000 est de 89% en moins de six mois . Son corps a été incinéré et il n’a donc pas de tombeau .

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plaque emplacement usine SANDERS rue Benoît Malon à Gentilly
monument commémoratif à Gentilly

Jaz et l’Ecole Nationale d’Horlogerie de CLUSES

Consultez d’abord notre article sur l’histoire de l’implantation de l’horlogerie dans la Vallée de l’Arve , pour mieux appréhender cet  article.

 

HISTOIRE ILLUSTRÉE de l’ENH de CLUSES

Ecole Nationale d'horlogerieLe 31 mars 1848, un décret du gouvernement Sarde crée l’Ecole Royale d’Horlogerie à Cluses. L’école est installée dans l’ancien couvent des Cordeliers, à l’emplacement de l’actuelle mairie de Cluses. Surnommée familièrement L’Horlo, l’Ecole Royale puis Ecole Impériale et enfin la très réputée Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses ou E. N. H. C. , devenue Lycée Charles Poncet, a fêté en 2018 ses 170 ans d’existence.

Son premier directeur sera Achille BENOIT, qui en 1835 avait fondé la Manufacture Royale d’Horlogerie de Versailles. Très naturellement l’implantation d’une école horlogère devait se faire dans cette vallée.  En 1863, Napoléon III reconnaît l’existence de l’école qui devient impériale, sous la responsabilité de l’État. L’enseignement y devient gratuit, le recrutement devient possible dans l’ensemble du territoire national, ce qui s’inscrit dans la réforme général de son ministre Victor Duruy: développer une instruction primaire gratuite laïque et obligatoire.

enh De 1880 à 1886, c’est la construction de la nouvelle école.a-l-ecole-d-horlogerie-de-cluses-en-1911-avec-au-premier-plan-un-tour-manuel-tandis-que-les-eleves-travaillent-sur-un-tour-electrique-de-decolletage-1538384351ENH en 1911 : élève travaillant au premier plan sur un tour manuel , les autres sur des tours électriques

1886-1914 : Période forte de l’Ecole Nationale d’Horlogerie, marquée par sa participation à de nombreuses expositions internationales de Londres, Paris, Chicago, Bruxelles, Anvers, Milan et Turin où elle est récompensée par de nombreux prix. Sa renommée s’étend à la France entière et au delà avec un recrutement international sur concours d’entrée.

1905-1934 : Charles PONCET, originaire d’Arâches juste à côté de Cluses, dirige l’Ecole dont il a été l’élève . Homme aux qualités et dynamisme exceptionnels, il laissera son nom au lycée et à la rue qui passe devant l’école.

Pour le cinquantenaire de l’annexion de la Savoie, le Président de la République est en visite en Savoie, comme Napoléon III en 1860.

fallières sort de l'école1910 le président Fallières sort de L’ENH de Cluses

1918-1940: Les besoins de l’armement, lors de la Première Guerre Mondiale, amènent la naissance d’une industrie nouvelle dans la vallée: le décolletage. C’est ainsi que l’Ecole s’adapte et développe une section de mécanique de précision créée en 1892, qu’elle met en place une section d’appareillage en 1937, puis une section technique qui permet l’admission à l’institut de chronométrie de Besançon en 1940. Pour accueillir tout ce monde, il faut des bâtiments.

infirmes à Cluses

En 1920-23 est construit « la Chapelle », en réalité un atelier pour les handicapés de guerre. L’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses accueille ses premiers mutilés de guerre, dès 1915, pour l’apprentissage d’un nouveau métier. Ils seront plus de 350 à se former au métier d’horloger-réparateur ou de mécanicien de 1915 à 1929.

EPSON MFP image En 1928 s’ouvre l’internat,  à droite en fin de construction.

1937 CLUSES école1937 l’Ecole s’agrandit encoreinternat L’internat comprend 270 internes en 1939.        Cluses terrain desport et montagnesEtablissement moderne, doté de terrains de sport dans un cadre idyllique.

1940-1945 : Les premières années de guerre se passent tant bien que mal pour et l’Ecole, malgré la mobilisation de certains professeurs et l’afflux d’élèves de Morez et de Besançon qui se trouvait alors en zone occupée, parce que ce sont d’abord les italiens qui occupent la Savoie, enfin ils essayent.

cluz41944 Soldats allemands aux jumelles depuis les fenêtres de l’ENH   19444 cluses école1944 Troupes d’occupation dans la cour de l’ENH

Mais en 1943, la Wehrmacht remplace les italiens et réquisitionne une partie des locaux,  jusqu’en mai 1944 date à laquelle la réquisition devient totale et arrive la Gestapo. Le directeur, doit renvoyer les élèves dans leurs foyers.

cluses libération Le 18 août, l’Ecole est libérée par les résistants cluses promotionPromo 1947, la plupart des élèves sont de moins en moins là pour l’horlogerie mais de plus en plus sur le décolletage.

1948 1952 promo Promo 1948/1952 qui comprend trois femmes, enfin! l_ecol121948 la façade de l’Ecole ornée d’une grande horloge provisoire.Marc diplomé ENHC

ENH montre de finMontres de fin d’études, entièrement réalisées par des élèves en quatre ans             CLUSES1953-1991 : L’année 1953 voit la construction des ateliers, dernier agrandissement de ce qui est dorénavant un grand complexe.

Peu à peu la centenaire E. N. H. C. devient un lycée polyvalent. La dernière promotion d’horlogers formés à Cluses quittera l’école en 1988, il ne restait que cinq élèves… signe des temps et de l’évolution des techniques! En revanche, le lycée voit ses effectifs exploser, avec plus de 1200 élèves. L’horlogerie n’est plus son domaine de prédilection, l’établissement est désormais un lycée technique. Mais longtemps être diplômé de l’ENHC restera un honneur convoité et une garantie d’excellence connue de tous.

 

l’ENH de CLUSES et JAZ

ClusiensBulletin des Anciens de Cluses Octobre 1950

Comme toutes les écoles professionnelles de haut niveau, l’Ecole Horlogère de Cluses, éditait un bulletin où cette liste de 21 Clusiens a été publiée: cette abondance d’élèves valut à Jaz le surnom, aujourd’hui politiquement incorrect, de Cluses-Cluses Clan.

promotion 1934La promotion 1934 de l’Ecole de Cluses, dont faisait partie Monsieur P. DELCASSAN, préparateur fabrication chez Jaz en 1950. 1937 les premières annéesPromotion 1937 les premières années. Bien que l’ENH soit mixte, on identifie qu’ une seule élève sur la photo, en raison de son genre, jouit d’une position centrale sur la photo. O. Maillard, chef d’atelier montage pour Jaz, est dans ces rangs. 

1937 atelierUn Atelier d’Horlogerie en 1937 . Toujours au centre , on identifie une élève à sa longue chevelure. D’autres photos nous montrent, hélas, un maximum de deux filles par année.

Planches d’élèves

 

 ÉLÈVE CARPANO

 1: M.VOIRIN        2: M.SATO de Tokyo-Clock     3: M.CARPANO

Le principal centre horloger Jaz, de Wintzenheim en Alsace, était dirigé depuis 1952 par Marcel Carpano, qui a étudié à Cluses de 1926 à 1929, cycle couronné par une Médaille d’Argent en 1929. Un centre rend hommage à Cluses aux CARPANO, importantes figures de l’horlogerie. Consultez l’article que nous avons consacré aux CARPANO et CLUSES.

 

ÉLÈVE GAILLARD

gaillard 1957_(3)[1]Avoir été un élève de l’Ecole de Cluses, en être diplômé, et beaucoup mieux, avoir été Médaille d’Argent de sa Promo, comme Monsieur Gaillard  et Monsieur Carpano, est un honneur et une garantie pour la clientèle que l’on affiche sur sa boutique, de générations en générations, pour cette dynastie d’horlogers.

 

ÉLÈVE  LAVIGNE

Lavigne ClusesEn-tête d’un horloger ancien de l’ENH, Médaille d’Argent lui aussi, installé à Cannes, mais attention il existait plusieurs Ecoles Nationales D’horlogerie en France: à Cluses, Anet, Mortaux, Lyon.

ÉLÈVE GALOU
galou élève de Cluses
 ÉLÈVE DÉPÉRY

Dep Savoy chrome Durée Elégance Précision, tel était le slogan publicitaire de la société DEP, seul  fabricant clusien de réveils et pendulettes, entre 1918 et 1953. François Dépéry, à la sortie de l’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses, reprend l’entreprise familiale qu’il fait prospérer avec son frère Narcisse, dont une gamme portait le nom de SAVOY.

CLS20Grand défilé de la Libération d’Annecy rue Royale, le dimanche 20 août 1944, outre les trois résistants à son bord, c’est la Delahaye 135 qui suscite notre intérêt: achetée en 1937 par Cyriel Dépéry, jeune membre de la famille des industriels de Scionzier et résistant dans l’Armée Secrète. Cette voiture exceptionnelle a été la vedette de la vente Artcurial à Rétromobile 2014, revendue un demi million d’euros, elle était déjà à l’époque un véhicule de grand luxe, preuve de la réussite industrielle de DEP.

Jean Edmond DeperyNotre dépouillement des dossiers militaires de Haute Savoie, fait apparaître la famille Dépéry comme une impressionnante lignée d’horlogers avec plus de trente appelés – tous frères pères cousins et neveux – qui se déclarent comme tels aux conseils de révisions. Même Claude, né en 1886 de père inconnu et portant le nom de sa mère, est horloger à Genève. Une analyse plus fine de la manière dont ils se déclarent aux autorités reflètent l’évolution de l’industrie dans toute la vallée. Ci -dessus, Jean Edmond est d’abord déclaré comme horloger-cultivateur, synonyme de paysan horloger. Ce couplage professionnel pourrait sembler aussi incongru que celui de chirurgien-danseur, si l’on ne connait pas l’histoire de l’horlogerie en Franche Comté ou en Savoie. Pour avoir une activité hivernale, les paysans se faisaient horlogers. Jean Edmond est le dernier des paysans-horlogers de la famille, tous les autres se voient comme des horlogers puis, à partir des années 20, certains se présentent comme décolleteurs ou mécanicien de précision.

depery 1887 pierre lon crtinDeux exceptions toutefois: Marie Emile Dépéry, né en 1891, qui se déclare facteur des PTT en 1937, mais l’honneur est sauf, puisqu’il avait été initialement enregistré comme horloger. Pour Pierre Léon, l’exemption allait de soi puisqu’il est signalé sourd muet, ce qui n’aurait pas forcément dû l’écarter de l’horlogerie, sauf qu’on diagnostique aussi: idiotie, quand il est question de crétinisme. N’y voyez rien de péjoratif, il s’agit d’une infirmité.

Crétin des Alpes n’est pas qu’une des insultes fleuries du Capitaine Haddock, c’est une terrible maladie: le crétinisme, ensemble de troubles physiques et de retard mental provoqué par une grave insuffisance thyroïdienne non traitée. L’absence d’iode dans  l’alimentation alpine faisait, qu’en 1850, cette région recense environ 20 000 crétins et 100 000 goitreux, sans compter ceux du Valais Suisse. L’histoire du crétinisme et de son éradication est celle d’un épouvantable retard qui devrait nous interpeller de nos jours. Celui d’une recherche médicale qui, par ses hésitations, ses disputes, ses certitudes aveugles et ses susceptibilités mal placées, a sacrifié à sa prudence et à ses dissensions, trois générations de crétins alors que l’on se doutait que la solution était d’ajouter de l’iode au sel, comme c’est le cas dans votre paquet de sel: vous pouvez vérifier. D’ailleurs la consommation de sel diminuant, la dose d’iode va être augmenté dans votre salière, comme en Suisse récemment.

Si DEP n’existe plus, la famille reste avec Jean Dépéry à la pointe de l’horlogerie européenne. En 1997, il fonde une très prestigieuse marque de montres qu’il nomme modestement du nom d’un des clients historiques de sa famille: Emile CHOURIET. Né en 1949, il ne pouvait bénéficier comme ses ancêtres d’une formation à l’ENH de Cluses qui ferme ses portes en 1989, il étudie donc la micro-technique à l’université de Neuchâtel et devient un ingénieur de génie en mouvements d’horlogerie.

 

ÉLÈVE DANCET

 

FERDAX, le célèbre déclencheur automatique pour appareil photo, est fabriqué au sein du triangle du décolletage formé par les communes de Cluses, Scionzier et Marnaz, par la famille DANCET. FERDAX est la contraction de François FERnand DAncet.Marnaz_(François_Dancet)L’usine a été fondée en 1872 par François Dancet (1860-1926). Après sa mort, son  fils François Fernand Dancet (1892-1967) qui a été formé à l’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses – promotion 1912 – reprend l’entreprise et ne  produit plus uniquement des pièces d’horlogerie, mais aussi des pièces détachées pour l’industrie automobile, les bicyclettes, l’aviation, les appareils d’électrotechniques, l’optique de précision, la téléphonie, la télégraphie, les appareils de mesure , etc. Le déclencheur FERDAX est le seul produit fini qu’il distribue directement, à partir des années 40.

 

ÉLÈVE VAILLANT

 

Le pneu clou a été inventé à Cluses par un ancien élève de l’ENH, issu d’une famille de quincaillier. Après sa sortie de l’Ecole Nationale d’Horlogerie de Cluses, Joseph Vaillant s’engage dans l’aviation en 1917. En 1920, il installe un garage automobile à Cluses, qui se voit adjoindre progressivement un atelier de décolletage, comme ses anciens camarades de promotion.

Si ses copains fabriqueront des moulinets de pêche, des réveils et des appareillages, Joseph Vaillant lui se lance, dès 1937, dans les crampons pour chevaux les MORDAX. Il rend les ferrures antidérapantes, été comme hiver, sur le bitume comme sur le verglas, pour le confort et la sécurité des Vercors de Barraquand, race alpine de cheval.

Joseph Vaillant eût deux autres initiatives d’inégales valeurs: prénommer son fils Michel quand on se nomme Vaillant, et sécuriser sa propre voiture, comme il en avait eu l’idée pour son équidé. L’adaptation sur pneus de ses crampons pour fers à chevaux nécessita de longues mises au point et le brevet fût déposée au début de l’année 1952. La voiture remplaçant le cheval partout dans le monde, le succès sera immense.

De part leur conception, les clous Vaillant sont inarrachables. L’efficacité du système a été mise en évidence dès la première année par de remarquables résultats obtenus dans les rallyes hivernaux: Argentero sur Peugeot 203 – 10ème au Mont-Carlo 1952 .
téléchargement (1)Les clous pour pneus constitueront l’essentiel des préoccupations des Ets Vaillant pendant près de 50 ans.
Les années 1990 à 2000: les crampons Vaillant sont toujours fabriqués… pour les chevaux de loisir et de concours hippiques: les Mordax reviennent en force!

Les Clous Vaillant sont à la base de tous les procédés de cramponnage des pneus qui sont encore utilisés actuellement dans le monde.

 

ÉLÈVE Paul JACOB

petite-velo-mhd-clusesCe vélo miniature, inscrit au Livre Mondial des Record, est une des attractions de l’Espace Carpano ou Musée de l’horlogerie du décolletage à Cluses. Photo ©Frédéric Boiteux Cluses Images Numériques

Paul Jacob étiquetteL’étiquette relative à ce vélo est entachée d’erreur: si ce vélo a bien été réalisé par un élève de Cluses, nommé Paul JACOB, ce dernier n’a rien à voir avec les fondateurs de Jacob-Delafon. L’étude de l’arbre généalogique de cette célèbre famille de céramistes, le dossier de Légion d’honneur d’Emile JACOB et les ouvrages spécialisés sur la céramique ne laissent aucun doute à ce sujet. Les seuls membres de la famille prénommé Paul et correspondants aux dates données pour ce réveil sont: Paul Emile Auguste JACOB 1878+1959 agent commercial pour Jacob-Delafon à Marseille et René Paul Emile JACOB  1893+1941 pilote et directeur du laboratoire Jacob Delafon de Belvoye, dont les carrières sont bien connues au sein des entreprises familiales, qui ne sont d’ailleurs pas co-fondateurs de Jacob-Delafon puisque ce rôle échoit à Emile. Logiquement, il n’y a aucun horloger dans cette dynastie d’industriels céramistes dont les différentes usines absorbaient, dans différentes fonctions, tous les rejetons mâles sur plusieurs générations.                                                                                                                                          Dans le même ordre d’idée, contrairement aux affirmations de journaux et sites savoyards, jamais Achille Benoît directeur de l’Ecole de Cluses, n’a été ni Sénateur ni même pressenti comme Ministre de L’Instruction.

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Maurice Jelens commercial Jaz pionnier des vitrines éclairées

Maurice JELENS fait partie de la galaxie de la fameuse revue VENDRE , pionnière du monde de la publicité française , qui verra son directeur Paul NICOLAS , la grande figure de l’Histoire de Jaz après les fondateurs , quitter sa chère publication pour prendre les rênes de Jaz pendant la guerre ; Marque qu’il dote du célèbre jaseur boréal et des Jazettes, entre autres initiatives originales . Diplômé  d’HEC ou école des Hautes Etudes Commerciales de Paris-comme Julien CLAIRET actuel propriétaire de la marque- , il intègre le service commercial de Jaz avant d’œuvrer au Ministère de la Production industrielle et sous d’autres casquettes promeut les exportations françaises avant de fonder Fluotechnic , une société spécialisée dans l’éclairagisme commercial qui « éclairent  » les articles , théoriques et descriptifs ,qu’il avait publié dans VENDRE dès 1938 à propos de l’étalage publicitaire , illustrés d’une superbe vitrine JAZ rétroéclairée que nous avons reproduit in extenso ci-dessous.

vendre fev 1957 page 66Revue Vendre Février 1957 page 66 VEN6_2441956 publicité FLUOTECHNIC fondée par Maurice JELENS

Un curvimètre et le livre publié en 1960 étalages publicitaire lumineux avril 1938Vendre Avril 1938 ( extrait page 171 )

Vendre avril 1938 page 169

Vendre Avril 1938 page 169Vendre avril 1938 page 170Vendre Avril 1938 page 170 Vendre avril 1938 page 171Vendre Avril 1938 page 171 Vendre avril 1938 page 172Vendre Avril 1938 page 172Vendre avril 1938 page 173 Vendre Avril 1938 page 173 jelens A Juin 1938 étalagesarticle revue VENDRE Juin 1938

Jaz et les antonomases

Honnêtement … reconnaissez que vous dîtes un Frigidaire et non pas un réfrigérateur ! Saviez vous même que le vrai nom d’un Abribus est une aubette ? Quelques soient leurs marques réelles , tous les coupe-vents sont désormais des K-Way ; parce que ces marques sont si célèbres qu’elles ont phagocyté leurs produits , elles se sont  lexicalisées : c’est-à-dire qu’elles sont entrées dans le langage courant pour désigner des produits , ce sont des antonomases : il y en a seulement 44 en France et au total 120 dans le monde .

drilic ravic raclic darlic novic quinzic pub Paris Match Oct 1965++Cette publicité , n’évoque pas un réveil de Noël mais un Jaz de Noël .

Jaz était l’une de ces marques : on ne disait plus un réveil , mais un Jaz . Nous l’avons démontré par nos articles dans la rubrique Jaz en Littérature , avec les ouvrages de Georges Perec ou San Antonio qui emploient Jaz à la place du mot réveil : ils n’écrivent pas le réveil Jaz mais un Jaz , selon le souhait même des fondateurs de la marque . Publicitaire des origines de la marque , Georges Scemama l’avait théorisé et prévu dans un article de la revue Vendre en 1934 : Notons ceci : Jaz ! jamais réveil Jaz ; c’est inutile  c’est même nuisible . On ne parle plus de réveil ; il n’existe plus ce mot , il est remplacé par un synonyme : un Jaz . Voir un exemple , trouvé dans une carte postale , preuve populaire indubitable de l’emploi de Jaz comme synonyme de réveil  : carte postale 1944 .

On pouvait difficilement dire un Bayard en lieu et place d’un réveil , puisque le preux chevalier,  sans peur et sans reproche , Pierre Terrail , seigneur de Bayard , laisse logiquement son nom à un col de montagne , un lycée , un musée , son château , mais aussi à nombreux produits à son corps défendant , et pourtant Dieu et François I° savent combien son corps se défendait bien . Si le sauveur de Mézières et héros de Marignan , meurt sans postérité , il laisse derrière lui des stylos , des bretelles , des casques , des voitures , des vêtements , etc .

Néanmoins , il convient de modérer le propos du collectionneur passionné : on ne disait pas toujours un Jaz pour dire réveil . Toutefois cela était fréquent et , étonnement , il arrive encore que cela se retrouve dans des annonces de ventes où , d’ailleurs parfois , certains vendeurs évoquent la marque Jazlebontemps , confondant notre site et la marque Jaz .

pub zodiac Juste en face de l’usine Jaz de Puteaux , de l’autre côté de la place de la Défense , se trouvait la société d’aérostation Zodiac.

pontiac puteauxCette entreprise , toujours florissante de nos jours , accède à la renommé mondiale en passant de l’air à l’eau avec ses bateaux pneumatiques dans les années 30 . Zodiac gagne alors le rarissime statut d’entreprise antonomase , à savoir que sa marque devient un nom commun : un Zodiac est tellement plus évocateur qu’un bateau pneumatique motorisé .ZodiacAutour de ce rond point de La Défense se trouvaient deux sociétés , face à face , qui pouvaient revendiquer cet honneur dans une proximité unique au monde .                                                                                                                                                                                              Quies L’horlogerie est indirectement liée à un de ces célèbres produits : les fameuses boules QUIES , du latin tranquilité. Pendant la première guerre mondiale , le Docteur Francisque Pascal ,  pharmacien parisien , concocte des bouchons d’oreille à base de coton imprégné de cire pour l’une de ses clientes , Nina épouse de l’héritier d’une des plus célèbres et riches familles d’horlogers français , les Henry-Lepaute .

L’histoire ne dit pas l’origine des nuisances sonores qui importunaient cette honorable dame , probablement pas le tic-tac des horloges prestigieuses produites par sa famille. Voir notre article : Pendule Président par Jaz.

Château du BellyLa famille Henry-Lepaute achète à Hachette ( !!!) le château du Belloy en 1844 .

Conflit mondial oblige , Madame Henry-Lepaute ne pouvait plus se procurer ses sourdines fabriquées outre-Rhin et ne l’entend pas de cette oreille , de l’autre non plus d’ailleurs . Elle sollicite donc son apothicaire habituel qui s’y colle et perfectionne ses protections . La genèse des boules Quies étant un peu celle de Jaz  , les dates sont donc similaires  : il faut aussi s’opposer à l’Allemagne sur le plan commercial . Un brevet est déposé le 17 août 1917 par Pascal , le pharmacien , et la société Quies est créée en 1921, avec le concours de Marcel Henry-Lepaute et Joseph Moreau : au moment où Jaz sort son premier réveil pour concurrencer l’industrie horlogère des  » boches « .

Pour que sa propre marque , un nom propre donc ,  devienne un nom commun , il n’y a pas de recette absolue et cela ne se décrète pas , même si Jaz est la première entreprise à avoir annoncé et visé ce but . C’est la clientèle qui valide cette appropriation linguistique et l’usage le ratifie . Rarement la reconnaissance vient de l’intelligentsia en pénétrant les cercles les plus restreints , ainsi l’Académie Française , qui en connaissait l’acception et l’usage , a validé la vaseline , qui est entrée sans difficulté dans les annales du Quai Conti .

En général , la portée est vernaculaire , comme pour Jaz , où cela se limite au français : une dimension internationale est rarissime . pub-dupontL’entreprise qui a le plus généré au monde d’antonomases , à caractère universel , est sans conteste possible la société Du Pont De Nemours . Fondé par un chimiste , élève et ami de Lavoisier , aristocrate né à Paris qui fuit la Révolution Française et devient citoyen américain : il a sans doute tiré sur les Sans Culottes lors de l’assaut des Tuileries , le 10 Août 1972 . On en doit pas moins de cinq à cette société : Cellophane 1927 , Nylon 1937 , Teflon 1938 , Lycra 1953 et Kevlar 1967 ; on pourrait ajouter le Néoprène , également inventé par DuPont , mais qui l’a déposé sous un autre nom : Duprène lequel n’a pas eu de succès , comme quoi c’est aléatoire .

En France , seuls deux entrepreneurs ont été détenteurs de deux antonomases : Jean Claude Decaux , leader mondial de la publicité d’extérieur , avec son abribus et ses sanisettes .

Plus étonnant est le cas de Abram Neiman né en 1893 à Ohrei  , actuelle Moldavie alors Empire Russe , installé d’abord en Bassarabie qui devient roumaine . Passionné de moto , il remporte des titres de champion de side-car . Il améliore les suspensions avant de sa moto , qu’on lui vole . De ce traumatisme est né le fameux antivol .

En 1931 , sort la loi qui engage la responsabilité des propriétaires en cas de vol de leur véhicule. Neiman saisit l’occasion pour faire connaître son invention. L’idée semble simple mais il fallait y songer : blocage du guidon, coupure de l’allumage et du démarreur. Après la Nuit de Cristal il doit fuir l’Allemagne , où il avait émigré , car il est juif pour gagner la France . Il avait déjà quitté son pays natal car il n’avait pas le droit d’y faire d’études supérieures , eu égard à sa religion mais sans égards pour lui .

Abram avait été protégé , pendant un temps , de la persécution nazie par sa nationalité roumaine , mais  il doit s’enfuir à Paris délaissant tous ses biens , avec sa compagne Mia . Celle-ci , dont la famille est menacée parce qu’elle a une liaison avec un Juif , meurt peu après d’une rupture d’anévrisme .

Plus tard, il épouse une émigrée russe Emma Braude. Pour fuir la persécution nazie, le couple va de cachette en cachette pour se retrouver dans le Sud de la France.               Vivant dans la clandestinité, il devient un temps bûcheron mais garde une passion intacte pour le cycle.

La guerre finie, les nouvelles sont terrifiantes : des millions de juifs tués, parmi eux , ses propres parents .

Mais son tempérament d’optimiste, le porte vers le présent et l’avenir , il repart à zéro et fonde une nouvelle usine à Croissy-sur-Seine . Puis, il rachète la société Simplex et devient l’unique équipementier de Renault, Peugeot et Simca . En 1950, il rachète la société Klaxon , une autre antonomase ,  fondée en 1908 aux Usa  .

En 1965, Neiman emploie 350 personnes , fabrique 5 000 antivols  et 15 000 barillets de serrure pour carrosserie , par jour !  Cette même année , il refuse d’être proposé pour la Légion d’honneur : Donnez-la à d’autres à qui elle sera plus utile . Il ne s’agit pas de dédain mais de l’effacement du créateur devant son œuvre.

Son antivol est monté en série sur déjà 34 millions de véhicules dans le monde et en plus de trente ans, 202 brevets le concernant ont été déposés, dont un système de suspension. il meurt en 1967 d’un cancer du poumon , lui qui n’a jamais fumé . Neiman et Klaxon , il avait donc deux antonomases universelles dans son portefeuille d’entreprises .

Nom Signification / créateur / date / lieu
Abribus aubette France par JC Decaux  Yvelines
Algeco construction modulaire à Mâcon
Audimat audimétrie ou mesure d’audience collectif 1981
Bateau-mouche bateau-promenade à Lyon
Bic stylo à bille par Baron Bich 1945
Bottin annuaire Alsace / Paris
Caddie chariot de supermarché
Canson papier à dessin Montgolfier à Annonay 1557
Carte Bleue carte bancaire collectif
Cocotte-minute autocuiseur Roland Devedjian puis SEB 1948
Critérium porte-mine 1939
Digicode serrure électronique à touches Bob carrière 1970
Esquimau glace sur bâtonnet par Gervais 1924
Fermeture Éclair fermeture à glissière Éclair Prym  à Menneval
Fenwick chariot élévateur par Noël Fenwick
Flash-Ball lanceur de balle de défense par Verney-Carron
Isorel panneau de fibres de bois agglomérées
Jaz réveil par Scemama Paris 1919
K-Way coupe vent par Léon-Claude Duhamel 1965 Nord
Lavomatique laverie libre service
Massicot cisaille d’imprimerie Guillaume Massiquot 1844
Medium panneau de fibres par Isoroy
Mercurochrome antiseptique 1917
Micheline autorail mis au point par Michelin
Mobylette cyclomoteur par Motobécane 1949
Motocyclette petite moto par Werner 1897
Neiman antivol par Abram Neiman
Opinel couteau pliant en  Savoie 1890
Pataugas Chaussure par René Elissabide 1950
Pédalo embarcation par Jean-Eugène Canton 1934
Placoplatre plaque de plâtre par Saint Gobain 1946
Pierrade appareil de cuisson sur pierre par Tefal 1986
Quies boules protection audio par Pascal 1921
Restauroute restaurant routier par Jacques Borel
Rustine colle par Louis Rustin 1922
Sanibroyeur wc broyeur par SFA 1958
Sanisette sanitaires publics de rue 1981 par JC Decaux
Securit verre de sécurité par Saint Gobain

Solex                                                         diminutif de Vélosolex

Sopalin essuie-tout par  SOciété du PApier LINge 1948
Sucrette édulcorant par société Sucrettes 1909
Taxiphone téléphone à pièces circa 1920
Valium Diazépam Hoffmann-La Roche
Zodiac canot pneumatique marque  société Zodiac
   Pour les plus curieux Liste des autres antonomases dans le monde
Alcootest éthylotest
Aspro aspirine
Borsalino  chapeau
Caddie chariot de supermarché
Canadair hydravion bombardier d’eau
Cellophane film protecteur transparent
Chamallow pâte de guimauve
Chatterton ruban en tissu adhésif isolant
Colt pistolet
Coton-tige bâtonnet ouaté par De Conink en Algérie 1914
Cubitainer conteneur pour liquide en vrac
Delco tête d’allumeur sur un moteur à explosion
Dictaphone enregistreur de dictée
Durit ou durite tube souple en caoutchouc renforcé
Escalator escalier mécanique
Fenwick chariot élévateur
Filofax agenda
Formica stratifié
Frigidaire réfrigérateur
Frisbee disque-volant ou discoplane
Gomina agglomérant pour cheveux
Gore-Tex membrane imperméable-respirante
Jacuzzi bain tourbillon
Jeep véhicule tout terrain
Jet ski moto marine
Kalachnikov fusil d’assaut
Kärcher nettoyeur haute pression
Kevlar fibre d’aramide
Klaxon avertisseur sonore
Kleenex mouchoir jetable en papier
Labello pommade de soin pour lèvres

 

Lycra élasthanne
Linoleum revêtement de sol en toile de jute imperméabilisée
Maïzena amidon de maïs
Meccano jeu de construction
Néoprène colle chloroprène polymérisé
Nutella Pâte à tartiner
Pantone nuancier, feutre de couleur
PC (Personal Computer) ordinateur personnel
Pédalo embarcation à pédales
Perfecto blouson en cuir pour motard
Photomaton automate de photographie
Plexiglas polyméthacrylate de méthyle
Post-it pense-bête autocollant
Pyrex verre alimentaire recuit, résistant aux chocs
Rimmel mascara pour maquillage
Ripolin                                                    peinture
Ronéo duplicateur
Rustine rondelle de caoutchouc  chambre à air
Sandow extenseur de fixation
Scotch ruban adhésif
Securit verre trempé d’automobile
Skaï cuir synthétique
Ski-doo motoneige
Sonotone prothèse auditive
Stabilo surligneur graphique de couleurs
Steadicam stabilisateur de prise de vues
Stetson chapeau à larges rebord
Superglue colle cyanoacrylate
Tabasco sauce piquante à base de piment
Tarmac aire de trafic en enrobé bitumineux d’aéroport
Taser pistolet à impulsions électriques
Téflon revêtement antiadhésif
Tergal tissus synthétique
Texto ex marque de SFR déchue par justice en 2009
Thermos récipient isotherme
Tipp-Ex correcteur liquide d’écritures
Vaseline lubrifiant officiellement devenu un nom
Velcro bande autoadhésive
Velux  fenêtre de toit
Winchester carabine
Windsurf planche à voile
Yo-yo jouet
Zeppelin ballon dirigeable, aérostat

Attention à ne pas confondre avec une éponymie qui consiste à donner le nom d’un personnage à un objet comme : barème , poubelle , barnum , braille , kir , béchamel , etc . Mais l’origine peut être un lieu également : gouda , bordeaux , cognac , champagne , etc. La métonymie , qui consiste à remplacer un nom , propre ou commun par un autre avec lequel il est en rapport . Exemple : « boire un verre«  : vous ne buvez pas le verre mais son contenu l’eau . Ni avec la synecdoque , une forme de métonymie souvent utilisée pour désigner un tout en nommant une partie :  « un troupeau de cinquante têtes »  ou l’inverse   « mon vélo a crevé ».

Jaz et André Kaminker père de Simone Signoret

Le premier article paru sur Jaz est publié en 1924 dans la revue spécialisée VENDRE , sous le titre : l’Histoire du JAZ , réveil français , son auteur est André KAMINKER . Cette publication disponible sur abonnement était destinée à un lectorat d’environ dix mille professionnels de la publicité , du commerce , de l’industrie , de l’imprimerie , de la distribution et de l’édition de périodiques . La revue VENDRE joue un rôle très particulier dans l’histoire de Jaz , en raison d’une porosité importante dans l’organigramme des deux entreprises . Plusieurs collaborateurs de Vendre , dont certains venaient de l’agence publicitaire Damour , sont passés par Jaz et inversement : le plus emblématique étant Paul Nicolas , rédacteur en chef de la revue avant guerre , devenu le charismatique directeur de Jaz , à partir de 1940 , mais on n’oubliera pas Maurice JELENS,  pionnier des vitrines éclairées  .

André KAMINKER , l’auteur de ce premier article sur Jaz , semble une exception en ne passant par Jaz , mais il faut reconnaître que son parcours est déjà d’une richesse invraisemblable . Qu’il soit le père de Simone Signoret  n’apparaît d’ailleurs que comme un épiphénomène dans une vie et une carrière , qui lui valent une renommée internationale en tant qu’inventeur de la traduction simultanée.

ANDRÉ    KAMINKER     BIOGRAPHE COMPLÈTE

André Kaminker, né en 1888 à Saint-Gratien et mort en 1961 à Neuilly-sur-Seine

Né en France d’une mère autrichienne Mina et d’un père d’origine juive polonaise Henry  , André Kaminker grandit à Anvers en Belgique Flamande , où son père, expert en taille de diamants, s’installe à la fin du XIXe siècle. La petite enfance d’André et de Georges , son frère cadet qui deviendra lui aussi interprète , est marquée tour à tour par l’opulence matérielle et par le dénuement après la faillite de leur père.

La mère d’André Kaminker, germanophone, lui transmet l’allemand,  grandissant à Anvers il avait acquis le néerlandais , tandis qu’il est scolarisé en français à l’Athénée de la ville. C’est aussi pendant ses études secondaires qu’il apprend l’anglais grâce à quelques séjours en Grande-Bretagne . A peine majeur , le voilà déjà quadrilingue .

André Kaminker fait des études de droit et de philosophie à l’Université libre de Bruxelles, avant son service militaire de 1909 à 1911 dans une compagnie d’aérostiers.

Toute sa vie très patriote, étant né en France de parents étrangers, à sa majorité André Kaminker opte pour la nationalité française. En 1914, il est mobilisé, d’abord comme aérostier, puis il est versé dans l’infanterie, toujours homme de troupe.

Après la Grande Guerre, André Kaminker reste dans l’armée française en tant que fonctionnaire civil, stationné pendant trois ans avec les troupes d’occupation de la Rhénanie. Il est affecté au Service de la restitution, chargé de gérer la restitution à la République française des biens saisis en Alsace-Lorraine par les Allemands.

Entre-temps , André Kaminker s’est marié avec Georgette Signoret , le 11 janvier 1896 à Paris XVI°,  fille du peintre marseillais Charles Signoret . De cette union naissent trois enfants, d’abord une fille , la future actrice Simone Signoret qui naît donc en Allemagne à Wiesbaden en 1921, puis suivent deux fils , Alain et Jean-Pierre .

De retour en France après la naissance de Simone en 1921, André Kaminker s’installe à Paris avec sa famille . Il travaille d’abord pour l’agence de publicité Damour où il est responsable des House-Organs ou organe privé intérieur :  revues internes des entreprises . Puis il devient journaliste au Petit Parisien. Il finit par y occuper un poste de directeur, chargé de la publicité. Etienne Damour fonde la revue « Vendre » deux ans plus tard en 1923 et y entraînera plus tard Kaminker , évidemment.

En 1935 , Pierre LAVAL  alors Président du Conseil des Ministres , demande à Kaminker de lui faire un rapport exact sur la Presse Anglaise parce qu’il est familier de Churchill et introduit dans les élites anglaises ; à ses amis qui s’en étonnent , André répond que : Laval se méfie de son entourage , il sait qu’on ne lui dit pas tout .

Grâce à ses connaissances linguistiques, il commence à la même époque une carrière d’interprète de conférence, à la Société des Nations, et aussi pour la Chambre de commerce internationale et à la radio au Poste parisien .

C’est ainsi qu’il est appelé à interpréter en direct et en simultanée le discours d’Hitler à Nuremberg en 1934 : c’est une grande première .

HITLER prononce son fameux discours à Nuremberg au VI° congrès du parti du Reich  dit de La Volonté en 1934 . Par delà la frontière, à plus de 800 km, des auditeurs de la radio française ont été époustouflés d’entendre le discours dans leur propre langue, à mesure qu’il était prononcé en allemand. André Kaminker, avait accepté à contrecœur d’interpréter le discours en français, traduisant chaque mot et chaque idée en temps réel. Cela n’avait jamais été tenté, et Kaminker lui-même doutait que ce soit faisable. Mais, il a réussi et a fait naître une nouvelle forme de communication : l’interprétation simultanée. Nous vous renvoyons dans cet extrait du DICTATEUR à la fabuleuse caricature qu’en fait Charlie CHAPLIN dont la traduction est , disons …, très libre et consensuelle , au ton très badin , deuxième ressort comique évident de ce morceau d’anthologie .

À la déclaration de la guerre en 1939, André Kaminker est interprète à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris. Après la débâcle, il suit celle-ci lorsqu’elle se replie à Bordeaux à l’instar du gouvernement français.

Quelques jours après l’appel du 18 juin du Général de Gaulle à Londres, André Kaminker quitte Bordeaux sur l’un des derniers navires appareillant pour l’Angleterre et rejoint les Forces françaises libres. Il sert comme interprète aux côtés du Général de Gaulle pendant l’expédition anglo-française vers Dakar à l’automne 1940. Déjà homme de radio avant la guerre, Kaminker est affecté au poste émetteur de la France Libre à Accra actuel Ghana , puis en Martinique où il dirige la station après le ralliement de l’île à la France libre.

D’abord sous-lieutenant, puis lieutenant, en 1945 Kaminker est détaché par l’armée française pour interpréter à la conférence fondatrice de l’Organisation des Nations Unis  à San Francisco. Toujours sous l’uniforme français, Kaminker est la véritable star de la conférence, et peut-être en raison d’un certain embonpoint, on l’appelle « le Général ».

Devenu fonctionnaire à l’ONU dès 1946, comme nombre des « grands » de la profession à l’époque, Kaminker s’oppose à l’introduction de la simultanée qu’il a pourtant initié au profit de la consécutive . Il restera à l’ONU jusqu’à l’âge limite de la retraite qu’il atteint en 1949. Il rejoint alors le Conseil de l’Europe à Strasbourg et en devient le chef interprète, appelé affectueusement « Sir Boss » par les interprètes.

André Kaminker était l’un des grands consécutivistes : « la consécutive » consiste à restituer la parole de l’orateur, lors de l’interruption d’un discours ainsi morcelé. Kaminker mettait son énorme front entre ses mains, sans prendre la moindre note – sinon pour quelques chiffres –, comme en apnée de longues minutes au point qu’il semblait dormir. Puis il reconstituait dans un français clair et précis, coulant de source – ne donnant jamais l’impression de relever du « traduit du » ! –, ce qu’un délégué venait de déclarer dans l’une des nombreuses langues européennes qu’il maîtrisait.

En 1953, André Kaminker co-fonde l’AIIC Association Internationale des Interprètes de Conférence . Il en est le premier président, de 1953 à 1956.

Selon les interprètes ayant travaillé aux côtés, ou sous ses ordres, d’André Kaminker, c’était un homme généreux et chaleureux qui avait beaucoup d’humour. D’origine juive, quoiqu’agnostique, un de ses plaisirs consistait à raconter des histoires juives, avec ses amis autour d’une bonne table. Les Assemblées du Conseil de l’Europe à Strasbourg, pour lesquelles Kaminker recrutait tout ce que l’Europe comptait comme bons interprètes à l’époque, étaient l’occasion de repas animés, mais aussi de discussions sur la rédaction des premiers textes de l’AIIC (code d’honneur, nombre d’interprètes par équipe, fixation des tarifs, etc.)

C’était un grand mélomane, et il lui arrivait, avant une séance de nuit, d’emmener l’équipe d’interprètes chez lui pour écouter un air d’opéra ou un lied pour « apaiser l’esprit avant l’effort ». C’était aussi un homme d’une honnêteté intellectuelle rare. Il n’a pas hésité à décrire, dans le Bulletin ronéotypé de l’AIIC, la mésaventure qui lui était arrivée au Comité des paiements de l’OECE, lorsqu’il a raté l’interprétation consécutive d’un exposé financier.

André Kaminker était Officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille de la Résistance et de la Médaille des Forces françaises libres. 

La traduction consécutive

C’est incontestablement l’exercice de traduction le plus difficile.  Ce genre de médiation consiste à traduire jusqu’à 15 minutes du discours d’un orateur. L’interprète écoute très attentivement ce que disait l’orateur, il mémorise et prend des notes (souvent des codes et des abréviations). Ensuite, il traduit le contenu dans une autre langue pour qu’une personne, voire une assemblée comprenne parfaitement ce que voulait dire l’orateur. Pour ce type d’interprétation parfaitement adaptée aux entretiens politiques et aux conférences courtes ; le professionnel peut travailler à proximité des intervenants mais également devant un public. En plus de la parfaite maîtrise de la paire de langues en question et de l’honnêteté, il doit avoir une bonne mémoire et avoir un talent d’orateur.

La traduction simultanée

C’est certes un exercice de traduction difficile car il exige des compétences spécifiques en plus de la maîtrise des deux (ou plusieurs) langues. Travaillant toujours dans un espace insonorisé (cabine ou endroit similaire) équipé d’un casque et d’un microphone, l’interprète écoute et traduit simultanément les propos des intervenants. La traduction est transmise aux personnes concernées grâce à des casques . Ce genre d’interprétation est le plus répandu dans les rencontres ouvertes telles les conférences et les congrès. Les qualités requises pour assurer une bonne traduction simultanée sont une maîtrise parfaite des langues, une connaissance approfondie des thèmes traités, une très bonne culture générale et bien entendu une résistance à la pression et à la fatigue, mais aussi un engagement de préparation de la réunion .

Le jaseur boréal 1941/1967 et 1967/1983

dormeusesNous l’avons démontré dans notre article sur les boîtes d’origine , la première image que Jaz a offert dans ses publicités , de 1921 à 1941 soit durant vingt ans, a été celle de la dormeuse , ou plutôt la réveilleuse , diversement déclinée .Jaz officiers allemandsOfficiers allemands de la Wehrmacht devant une horlogerie parisienne en 1940                                                                                                                                                        Jusqu’à ce que l’occupant allemand très soucieux d’éradiquer d’autres influences que celle du Reich prennent ombrage de ce nom de Jaz qui sonnait trop américain puisque venant du Jazz de la Nouvelle Orléans , comme nous l’avons longuement expliqué dans notre article sur l’origine du nom Jaz . Le 19 mai 1941, le nouveau logo fut publié dans le bulletin officiel de la propriété industrielle ; Le choix du jaseur boréal permettait de justifier , artificiellement et a posteriori , le choix d’un nom trop typiquement américain  . Cet oiseau , nommé aussi Jaseur de Bohême , semblait idéal à un occupant qui venait d’annexer ce petit royaume des Sudètes et ignorait la perception populaire associé au malheur de ce petit semi-migrateur , qui ne gagnait que rarement la France .

Le bombycilla garrulus, de son nom savant , descendait depuis la taïga précédant les vagues de froid des hivers particulièrement rigoureux et , par conséquent , était souvent accompagné de longs mois de disette et de scorbut . Il était donc assimilé à un messager de malheur, un oiseau de mauvais augure . Henri Amouroux dans Le peuple du désastre, 1939-1940 explique que la rumeur colportait , en 1939 , qu’il avait été observé dans l’est de la France et en Allemagne…comme en 1870 et 1914 . Serait ce donc à dessein qu’il a été choisi par la direction de Jaz ? Ce pourrait être une sorte d’acte de résistance passive, comme les Français les affectionnaient et dont nous avons déjà deux fois soupçonné la direction de Jaz avec les choix de dénominations impertinentes pour deux réveils pendant la guerre l’AFRIC et le CORSIC , voir notre article sur l’AFRIC                                                                                                                                                                     cartier.jpgLa boutique Cartier rue de la Paix et ses huit vitrines                                                  Pour mieux comprendre la susceptibilité ombrageuse des allemands et l’esprit de résistance passive , il faut chercher chez un confrère de Jaz , la maison Cartier , une autre histoire de volatile . Dans un article de notre autre site horloger Cartier Réveils et Pendulettes , nous avons exposé les relations étroites du Général De Gaulle avec cette maison prestigieuse , qui sera d’une tenue exemplaire durant la guerre , tant à Londres qu’à Paris où Jeanne Toussaint , alors seule à la tête de la Maison , propose à sa clientèle de petites broches « Oiseau en cage », exposées dans les vitrines du magasin rue de la Paix, aux côtés de breloques en forme de « V » bleu, blanc, rouge…

à gauche l’oiseau prisonnier de 1942 et l’oiseau libéré de 1945                                                                                                                                                                  Un motif apparemment anodin , qui vaut néanmoins à sa responsable d’être convoquée à la Gestapo , qui renonce finalement à la poursuivre , faute de preuves sérieuses puisqu’elle attribue la création du bijou à une commande de 1933 pour Yvonne Printemps dite le Rossignol , qui est , comme pour Jaz , une belle justification artificielle et a posteriori . La légende veut que Coco Chanel , dont on connaît les accointances horizontales avec le baron Hans Günther von Dinklage , soit aussi intervenue avec succès .jaseur Jazette n°11 Juillet 1946 page 1Jazette n°11 de Juillet 1946 extrait  . Créée par Paul Nicolas comme organe de communication interne entre Jaz et ses horlogers affiliés , cette petite revue apparaît au même moment , en 1941/1942 , que le jaseur boréal dont il nous annonce qu’il va enfin nous en révéler l’origine …et ne le fait pas , l’annonçant pour une prochaine fois … qui ne viendra jamais .

Il faudra attendre 1947 pour qu’il gagne le décor des boîtes , une évolution très importante dans l’image de la marque , qui était pourtant intervenue en 1941 mais retardé par les pénuries qui vont bien au delà de la fin du second conflit mondial .

En outre ce petit oiseau gazouillant , correspondait à un des premiers slogans de Jaz évoquant sa sonnerie cristalline , loin des cris braillards d’un coq sur-employé par la concurrence , tout en lui ressemblant un peu , si bien que les annonceurs de sites de ventes en ligne y voient souvent un gallinacé quand ce n’est pas une pie …Néanmoins cette affiche espagnole de 1929/1933 avec son coq triomphant démontre que le besoin d’un visuel de ce type se faisait ressentir , déjà avant guerre , chez les revendeurs de Jaz

La silhouette d’un oiseau est visuellement très pratique et efficace jaseur Jazette Juin 1942 page 4Jazette de Juin 1942 , bas de page  jaseur Jazette n°6 Septembre 1944 page 4à la libération en 1944 , il se drape évidemment des couleurs tricolores

Avec les plaques émaillées , ils gagnent les rues et les vitrines ( voir notre article sur les Gaillard une dynastie d’horlogers parisiens  qui sert de parfait exemple)  PRÉSENTOIR PUBLICITAIRE CIRCA 1937 (4)Le même présentoir , avant et après l’apparition du jaseur .

boîtesAccompagné ou pas du slogan du moment , comme Jaz le réveil ponctuel , et décliné sous différentes tailles ou couleurs , le jaseur à queue basse créé par René RAVO , accompagnera les ventes jusqu’en 1967 .boîtes 2Cette version apparue en 1967/68 ,  auparavant imagée avec la queue en bas , apparaît  dorénavant avec la queue en haut qui lui donne une allure plus conquérante . Elle va illustrer les publicités , catalogues , affiches et bien évidemment les emballages de la marque jusqu’en 1984 .

Le jaseur boréal , passant de la queue basse à la queue haute en 1967 , permet de confirmer une datation , certains modèles comme ce FOUDRIC étant produit à cheval sur sur cette fameuse année 1967 .wintz énigmeCarte postale circa 1960/1965 : vue aérienne des Usines Jaz à Wintzenheim . Les flèches mettent en évidence une construction intrigante sur la pelouse jaseurIl s’agit en fait de la plus grande représentation du jaseur boréal , sous forme d’enseigne lumineuse éclairée de néons

Superbe version pour une affiche par René Ravo  que son créateur modernisera lui-même en 1967 .Favre -Leuba Jaz 9En Inde , où les Jaz arborent aussi le nom de l’ associé Favre-Leuba , les réveils animés se servent d’un petit jaseur rouge qui se dandine à chaque seconde

32.000 mètres record d’altitude par Jaz en 1956

record altitude Jazette 38 Juin 1957 page 4.jpgExtrait de la Jazette n°38 de Juin 1957. Aujourd’hui le laboratoire de l’Institut Polytechnique de Paris (IPP) à Palaiseau, évoqué dans l’article porte son nom.

 

Le Professeur Louis LEPRINCE-RINGUET, 1901+2000, qui réalise cette expérience avec un mécanisme Jaz, était plus qu’un célèbre physicien, il était une personnalité française majeure des années d’après-guerre et à vrai dire un homme absolument complet: physicien nucléaire, découvreur du méson K, membre de l’Académie Française, professeur au Collège de France, historien des sciences, essayiste à succès, peintre reconnu, tennisman de haut niveau, animateur d’une émission de télévision de vulgarisation scientifique de 1967 à 1969, directeur des Jeunesses Musicales de France. On cherche le domaine où il n’a pas excellé. Fumeur de pipe, il attribuait sa longévité exceptionnelle de 99 ans, à la consommation régulière de pommes. En traversant le siècle, il a embrassé toute l’épopée de la physique nucléaire et travaillé avec les grands précurseurs: Marie Curie, Paul Langevin, Louis et Maurice de Broglie.

 

Quelques ouvrages extraits de sa longue bibliographie comprenant autant d’ouvrages savants que de livres ou de collections de vulgarisation scientifique.ballon sondeDans ce graphique la courbe importante pour nous est celle des températures qui n’est pas linéaire contrairement à ce que l’on imagine d’ordinaire. Pour atteindre la hauteur record de 32 kms, aux deux tiers de la stratosphère, où elle remonte vers le zéro, elle passe par la tropopause et des zones à moins 50° Celsius, températures incompatibles avec le bon fonctionnement des mécanismes horlogers et photographiques, auxquelles le mécanisme Jaz a résisté.

 

Records concernent la profondeur ou l’altitude. Les années 50 voient le retour à la normale pour les recherches scientifiques, libérés des commandes militaires et les records s’accumulent. Le 16 février 1954, le Bathyscaphe conçu le professeur suisse Auguste Piccard (1884+1962) à droite sur la photo avec son casque en osier, modèle de Tryphon Tournesol, bat dans l’Atlantique le record de profondeur avec 4 050 m. Le 6 juin 1955 l’hélicoptère Alouette II bat le record du monde d’altitude en dépassant 8.209 mètres, il faut attendre 1972 pour que le même pilote atteigne 12.442 mètres avec un SA 315 Lama.aiguille-midi-4 Toujours lors de cette année 1955: un peu plus de deux mois plus tard, le 24 juin 1955 est inauguré le deuxième tronçon du téléphérique de l’Aiguille du Midi, le plus haut du monde à 3.777 mètres.BB_9004_PlaketteLa SNCF n’est pas en reste avec ses locomotives électriques qui battent CC 7121 avait atteint le record de 243 km/h sur le tronçon Dijon et Beaune. L’année suivante c’est presque 90 km de plus, avec 331 km/h au prix de la déformation des rails sur plusieurs centaines de mètres et la fonte des pantographes. Il faudra attendre 1981 et le TGV pour un nouveau record à 380 km/h.

 

Un tout petit moins glorieux, le , Lionel Durel bat, entre autres, le record de l’heure sur un Scoutex, cyclomoteur français fabriqué à Rouen, parcourant plus de 91 km. On ne se moquera pas outre mesure de l’aérodynamisme impressionnant de l’ensemble pilote et monture, mais au même moment le Néo-Zélandais Wright dépassait les 300 km/h sur une moto.