JAZ en 2022

Dernièrement, nous avons eu la surprise de trouver ces commentaires sous la publication Facebook relative au projet de fabrication de montres JAZ / MERKUR :

Julien Clairet, entrepreneur/repreneur de JAZ:

On peut comprendre que la collaboration de JAZ, marque si française dans son parcours centenaire, avec le concepteur chinois de montres MERKUR puisse faire réagir, jusqu’à trouver que c’est une aberration monstrueuse… Pourtant, elle a un sens dans le monde d’aujourd’hui : comme l’explique si précisément (et talentueusement) notre ami Denis -avec l’article ci-dessous- le monde horloger d’aujourd’hui est celui d’une industrie chinoise devenue très qualitative, créative même, et celui d’une industrie française qui n’a pas encore retrouvé la taille critique pour proposer des offres techniques à prix raisonnables.

On peut le déplorer, on peut surtout ne pas être fataliste. Le travail de fond en cours à Besançon et dans d’autres lieux finira par payer, c’est que j’espère sincèrement et suis prêt à accompagner le mouvement (horloger).

Mais JAZ fut et souhaite demeurer POPULAIRE, accessible, techniquement fiable et d’un rapport qualité/prix qui rend ses montres attractives, au-delà des arguments marketings bien souvent légers du «fait en France», quand ce n’est que de l’assemblage de pièces détachées asiatiques.

Grâce à Merkur, petite structure fondée par Philip Li, un vrai passionné de montres et qui s’amuse – au bon sens du terme – peuvent naître ces montres intéressantes esthétiquement, de très bon rapport qualité / prix et au travers d’une communication économe et ciblée (donc peu coûteuse, ce qui se ressent positivement dans le prix final proposé). Ce sont là aussi les valeurs de JAZ, et j’espère que ces montres ainsi conçues honoreront avec satisfaction les poignets qui les porteront ! L’oiseau JAZ se remet à chanter, et il chante juste, comme son heure.

Notre réponse:

Hello messieurs, êtes vous certains de vos propos ? Jaz a essayé en dernier recours les montres et ils se sont plantés ? Jaz n’a jamais été fabri[c]quant de montres ? Vraiment ? Vous êtes curieux de l’histoire et l’actualité de la marque ?

Nous allons donc vous remettre les pendules et les montres à la bonne heure, pour vous, mais aussi pour tous ceux qui ignorent cette part déterminante et passionnante de l’histoire de Jaz .

Sachez qu’en 1960 Hitchcock assurait la promotion du fameux PSYCHOSE en collaboration avec Jaz

Les montres Jaz étaient fabriquées en Suisse depuis les années 50 sous le logo JazSwiss

Echantillon de ces montres élégantes, rares et recherchées

En février 1970, Jaz annonce la reprise de la fabrication de montres, Made in France. Pour réussir cette diversification, Jaz devient actionnaire minoritaire dans la société Finhor du groupe Anguenot Frères. Les futures montres Jaz sont ainsi fabriquées dans une usine de Villers le Lac dans le Doubs et équipées d’un calibre fourni par la société France-Ebauches.

En 1974, la marque met sur le marché sa première montre électronique à lecture digitale, une première en Europe: l’iconique Jaz Derby, si recherchée de nos jours. Consultez notre article.   

Les montres Jaz suscitent l’intérêt de nombreux collectionneurs passionnés; nous vous recommandons particulièrement le magnifique site de Gérald Stephan JAZHEURE qui déclare fièrement préférer les seventies et leurs couleurs, il allie érudition et présentation ludique de sa belle collection de Jaz.

Collection Stéphane Gorget

Tarif 10 avril 1975 page 11En 1975, la collection comprend notamment 17 montres électroniques et à quartz et 6 modèles à lecture directe avec des cristaux liquides et des diodes luminescentes.

Ils se sont plantés dites vous… Un échec commercial, croyez vous ? Pas par les montres en tous cas, puisqu’elles ont permis à Jaz de tenir la tête hors de l’eau. En 1983, malgré un contexte économique de plus en plus difficile en France, Jaz devient la première marque française d’horlogerie aux États-Unis avec plus de 200 000 montres et 100.000 réveils vendus outre-Atlantique. L’année suivante, en 1984, Bayard son grand et historique concurrent est en liquidation judiciaire pour – entre autres – n’avoir pas choisi cette diversification vers les montres. En 1974 le groupe Diehl de Nuremberg avait racheté Vedette – qui ne faisait plus de montres depuis les années 60 – pile au moment où Jaz se lançait dans les montres à piles.

En 1986, Matra propriétaire de Jaz est revendu à Hattori, fabricant de Seiko qui, ne souhaitant pas se tirer une balle dans le pied en Europe, supprime illico le département montres. Ensuite Jaz, repris deux fois, ne disparaît qu’en 2000, alors qu’ils ne font plus de montres depuis 14 ans, donc sans aucun rapport de causes à effets.

Voilà pour le passé : Jaz n’a vraiment pas à rougir de son passé, au contraire puisque son personnel n’a pas été entraîné dans un conflit douloureux et médiatisé comme celui de Lip.

Pour l’avenir, il y a quelques années Julien Clairet, propriétaire de JAZ, a courageusement opéré une relance de la marque par les montres, puisque faire des réveils de nos jours n’a aucun sens, en tous cas économiquement. Elles étaient fabriquées dans le XV° arrondissement de Paris avec des mouvements japonais ou suisses. Maintenant, si vous avez un mouvement français accessible sous le coude, appelez nous : il y a une belle récompense ; cela n’existe plus depuis 1994 (excepté Isa France, toujours à Villers le Lac, qui a duré un peu plus, mais bien liquidé depuis). Tout le monde chante – à juste titre – les louanges de la belle renaissance de LIP, mais leurs montres à quartz sont équipées de mouvement Ronda Swiss Made. Pour les mouvements mécaniques, LIP utilise une ébauche de chez Miyota! Voici leur argument ainsi les montres LIP sont dotées du plus français des mouvements japonais. Bel élément de langage publicitaire n’est ce pas ?

Un assemblage réalisé à Besançon permet à LIP de bénéficier du label made in France.

Pour Pequignet, tant loué par les forums horlogers, même chanson. Excepté son calibre royal dont la conception a été réalisée entièrement en interne au sein de la manufacture. Mais le calibre royal incarne l’aboutissement d’un véritable parcours du combattant : six ans de recherche et développement, 250 plans industriels et plusieurs millions d’euros d’investissement. C’est admirable mais serait ce raisonnable ou plus simplement possible pour des montres à moins de 500€ : vous avez la réponse !

En outre, je m’autorise d’y apporter un gros bémol en citant Alain Marhic, cofondateur et PDG la superbe maison française March Lab « Entre une pièce française et une autre faite en Asie, la différence de prix est de un à six. Notre fournisseur de boîtiers franc-comtois possède des usines en Chine. Les petites mains sont là-bas. » La situation est particulièrement exacerbée concernant le mouvement, pièce névralgique. Dans la quasi-totalité des montres lancées sous un label français, s’insèrent des calibres de la marque japonaise Miyota, fabriqués en Chine, ou des quartz helvétiques. « Il n’existe qu’un seul mouvement de montre fabriqué en France, par la société Pequignet. Ils nous ont annoncé un prix supérieur à celui de notre montre la plus chère », poursuit Alain Marhic. Et encore, ce calibre n’est même pas fabriqué sur le territoire français, il y est seulement conçu et assemblé. Au cœur même de ce qui fait la montre, il faut donc se contenter d’une citoyenneté imparfaite, voire de façade.

Même refrain pour Pierre Lannier, qui a rapatrié sa production de Madagascar ( si, si !!!) à ses ateliers alsaciens; Modérons le cocorico ; De leur propre aveu  « plus de 60% des montres de la marque sont fabriquées dans l’atelier Pierre Lannier à Ernolsheim-Lès-Saverne  »; Permettez moi de traduire l’alsacien de communication : Fabriquées = Assemblées…  La vérité est ailleurs ! En Chine !

Abordons enfin, brièvement, la fabrication des montres en Chine dont l’image stagnerait encore dans les marigots de la contrefaçon et du bas de gamme. Cela reste vrai, mais cantonner les cantonais à cela serait une grave erreur de sous estimation, leur objectif affiché est de monter en gamme – dans tous les domaines d’ailleurs – et ils y arrivent très vite et très bien, même dans le très haut de gamme. Cela ne me réjouit pas, car je ne suis loin d’être un sinophile béat, néanmoins il faut se débrider les yeux et l’esprit, être pragmatique et conscient de leurs compétences réelles… et des nôtres aujourd’hui, hélas. Concrètement, en 2016 la Chine a vendu 97% de la production mondiale de montres, en volume, on ne peut ignorer leur apport au marché horloger planétaire.

Depuis 1975, les chinois de Pékin et de Hong Kong ont acheté de nombreuses sociétés horlogères suisses parmi lesquelles on compte Eterna et Porsche Design, Dreyfuss, Rotary, Corum, J&T Windmills, Marvin, Milus, Emile Chouriet entre autres. Mais les chinois ont aussi créé de toutes pièces des marques suisses comme Ruimas ou Codex (essentiellement réservées au marché chinois) et des marques de montres de luxe domestiques « chinoises » comme Timekeeper, Anpassa, Memorigin ou Ebohr.

Concluons en citant des extraits pêle-mêle de l’excellent site forumamontres où interviennent des collectionneurs-spécialistes bien plus compétents que votre serviteur:

Que ton mouvement sois suisse, japonais ou chinois, tout dépendra de sa conception et des matériaux utilisés, ainsi que les fonctions qu’il pourra avoir.  Classer la qualité des mouvements selon leur origine est une belle farce.

Pour Seagull [créé en 1955 NDLR] … Ils produisent leurs propres mouvements depuis 1963, donc niveau savoir-faire, ils n’ont plus grand chose à envier à l’industrie suisse. De manière générale, les japonais / chinois / russes ont rapidement rattrapé l’avance technologique suisse sur tout ce qui est entrée / moyen de gamme (voire luxe pour Seiko / Citizen) Mais faut arrêter avec cette histoire de Suisse meilleur que tous les autres. Beaucoup de pièces “suisses” sont faites en Chine dans les mêmes usines que les mouvements suisses ou dans l’usine juste à côté.

La seule vraie manufacture est Seiko qui produit tout d’une montre, et cela de A à Z (huiles, cristaux pour les quartz, rubis, verre, tout…). Certes, ils ont des usines en Chine, mais ce sont des usines Seiko.

MADE IN CHINA versus MADE IN FRANCE

Une erreur commune, répandue même dans les plus grands journaux, veut que le Made in France soit apparu lors de la seconde guerre mondiale. Que nenni ! S’exportant depuis 1921, Jaz a très tôt indiqué Made in France ou French Make sur ses cadrans.

Tout commence avec le Made in Germany, label appliqué dans les années 1890 par les autorités britanniques sur les articles importés d’Allemagne pour inciter les consommateurs à « acheter anglais ». Il s’est pérennisé et même étendu à tous les pays par la suite, et perdure aujourd’hui.

Cette étiquette a été apposée sur les biens d’importation à partir de 1887 au Royaume-Uni à la suite d’une loi protectionniste, le Merchandise Marks Act 1887 : sous couvert d’information du consommateur, il s’agissait d’inciter les ménages à soutenir l’industrie nationale par un comportement civique, en préférant l’achat de produits du Commonwealth. Les autorités britanniques remarquaient en effet depuis une décennie la pénétration croissante des biens d’importation allemands sur le marché intérieur britannique, et la pression exercée sur les producteurs du Commonwealth, particulièrement dans le domaine des biens manufacturés.

Pourtant, en 1894, une commission du Reichstag rapportait qu’après un fléchissement initial, ce label, loin de nuire aux industriels allemands, avait tourné à leur avantage, tant la qualité des produits allemands était appréciée des consommateurs britanniques eux-mêmes. Ces conclusions encouragèrent les exportateurs à appliquer d’eux-mêmes la mention sur leurs produits, et même les mesures d’ostracisme adoptées au cours de la Première Guerre mondiale, période où l’étiquetage devint obligatoire pour permettre l’application du boycott des exportations de la Triplice composée de l’Empire allemand, la  Monarchie austro-hongroise et le Royaume d’Italie, n’entamèrent pas la réputation des produits made in Germany au contraire, et finit par aboutir à l’inverse de l’effet escompté.

Le vent tourne lentement pour le Made in China, dont la réputation ne change pas à la vitesse des progrès réalisés. Toutefois le choix fait par deux jeunes français installés en Chine, fondateur de l’Atelier Wen, est significatif d’un mouvement de fond en cours. Au lieu de s’appuyer sur le Swiss Made, ou de fabriquer secrètement des mouvements Miyota bon marché quelque part en Chine, ils sont absolument transparents sur l’origine de la montre qui vient de Chine, et célèbrent l’artisanat et les matériaux dont ni la Chine elle-même, ni les porteurs de montres Atelier Wen ne doivent avoir honte, au contraire.

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