Jaz et André Kaminker père de Simone Signoret

Le premier article paru sur Jaz est publié en 1924 dans la revue spécialisée VENDRE , sous le titre : l’Histoire du JAZ , réveil français , son auteur est André KAMINKER . Cette publication disponible sur abonnement était destinée à un lectorat d’environ dix mille professionnels de la publicité , du commerce , de l’industrie , de l’imprimerie , de la distribution et de l’édition de périodiques . La revue VENDRE joue un rôle très particulier dans l’histoire de Jaz , en raison d’une porosité importante dans l’organigramme des deux entreprises . Plusieurs collaborateurs de Vendre , dont certains venaient de l’agence publicitaire Damour , sont passés par Jaz et inversement : le plus emblématique étant Paul Nicolas , rédacteur en chef de la revue avant guerre , devenu le charismatique directeur de Jaz , à partir de 1940 , mais on n’oubliera pas Maurice JELENS,  pionnier des vitrines éclairées  .

André KAMINKER , l’auteur de ce premier article sur Jaz , semble une exception en ne passant par Jaz , mais il faut reconnaître que son parcours est déjà d’une richesse invraisemblable . Qu’il soit le père de Simone Signoret  n’apparaît d’ailleurs que comme un épiphénomène dans une vie et une carrière , qui lui valent une renommée internationale en tant qu’inventeur de la traduction simultanée.

ANDRÉ    KAMINKER     BIOGRAPHE COMPLÈTE

André Kaminker, né en 1888 à Saint-Gratien et mort en 1961 à Neuilly-sur-Seine

Né en France d’une mère autrichienne Mina et d’un père d’origine juive polonaise Henry  , André Kaminker grandit à Anvers en Belgique Flamande , où son père, expert en taille de diamants, s’installe à la fin du XIXe siècle. La petite enfance d’André et de Georges , son frère cadet qui deviendra lui aussi interprète , est marquée tour à tour par l’opulence matérielle et par le dénuement après la faillite de leur père.

La mère d’André Kaminker, germanophone, lui transmet l’allemand,  grandissant à Anvers il avait acquis le néerlandais , tandis qu’il est scolarisé en français à l’Athénée de la ville. C’est aussi pendant ses études secondaires qu’il apprend l’anglais grâce à quelques séjours en Grande-Bretagne . A peine majeur , le voilà déjà quadrilingue .

André Kaminker fait des études de droit et de philosophie à l’Université libre de Bruxelles, avant son service militaire de 1909 à 1911 dans une compagnie d’aérostiers.

Toute sa vie très patriote, étant né en France de parents étrangers, à sa majorité André Kaminker opte pour la nationalité française. En 1914, il est mobilisé, d’abord comme aérostier, puis il est versé dans l’infanterie, toujours homme de troupe.

Après la Grande Guerre, André Kaminker reste dans l’armée française en tant que fonctionnaire civil, stationné pendant trois ans avec les troupes d’occupation de la Rhénanie. Il est affecté au Service de la restitution, chargé de gérer la restitution à la République française des biens saisis en Alsace-Lorraine par les Allemands.

Entre-temps , André Kaminker s’est marié avec Georgette Signoret , le 11 janvier 1896 à Paris XVI°,  fille du peintre marseillais Charles Signoret . De cette union naissent trois enfants, d’abord une fille , la future actrice Simone Signoret qui naît donc en Allemagne à Wiesbaden en 1921, puis suivent deux fils , Alain et Jean-Pierre .

De retour en France après la naissance de Simone en 1921, André Kaminker s’installe à Paris avec sa famille . Il travaille d’abord pour l’agence de publicité Damour où il est responsable des House-Organs ou organe privé intérieur :  revues internes des entreprises . Puis il devient journaliste au Petit Parisien. Il finit par y occuper un poste de directeur, chargé de la publicité. Etienne Damour fonde la revue « Vendre » deux ans plus tard en 1923 et y entraînera plus tard Kaminker , évidemment.

En 1935 , Pierre LAVAL  alors Président du Conseil des Ministres , demande à Kaminker de lui faire un rapport exact sur la Presse Anglaise parce qu’il est familier de Churchill et introduit dans les élites anglaises ; à ses amis qui s’en étonnent , André répond que : Laval se méfie de son entourage , il sait qu’on ne lui dit pas tout .

Grâce à ses connaissances linguistiques, il commence à la même époque une carrière d’interprète de conférence, à la Société des Nations, et aussi pour la Chambre de commerce internationale et à la radio au Poste parisien .

C’est ainsi qu’il est appelé à interpréter en direct et en simultanée le discours d’Hitler à Nuremberg en 1934 : c’est une grande première .

HITLER prononce son fameux discours à Nuremberg au VI° congrès du parti du Reich  dit de La Volonté en 1934 . Par delà la frontière, à plus de 800 km, des auditeurs de la radio française ont été époustouflés d’entendre le discours dans leur propre langue, à mesure qu’il était prononcé en allemand. André Kaminker, avait accepté à contrecœur d’interpréter le discours en français, traduisant chaque mot et chaque idée en temps réel. Cela n’avait jamais été tenté, et Kaminker lui-même doutait que ce soit faisable. Mais, il a réussi et a fait naître une nouvelle forme de communication : l’interprétation simultanée. Nous vous renvoyons dans cet extrait du DICTATEUR à la fabuleuse caricature qu’en fait Charlie CHAPLIN dont la traduction est , disons …, très libre et consensuelle , au ton très badin , deuxième ressort comique évident de ce morceau d’anthologie .

À la déclaration de la guerre en 1939, André Kaminker est interprète à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris. Après la débâcle, il suit celle-ci lorsqu’elle se replie à Bordeaux à l’instar du gouvernement français.

Quelques jours après l’appel du 18 juin du Général de Gaulle à Londres, André Kaminker quitte Bordeaux sur l’un des derniers navires appareillant pour l’Angleterre et rejoint les Forces françaises libres. Il sert comme interprète aux côtés du Général de Gaulle pendant l’expédition anglo-française vers Dakar à l’automne 1940. Déjà homme de radio avant la guerre, Kaminker est affecté au poste émetteur de la France Libre à Accra actuel Ghana , puis en Martinique où il dirige la station après le ralliement de l’île à la France libre.

D’abord sous-lieutenant, puis lieutenant, en 1945 Kaminker est détaché par l’armée française pour interpréter à la conférence fondatrice de l’Organisation des Nations Unis  à San Francisco. Toujours sous l’uniforme français, Kaminker est la véritable star de la conférence, et peut-être en raison d’un certain embonpoint, on l’appelle « le Général ».

Devenu fonctionnaire à l’ONU dès 1946, comme nombre des « grands » de la profession à l’époque, Kaminker s’oppose à l’introduction de la simultanée qu’il a pourtant initié au profit de la consécutive . Il restera à l’ONU jusqu’à l’âge limite de la retraite qu’il atteint en 1949. Il rejoint alors le Conseil de l’Europe à Strasbourg et en devient le chef interprète, appelé affectueusement « Sir Boss » par les interprètes.

André Kaminker était l’un des grands consécutivistes : « la consécutive » consiste à restituer la parole de l’orateur, lors de l’interruption d’un discours ainsi morcelé. Kaminker mettait son énorme front entre ses mains, sans prendre la moindre note – sinon pour quelques chiffres –, comme en apnée de longues minutes au point qu’il semblait dormir. Puis il reconstituait dans un français clair et précis, coulant de source – ne donnant jamais l’impression de relever du « traduit du » ! –, ce qu’un délégué venait de déclarer dans l’une des nombreuses langues européennes qu’il maîtrisait.

En 1953, André Kaminker co-fonde l’AIIC Association Internationale des Interprètes de Conférence . Il en est le premier président, de 1953 à 1956.

Selon les interprètes ayant travaillé aux côtés, ou sous ses ordres, d’André Kaminker, c’était un homme généreux et chaleureux qui avait beaucoup d’humour. D’origine juive, quoiqu’agnostique, un de ses plaisirs consistait à raconter des histoires juives, avec ses amis autour d’une bonne table. Les Assemblées du Conseil de l’Europe à Strasbourg, pour lesquelles Kaminker recrutait tout ce que l’Europe comptait comme bons interprètes à l’époque, étaient l’occasion de repas animés, mais aussi de discussions sur la rédaction des premiers textes de l’AIIC (code d’honneur, nombre d’interprètes par équipe, fixation des tarifs, etc.)

C’était un grand mélomane, et il lui arrivait, avant une séance de nuit, d’emmener l’équipe d’interprètes chez lui pour écouter un air d’opéra ou un lied pour « apaiser l’esprit avant l’effort ». C’était aussi un homme d’une honnêteté intellectuelle rare. Il n’a pas hésité à décrire, dans le Bulletin ronéotypé de l’AIIC, la mésaventure qui lui était arrivée au Comité des paiements de l’OECE, lorsqu’il a raté l’interprétation consécutive d’un exposé financier.

André Kaminker était Officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille de la Résistance et de la Médaille des Forces françaises libres. 

La traduction consécutive

C’est incontestablement l’exercice de traduction le plus difficile.  Ce genre de médiation consiste à traduire jusqu’à 15 minutes du discours d’un orateur. L’interprète écoute très attentivement ce que disait l’orateur, il mémorise et prend des notes (souvent des codes et des abréviations). Ensuite, il traduit le contenu dans une autre langue pour qu’une personne, voire une assemblée comprenne parfaitement ce que voulait dire l’orateur. Pour ce type d’interprétation parfaitement adaptée aux entretiens politiques et aux conférences courtes ; le professionnel peut travailler à proximité des intervenants mais également devant un public. En plus de la parfaite maîtrise de la paire de langues en question et de l’honnêteté, il doit avoir une bonne mémoire et avoir un talent d’orateur.

La traduction simultanée

C’est certes un exercice de traduction difficile car il exige des compétences spécifiques en plus de la maîtrise des deux (ou plusieurs) langues. Travaillant toujours dans un espace insonorisé (cabine ou endroit similaire) équipé d’un casque et d’un microphone, l’interprète écoute et traduit simultanément les propos des intervenants. La traduction est transmise aux personnes concernées grâce à des casques . Ce genre d’interprétation est le plus répandu dans les rencontres ouvertes telles les conférences et les congrès. Les qualités requises pour assurer une bonne traduction simultanée sont une maîtrise parfaite des langues, une connaissance approfondie des thèmes traités, une très bonne culture générale et bien entendu une résistance à la pression et à la fatigue, mais aussi un engagement de préparation de la réunion .

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