Des vies de chat roman de Christian Viollet 2015

des vies de chat Christian ViolletEncore un roman qui commence avec Jaz , même s’il n’a pas la renommée mondiale du roman  la Disparition de Georges PEREC , ni la même portée symbolique avec le mot Jaz  pour évoquer sa mère , ouvrière chez Jaz en 1942 , puis exterminée à Auschwitz.                                                                                                                                                                                                                                                                                                     L’auteur est un ancien professeur d’histoire, qui commet toutefois une petite erreur en bas de page , que nos confrères collectionneurs de montres n’auront pas manqué de débusquer .

LIP DARK MASTER 1974/1975 et TALLON son créateur en décor de fauteuil                                                                                                                                                             Manu , son héros , n’a pas pu acheter de montre Lip Dark Master lors des fameuses ventes sauvages qu’organisent les ouvriers en grève de la manufacture bisontine , parce celles-ci ont lieu en 1973 . En Janvier 1974  sont signés les accords de Dôle qui prévoient de reprendre l’ensemble du personnel contre la restitution de sept tonnes de documents et de matériel , entre 15 000 et 20 000 montres , ainsi qu’un chèque de deux millions de francs qui correspond au reliquat des ventes sauvages de montres qui avaient exaspéré les horlogers revendeurs courroucés par cette concurrence illégale .                                  Claude Neuschwander, reprend alors l’activité horlogerie de Lip avec la réintégration de 830 ouvriers , à partir de mars 1974 , marquant la fin de la grève . C’est justement parce qu’il est solidaire de ce mouvement ouvrier que Roger Tallon , père du design industriel français , des trains Corail , du TGV – entre autres centaines de création – répond à l’appel de Neuschwander en apportant un regard extrêmement novateur sur la montre pour l’époque et dessinant en 1974 l’emblématique gamme Mach 2000 , produite à partir de 1975 .                                                                                                                                                                                                                                                                            En fait , dans sa description du Jaz , Christian Viollet commet une autre anachronisme puisqu’il est censé être le réveil d’enfance de son héros, lequel était forcément adulte lorsqu’il achète une Lip dans les années 70 . On comprend qu’il s’agit d’un réveil à cloche extérieure puisqu’il peut en arrêter le marteau avec le doigt ; rc3a9veil-comtois-jaz-classicSauf que la première qualité et innovation des Jaz a été la suppressions des cloches , voire l’article du CLASSIC .

Fière de cette nouveauté , Jaz n’a renoué avec les réveils à cloches qu’en 1969 avec les GROLIC , BICLIC puis PEINTRIC . En outre , ils sont dotés d’aiguilles cathédrales ou Breguet qui n’auraient pas formés une barre verticale parfaite comme avec les aiguilles bâtons qu’il imagine . Surtout , il n’existe aucun Jaz à cloches avant cette date de 1969 . Mais après tout , il s’agit d’une fiction pas d’un documentaire .

Des vies de chat , publié en 2015 est le premier roman de cet historien spécialiste du dessin politique de presse qui collabore donc avec Cabu et intervient dans SCORBUT.EU , le site des dessinateurs de Charlie Hebdo et du Canard Enchaîné . Il avait publié en 2012 un ouvrage historique chez l’Harmattan , Dix jours à Alger , sous titré Carnets d’un printemps manqué , février 2011 , à propos du printemps arabe qui se fait toujours attendre en Algérie , où Christian Viollet a séjourné .

 

Cyrla Szulewicz 1922+1943 mère de Georges PEREC

 

Portrait de Cyrla Szulewicz en 1938 et certificat du 8 janvier 1959 attestant que Cyrla Perec fut employée par la société Jaz du 11 décembre 1941 au 8 décembre 1942 .acte_disparition-mere_perecacte de disparition, en date du 19 août 1947, de la mère de Georges Perec, Cyrla Szulewicz © fonds Georges Perec, bibliothèque de l’Arsenal .                                                                                                                                                                                  C’est évident , le titre du roman le plus célèbre de Georges Pérec , La Disparition , prend tout son sens à la lecture de ce document et si le nom Jaz est cité dès la première ligne de son livre c’est parce qu’il évoque en fait sa mère . La perte de son père , soldat mortellement blessé par un obus le 16 juin 1940 , se manifeste dans un semblant de matérialité – une tombe avec un nom lisible sur laquelle il se rendra en 1956 – celle de sa mère est en revanche une véritable disparition . Après le 11 février 1943 ,  il n’existe plus aucune trace d’elle , pas même une sépulture . Perec est hanté par la perte de ses souvenirs : envoyé loin du danger et du drame , il a été exclu à la fois de l’Histoire et de son histoire personnelle .

Famille-devant-le-mur-des-noms-Mémorial-de-la-Shoah-Paris

Le nom de Cyrla Pérec au mur du mémorial de la Shoha à Paris 

 

Georges à cinq ans ( à gauche ) et dans sa classe à l’école maternelle de la rue des Couronnes en 1939 . Il est au troisième rang , à droite .

Georges Perec est né à Belleville, 19 rue de l’Atlas, dans le XIX° , le 7 mars 1936, d’Icek Judko Perec , devenu Isie ou André pour ses proches et de Cyrla Szulewicz , dite Cécile, le père venu de Lubartów, dans le sud est de la Pologne , la mère de Varsovie . Ils vivent alors rue Vilin , à Ménilmontant, dans cette pauvreté que partagent beaucoup d’immigrés juifs d’Europe de l’Est .                                                                                                          pèrec branche paternelleLes grands-parents paternels habitent 24 rue Vilin , la grand-mère Rojza Walersztejn-Peretz y tenant un magasin d’alimentation . Le grand-père maternel, Aron Szulewicz, resté veuf , est marchand de quatre-saisons , lui aussi rue Vilin , au numéro 1 . Le père aurait exercé divers métiers (livreur, tourneur, mouleur, fondeur, coiffeur…). La mère a tenu une boutique de coiffure, puis a été, entre 1941 et 1942, ouvrière dans l’usine d’horlogerie Jaz à Puteaux . C’est une petite enfance prolétaire qu’a connue Georges Perec. Ses grands-parents parlaient le yiddish et l’un des grands-pères , David Peretz , est réputé avoir été très pieux ; Mais la volonté de faire de cet enfant un petit Français est évidente : il a été doté d’un seul prénom , Georges , sans référence à la tradition juive .                                                                                                                                                   Une bonne part de la famille maternelle a péri en déportation : le père de Cyrla , un de ses trois frères et sa jeune sœur , Soura dite Fanny , âgée alors de seize ans . Les deux autres frères purent se cacher , mais perdirent contact avec la famille de Georges . Le grand-père paternel , David Peretz , fut raflé en janvier 1943 et mourut étouffé dans le train parti de Drancy ,   son nom précède celui de Cyrla sur le mur du Mémorial de la Shoha . La grand-mère , Rojza ou Rose , put rejoindre sa fille Esther dans le Vercors . Elle vécut après la guerre en Israël avec son autre fils , Lejzor dit Léon .pérec coiffureL’entrée du salon de coiffure pris en gérance par Cyrla Perec , au 24 rue Vilin , tout de suite avant son entrée chez Jaz . En 1976 , l’inscription au-dessus de la porte était encore lisible .entreprise juiveSuite à l’adoption du premier « Statut des Juifs » par l’État français , le 27 septembre 1940 tout commerçant juif se voyait contraint de disposer cette affiche à l’entrée de son magasin . Cyrla Pérec a donc été obligé de l’apposer sur la devanture de sa petite boutique . Cette première ordonnance interdisait déjà aux Juifs français d’exercer un certain nombre de professions tels que fonctionnaires , enseignants , journalistes ou dirigeants de certaines entreprises sensibles . D’ailleurs l’un des co-fondateur de Jaz , Ivan Benel qui était aussi de confession juive , avait cédé sa place à Paul Nicolas en 1940 , pour se réfugier en Lozère . Mais le deuxième « Statut des Juifs » , promulgué le 2 Juin 1941 et un décret passé en Juillet 1941 durcit encore les conditions professionnelles des israélites et les excluent quasiment totalement des professions commerciales ou industrielles . La mère de Georges ne peut plus gérer un établissement commercial et elle devient salariée chez Jaz , cinq mois plus tard .

 

L’épisode de l’affichette « Entreprise juive » n’a été que de courte durée et l’étape suivante consiste à « liquider » les commerces et entreprises juives . Nous ne savons pourquoi Cyrla quitte Jaz en Décembre 1942 mais il est certain que depuis Juin  , elle devait porter l’étoile jaune à son revers . Conséquence étonnante , cette visibilité soudaine permet l’application d’une interdiction plus ancienne qui frappait déjà les « nègres » aisément repérables mais également  les juifs qui pouvaient y échapper jusque là : l’obligation de ne prendre que la dernière voiture dans le métro parisien .                  Ce marquage infâme permet l’application de cette ségrégation supplémentaire et la mère de Georges a forcément subi cette longue humiliation pour se rendre à l’usine Jaz qui se trouvait à l’opposé de son domicile , à l’autre bout de Paris qu’elle devait traverser d’Est en Ouest et retour .

 

 

Georges Pérec en pélerinage rue Vilin en 1974 et l’escalier de la rue en 1971 . Spirale du vide autour du passé de Georges Pérec puisque même la rue Vilin disparaît à son tour dans les années 1980 , remplacée par le parc de Belleville .

 

 

Je te promets la liberté Roman de Laurent Gounelle

laurent Gounelle (2)Roman  Je te promets la liberté de Laurent Gounelle dont les livres  sont tous des best-sellers , traduits dans le monde entier.laurent Gounelle (3)Si l’action  , dans ce chapitre ,  se déroule en 1964 , l’auteur du roman est né deux ans plus tard en 1966 . Preuve est qu’il a mené une enquête rigoureuse sur cette période , puisque le premier réveil électrique Jaz apparaît bien en 1964 , le DRILIC de la gamme des Jazistor .laurent Gounelle (1)On voit combien Gounelle tient à preciser que le réveil est bien un Jaz électrique. Grâce à ce genre d’auteur , Jaz reste d’actualité .

je-te-promets-la-liberte-en-librairieAvec son nouveau roman à suspense,  Laurent Gounelle vous entraîne au cœur d’une  histoire exaltante dans laquelle  vous allez vous perdre… et vous retrouver.

Imaginez  : votre employeur vous laisse dix jours pour sauver votre poste et, le soir même, votre conjoint vous laisse entendre que votre couple n’en a plus pour longtemps… Dans les deux cas, on vous reproche votre personnalité, mais qu’y pouvez-vous  ?
Lorsqu’un ami vous parle d’un homme mystérieux, membre d’une confrérie très secrète détentrice d’un savoir ancestral, qui a le pouvoir d’installer en vous une toute nouvelle personnalité, la perspective est peut-être tentante…C’est ce qui arrive à Sybille Shirdoon, l’héroïne de cette histoire  : confrontée à l’échec, à la séparation, à la trahison, mais aussi au bonheur, à la joie, à l’amour, elle s’embarque alors dans un chemin extraordinaire vers la découverte de soi et des autres.

 

San Antonio « On t’enverra du monde » de Frédéric Dard

on t'enverra du monde (1)San Antonio  » On t’enverra du monde » roman de 1963 par Frédéric Dard  .                                                                                                                                                       Avec le Gala des Emplumés et  J’suis comme ça    , il s’agit du troisième San Antonio que nous citons parce que leur auteur , le truculent et hyper productif Frédéric Dard , emploie le terme Jaz en lieu et place de réveil . Reportez vous à ces deux articles pour l’analyse de son utilisation de Jaz comme antonomase du mot réveil . En revanche , on peut s’étonner cette fois d’une petite faute puisque Jaz est orthographié avec deux ZZ en Jazz . on t'enverra du monde (2)il s’agit en fait probablement d’une coquille d’un typographe , décidément étourdi , puisque , quelques pages plus tôt ,  il oubliait le H du célèbre carossier Henri CHAPRON . Voyez notre article consacré à l’exposition du CNAM en 1949 pour se rendre compte que cette faute pouvait être partagé par les établissements les plus prestigieux … on t'enverra du monde (1)En revanche si l’orthographe est fautive , la description correspond bien à un Jaz à répétition ; publié en 1963  il peut s’agir , à cette date , d’un RUZIC , d’un ORZIC , d’un TURZIC  , d’un TRUPLIC ou d’un réveil plus ancien . Toutefois on reconnait le slogan publicitaire du TRUPLIC  : Réveil incertain , sommeil profond : mais le TRUPLIC sonne TROIS FOIS ,  même s’il avait eu cours dix ans plus tôt .on t'enverra du monde (3)Une fois encore nous devons cette trouvaille à un couple d’amis , artistes peintres et fidèles abonnés de notre  Facebook Jaz Le Bon Temps , Carole et Vincent DROUIN que nous remercions chaleureusement .

San Antonio  » le Gala des Emplumés » de Frédéric Dard

San Antonio Le Gala des Emplumés page 174 175San Antonio  » le Gala des Emplumés » roman de 1963 par Frédéric Dard  .

 

On comptabilise pas moins de six versions différentes de la couverture de ce roman Le Gala des Emplumés , donnant une idée de l’ampleur de sa diffusion.                                                                                                                                                               Nous avions déjà cité un roman de Frédéric Dard  » J’suis comme ça « grâce à notre ami Stéphane , créateur du site  https://sites.google.com/site/jazmontrevintage/ ; cette fois nous le devons à un couple d’amis , artistes peintres et fidèles abonnés de notre  Facebook Jaz Le Bon Temps , Carole et Vincent DROUIN que nous remercions chaleureusement .                                                                                                                                                                                                                                                                                            Nous ne recopierons pas notre analyse qui reste valable pour toute l’œuvre de Frédéric Dard , il suffit de vous y reporter mais force est de constater que Jaz était assurément synonyme de réveils à l’époque . Les sixties ont pourtant été le temps d’une forte concurrence mais Dard n’emploie ni Vedette , ni Bayard  pour des raisons évidentes de confusion puisque ces deux noms correspondaient aussi à des marques , bien connues à cette période , d’électro-ménager ou de stylos , voire de vêtements ; ni Smi , ni Dep , ni Blangy non plus parce que bien trop confidentiels . Pour Dard comme d’autres auteurs , l’équation était : Jaz = réveil ; il ne prenait pas de risque , il savait qu’en employant juste Jaz , il serait compris de son lectorat .                                                                                                                                                                                                                                                                     Le nom si bien choisi par Georges Scemama ( lire l’origine du nom Jaz ) et la réussite commerciale de la marque ont fait de Jaz le synonyme de réveil-matin comme le prouve ce nouveau roman . Scemama l’avait théorisé et prévu dans un article de la revue Vendre en 1934 : Notons ceci : Jaz ! jamais réveil Jaz ; c’est inutile  c’est même nuisible . On ne parle plus de réveil ; il n’existe plus ce mot , il est remplacé par un synonyme : un Jaz .Livre-audio-cassettes-le-gala-des-emplumésNous vous en recommandons la version en audio-lecture par Julien Guiomar et Guy Marchand , enregistrée sur deux cassettes audio en Mai 1988 Pins-Le-gala-des-empluméspin’s le gala des emplumés

La défaillance des pudeurs Roman par Christophe GIRARD 2006

Christophe Girard

 

 

Christophe GIRARD est généralement défini comme un homme politique puisqu’il a été Conseiller Régional d’Ile de France , Maire du IV° arrondissement de Paris et reste encore actuellement adjoint à la Maire de Paris . Militant de l’homoparentalité , il est lui même marié au réalisateur Olivier Meyrou . Comme Jack Lang sera toujours associé à la Fête de la Musique , il restera dans les mémoires pour avoir été l’initiateur de l’événement culturel des Nuits Blanches . On a pas oublié qu’il a grimpé pendant plus de vingt ans tous les échelons chez Yves Saint Laurent puis LVMH , ayant été découvert par Pierre Bergé à Tokyo . Parfaitement nipponisant , il est diplômé de littérature japonaise et démontre dans ce roman autobigraphique , qui est le premier de ses quatres livres , son talent d’écriture où il livre avec une grande pudeur et presque timidité son enfance au bord de la Loire, du côté d’Angers .                                                                                                                                                                                                                                                                      C’est une famille de quatre enfants , douce , sans excès , dans une forme de bonheur incertain . Et puis les choses basculent avec la mort d’une des deux soeurs . On ne sait pas très bien dans quelles circonstances. Ce mystère unit et sépare , pèse désormais sur les jours comme une chape de plomb puis engloutit la mère dans un désespoir lancinant . Un jour, elle disparaît à son tour dans la Loire , en un discret suicide .                                                                                                                                                                                Sans emphase ni pathos, le narrateur cherche à comprendre un mystère et peut-être les signes d’un destin mélancolique que seul un formidable appétit de vivre lui permettra de tenir à distance .  La défaillance des pudeurs est un joli livre d’images pour parler du deuil , du temps qui passe, de l’homosexualité, de la bisexualité, de la filiation, du suicide avec ce ton égal qu’offrent l’intelligence, l’équilibre et la distance.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                      Pour l’histoire de la présence de Jaz dans les foyers français , cet extrait de son livre est extrêmement représentatif de  plusieurs générations d’après guerre qui reçurent pour leurs communions comme cadeaux de leurs parrains ou marraines , le duo montre LIP et réveil JAZ . Rien n’obligeait l’auteur à citer ces deux marques mais il a finement senti que cette précision parlerait à beaucoup . L’entrée de Jaz dans l’univers des montres en 1970 bouleversera ce binôme traditionnel donc beaucoup de cinquantenaires et au-délà peuvent encore témoigner .                                                                                                                                                                                                                                           L’histoire des montres Jaz se trouve sur le site jazmontrevintage 

horlogerie-bijouterie-piard-montchaninCette répartition du marché chez les horlogers bijoutiers se faisait évidemment aussi avec les montres Oméga puisque la direction des deux maisons était la même . La consultation de nos articles illustrés sur les horlogers affiliés vous démontrera , par les images des vitrines d’époque , la distribution habituelles des rôles : les bijoux à Murat , les carillons à Vedette , les chronomètres à Lip , les montres à Oméga ou Zénith et enfin les réveils pour Jaz le plus souvent .

 

Ces quelques exemples de publicités Jaz pour la presse , qui ciblent les Premières Communions , sont autant de confirmation de cette tradition rapportée par Christophe GIRARD dans son roman La Défaillance des pudeurs 

SAN ANTONIO « J’suis comme ça » Roman de Frédéric DARD 1960

San Antonio 2.jpgSan Antonio  » J’suis comme ça » roman de 1960 par Frédéric Dard , réédition de 2005  Editeur Pocket  Fleuve Noir , chapitre V , page 53 .                                                                                                                                                                                                                                                           Le truculent Frédéric DARD nous prouve encore une fois que Jaz et réveil étaient absolument synonymes par antonomase  au même titre que Frigidaire , Velux , Opinel , Scotch , etc . Inutile donc de préciser qu’il est question d’un réveil-matin . D’ailleurs il réemploiera le mot Jaz à la place de réveil-matin dans un autre roman en 1963 Le gala des Emplumés                                                                                                                                                                   Dès les années soixante de grands universitaires comme le sociologue Alfred Sauvy , le critique littéraire Robert Escarpit ou l’académicien Jean-François Revel se mettent à lire San-Antonio parce qu’ils cherchent à comprendre ses lecteurs : ils y voient à juste titre un document sans équivalent sur la culture de leur époque . Cette culture comprend les objets de consommation des classes populaires . DARD , qui citait déjà systématiquement les marques des belles voitures de son commissaire , n’est pas avare pour citer les marques emblématiques de cette  époque : Rustica , Maggi , Martini , Postillon , Bottin et donc Jaz . En l’occurrence avec ce Jaz sur une assiette pleine de monnaie il témoigne également d’une pratique bien oubliée mais courante à l’époque et que nous retrouvons d’ailleurs l’année suivante , en 1961 , dans le film Arrêtez les tambours de Georges Lautner .arretez-les-tambours

Remerciements à notre ami Stéphane https://sites.google.com/site/jazmontrevintage/ de nous avoir signalé cette nouvelle apparition d’un Jaz dans un roman . N’hésitez pas à nous contacter jazlebontemps@orange.fr ou sur notre site Facebook Jaz Le Bon Temps pour nous mentionner un roman ou un film évoquant un Jaz .

Le coeur des choses Alain Leblanc roman 1982

Objets inanimés, avez-vous donc une âme  Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?  Ce célèbre distique de Lamartine prend tout son sens dans cet étonnant roman dont Toine le narrateur est un vase de Limoges à l’instar de tous les protagonistes qui sont des bibelots comme Mme Ming est une lampe , Dudule une pendule de cheminée Louis XVI et Jaz un réveil évidemment ! Qu’un Jaz soit un héros de roman est déjà inédit et sans aucun doute unique mais les qualités qui lui sont attribuées à savoir ponctualité , fiabilité , discrétion et modestie ne peuvent qu’entraîner notre assentiment pour ce livre d’une grande poésie .

jaz-romanjaz-roman-2« Le cœur des choses », roman , 1982 , Flammarion , extraits pages 25/26/27/28 .  Alain Leblanc Prix de La Vocation à 25 ans .

La Disparition roman de Georges Perec 1968

LA DISPARITION est un roman  en lipogramme  écrit par Georges PEREC  en  1968 et publié en 1969. Il fait environ 300 pages et ne comporte pas une seule fois la lettre E    Quand il publie son roman La Disparition en 1969, Georges Perec fascine son public en écrivant un texte sans aucun mot contenant la lettre «e», un exploit . Un lipogramme , du grec leipogrammatikos, de leipein (« enlever , laisser ») et gramma (« lettre ») : « à qui il manque une lettre », est une figure de style qui consiste à produire un texte d’où sont délibérément exclues certaines lettres de l’alphabet . Démarche complexe qui s’inscrit parfaitement dans le mouvement de l’OULIPO  « l’OUvroir de LIttérature POtentielle» dont étaient membres Perec ou Raymond Queneau , qui s’étaient donnés pour mission de trouver des contraintes d’écriture susceptible de décupler leur potentiel créatif . Pour l’Oulipo , la contrainte lipogrammique permet d’exalter l’imagination , que résume Perec en ces mots « … qu’a contrario tout mot soit produit sous la sanction d’un tamis contraignant… ». Les mots pendules , réveils , horloge , réveille- matin , montre , tocante , chronomètre , chronographe , etc comportant tous un E , c’est naturellement Jaz que Perec emploie , certain qu’il était d’être compris tellement ce nom  était devenu synonyme de réveil , suivant en cela le souhait de Georges Scemma , publicitaire des origines de la marque et inventeur du nom Jaz , qui avait prescrit  :  Notons ceci : « Jaz », jamais « réveil Jaz » ; c’est inutile et même nuisible. On ne parle plus de réveil, il n’existe plus de mot, il est remplacé par son synonyme : un Jaz .                                                                                                                                                                    La Disparition du E affecte également la macrostructure externe du roman , qui est composé de 26 chapitres soit le nombre de lettres de l’alphabet et 6 parties pour le nombre de voyelles , puisque un observateur attentif remarquera l’absence du 5° chapitre et de la 2° partie correspondant à la place du E dans l’alphabet et l’ordre des voyelles .                                                                                                                                                                       Mais Claude BURGELIN , ami de l’auteur, explique le malentendu autour de la Disparition  : Le feu d’artifice verbal est si éblouissant qu’il aveugle. On mit des années avant de s’apercevoir que derrière ces jeux de massacre autour de la lettre interdite se dessine une fable sur le génocide des juifs . Et plus particulièrement ses propres parents puisque PEREC , né en 1936 de parents juifs polonais , se retrouve orphelin très tôt : son père engagé volontaire dans la Légion Etrangère meurt au front en 1940 et sa mère prise dans un rafle meurt en 1943 à Auschwitz . Perec très touché par la disparition de ses parents et soigné dès 1949 par Françoise DOLTO , allait élever des livres cénotaphes pour faire barrage à l’élimination hitlérienne . C’était sa façon d’avoir le dernier mot mais il avait l’élégance et la pudeur de les crypter comme dans Le Condottière où l’on retrouve les dates de mort de ses parents dissimulées .                                                                                                                                                            Cette mère , Cyrla Szulewicz , contrainte de porte l’étoile jaune était ouvrière chez JAZ avant d’être déportée , dès lors il n’est pas étonnant de la trouver évoquée dès l’incipit de la Disparition  : ce JAZ c’est sa mère …

 

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.

 Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.

 Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.

 Sur l’abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l’aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s’avançait, traînant un brin d’alfa. Il s’approcha, voulant l’aplatir d’un coup vif, mais l’animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu’il ait pu l’assaillir.