La Disparition roman de Georges Perec 1968

LA DISPARITION est un roman  en lipogramme  écrit par Georges PEREC  en  1968 et publié en 1969. Il fait environ 300 pages et ne comporte pas une seule fois la lettre E    Quand il publie son roman La Disparition en 1969, Georges Perec fascine son public en écrivant un texte sans aucun mot contenant la lettre «e», un exploit . Un lipogramme , du grec leipogrammatikos, de leipein (« enlever , laisser ») et gramma (« lettre ») : « à qui il manque une lettre », est une figure de style qui consiste à produire un texte d’où sont délibérément exclues certaines lettres de l’alphabet . Démarche complexe qui s’inscrit parfaitement dans le mouvement de l’OULIPO  « l’OUvroir de LIttérature POtentielle» dont étaient membres Perec ou Raymond Queneau , qui s’étaient donnés pour mission de trouver des contraintes d’écriture susceptible de décupler leur potentiel créatif . Pour l’Oulipo , la contrainte lipogrammique permet d’exalter l’imagination , que résume Perec en ces mots « … qu’a contrario tout mot soit produit sous la sanction d’un tamis contraignant… ». Les mots pendules , réveils , horloge , réveille- matin , montre , tocante , chronomètre , chronographe , etc comportant tous un E , c’est naturellement Jaz que Perec emploie , certain qu’il était d’être compris tellement ce nom  était devenu synonyme de réveil , suivant en cela le souhait de Georges Scemma , publicitaire des origines de la marque et inventeur du nom Jaz , qui avait prescrit  :  Notons ceci : « Jaz », jamais « réveil Jaz » ; c’est inutile et même nuisible. On ne parle plus de réveil, il n’existe plus de mot, il est remplacé par son synonyme : un Jaz .                                                                                                                                                                    La Disparition du E affecte également la macrostructure externe du roman , qui est composé de 26 chapitres soit le nombre de lettres de l’alphabet et 6 parties pour le nombre de voyelles , puisque un observateur attentif remarquera l’absence du 5° chapitre et de la 2° partie correspondant à la place du E dans l’alphabet et l’ordre des voyelles .                                                                                                                                                                       Mais Claude BURGELIN , ami de l’auteur, explique le malentendu autour de la Disparition  : Le feu d’artifice verbal est si éblouissant qu’il aveugle. On mit des années avant de s’apercevoir que derrière ces jeux de massacre autour de la lettre interdite se dessine une fable sur le génocide des juifs . Et plus particulièrement ses propres parents puisque PEREC , né en 1936 de parents juifs polonais , se retrouve orphelin très tôt : son père engagé volontaire dans la Légion Etrangère meurt au front en 1940 et sa mère prise dans un rafle meurt en 1943 à Auschwitz . Perec très touché par la disparition de ses parents et soigné dès 1949 par Françoise DOLTO , allait élever des livres cénotaphes pour faire barrage à l’élimination hitlérienne . C’était sa façon d’avoir le dernier mot mais il avait l’élégance et la pudeur de les crypter comme dans Le Condottière où l’on retrouve les dates de mort de ses parents dissimulées .                                                                                                                                                            Cette mère , Cyrla Szulewicz , contrainte de porte l’étoile jaune était ouvrière chez JAZ avant d’être déportée , dès lors il n’est pas étonnant de la trouver évoquée dès l’incipit de la Disparition  : ce JAZ c’est sa mère …

 

Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s’assit dans son lit, s’appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l’ouvrit, il lut; mais il n’y saisissait qu’un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.

 Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu’il passa sur son front, sur son cou.

 Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu’un glas, plus sourd qu’un tocsin, plus profond qu’un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait.

 Sur l’abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l’aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s’avançait, traînant un brin d’alfa. Il s’approcha, voulant l’aplatir d’un coup vif, mais l’animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu’il ait pu l’assaillir.

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