Jaz et l’horlogerie chez Frédéric DARD

Je me suis levé avec lassitude. Ma montre dit treize heures, ce qui est un tour de force pour un cadran numéroté jusqu’à douze.  Frédéric Dard 

Frédéric DARD est certainement l’auteur qui cite le plus souvent Jaz dans ses romans. En fait, le père de San-Antonio joue systématiquement le jeu de l’antonomase, tellement souhaitée par les fondateurs de Jaz, qui consiste à remplacer le mot réveil par celui de Jaz. L’auteur était certain d’être compris tellement la marque était populaire. En 1973, Jaz atteint un taux de notoriété de 87,1 %, soit près de neuf Français sur dix qui connaissent les Jaz, devenus synonymes de réveils.

 Les sixties ont pourtant été le temps d’une forte concurrence pour la marque au jaseur boréal mais Dard n’emploie ni Vedette, ni Bayard  pour des raisons évidentes de confusion puisque ces deux noms correspondaient aussi à des marques, bien connues à cette période, d’électro-ménager ou de stylos, voire de vêtements; ni Smi, ni Dep, ni Blangy non plus parce que ces marques étaient bien trop confidentielles. Pour Dard comme d’autres auteurs, l’équation était: Jaz = réveil; il ne prenait pas de risque, il savait qu’en employant juste Jaz, il serait compris de son lectorat. Concernant les réveils, la chose est entendue: Frédéric Dard a fait son choix, c’est Jaz sans qu’aucun accord commercial n’ait été conclu avec la marque. Les Jaz ne sont d’ailleurs pas valorisés spécifiquement, ils sont tout simplement mentionnés, sans épithètes mélioratives.                                                                              

D’ailleurs on le verra citer des marques à foison: Ambre Solaire, la crème Nivea, le détachant K2r , la compagnie Swissair, les pneus Firestone, les vins Postillon, la farine Jacquemaire, fraiseur chez Renault, le catalogue du Fleuve Noir, etc . Parfois il y va d’une petite phrase: buvez Coca-Cola glacé, il y a des lézards de la marque Hermès la plus recherché , j’accepte volontiers de poser dans la vitrine de Fauchon, etc.                                                                      

Consultez, en complément de cet article , notre dossier l’argot en horlogerie  

Concernant les montres, il en est souvent tout autrement, comme on le constate à la lecture de L’archipel des Malotrus, à la page 127 ou 108 suivant les éditions, où Dard y va d’un petit laïus et d’un jeu de mots sur DIFOR.

DIFOR, acronyme de la DIFfusion hORlogère, était une marque bisontine de vente par correspondance et assembleur de montres, emboîtant aussi bien des mouvement français que suisses, laquelle a connu son apogée au cours des années 60, durant lesquelles la marque fut le regroupement d’une petite dizaine de sociétés horlogères de la région dont Sarda. La société sera en partie reprise par Maty, son principal concurrent, en 1982.

Nous savons par Francis Dauphiné, fils de André le fondateur de Difor, qu’il suffisait d’expédier une belle montre à Frédéric Dard, pour obtenir un petit hommage appuyé dans le prochain San Antonio. On est étonné de cet accord avec ce petit nom de l’horlogerie, qui faisait néanmoins des montres de qualité. D’autant qu’auteur à succès, il connaît la gloire et la fortune qui lui permettent une générosité sans bornes et c’est sans doute le secret de cet accord informel puisqu’on a jamais vu de Difor au poignet de l’écrivain: peut être fallait il regarder aux poignets de ses amis? Son exil fiscal en Suisse, exalte son goût pour les belles voitures et le luxe ostentatoire, qui finissent par attirer l’attention d’un malfrat qui enlève sa fille Joséphine, épouse de Guy Carlier, en 1983 et obtient de lui deux millions de Francs Suisses. Cette rançon est une preuve douloureuse et indirecte de son niveau de fortune. Son rapport à l’argent, bien mérité d’un des écrivains les plus prolixes du XX° siècle, est à la fois décomplexé et enfantin: s’approchant de sa nouvelle Jaguar, il avoue: «Je plaide coupable. La seule chose matérielle qui m’intéresse, c’est la voiture. Juste avant, j’avais une Ferrari. Voilà. Je suis un gosse.» 

En général, DARD apparaît avec une montre Piaget en or
Mais on l’a vu arborer différentes autres montres de luxe

PIAGET San- Antonio Minuit , boîtier n°19 de 1980 . Spécialement conçue pour Frédéric Dard et produite à un nombre très limité d’exemplaires en or jaune et blanc 18 carats. Dim. 35 x 26 mm Vendue 6.325 CHF à la vente aux enchères Antiquorum n°155 le 14 octobre 1990 lot n°28

Toutefois, la montre la plus emblématique est d’évidence la montre que Piaget a créé pour lui. Elle est en forme de livre et si elle est baptisée MINUIT, c’est qu’en lieu et place du chiffre XII on trouve la mention Minuit manuscrite, peu visible sur cette photo.

La montre de Frédéric Dard, MINUIT,  peut paraître ostentatoire, mais il faut la rapporter à l’aune de l’amitié sincère qui unissait l’écrivain résidant en Suisse au jeune héritier de la manufacture familiale, Yves Piaget dont la marque, devenue protagoniste des mondanités et de la jet set internationale, avait entrepris une course effrénée et folle contre la maison Vacheron-Constantin pour produire la montre la plus chère du monde, multipliant à l’infini les pavages de diamants de plus en plus chargés. Dans ce contexte, la montre de Dard semble presque sobre.                                           

En revanche les citations pour Piaget sont rares « Je l’examine avec l’attention d’un horloger en train de réparer une Piaget extra-plate »

Montre San-Antonio de l’horloger suisse Mathey-Tissot offerte par Frédéric Dard à François Rivière après un rendez-vous en retard. Frédéric Dard la portait à son poignet et l’a donnée à François Rivière en lui disant que maintenant il n’avait plus d’excuse. Collection personnelle de François Rivière, auteur de la biographie Frédéric Dard ou la vie privée de San-Antonio.

Par cette anecdote, nous savons que Dard ne portait pas que des montres de son ami Yves Piaget, mais nous avons une nouvelle confirmation de sa générosité sans limite puisque  Mathey-Tissot est une marque de montres de prestige. 

Plus prosaïques sont les montres réalisées par l’horloger suisse Gasser,  avec un bracelet marqué San-Antonio et un cadran décoré d’une cible et d’un pistolet.

Dernier, ou plutôt premier, clin d’œil à l’horlogerie, dès l’entrée du Paradou, sa maison helvétique au nom provençal, un énorme cintre supportant une grande montre molle translucide saute aux yeux: une sculpture de Dalí, évidemment.

Je n’ai plus besoin de montre… je mange des tic-tac.
Patrick Sébastien in Carnet de Notes 2001, livre inspiré par son ami Frédéric Dard

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