De Witte horloger affilié Jaz à Bruxelles

Bijouterie Horlogerie De Witte, photo prise en 1981, Petite Rue au Beurre à Bruxelles, numéros 13/15 et 17. Les publicités en façade se partagent entre PONTIAC pour les montres et JAZ pour les réveils et les horloges.
L’enseigne lumineuse Jaz, arbore le slogan Le réveil précis en néon.
De jour, le slogan Le réveil précis est peu lisible
De nuit l’enseigne est éblouissante et surmonte un rideau de fer peint aux couleurs de Jaz; Nous ne connaissons pas d’autres exemples de ce type de support publicitaire pour la marque Jaz, vous noterez qu’un Manneken-Pis orne le panneau pour Pontiac.
De Witte occupait les deux côtés de la Petite Rue au Beurre assurant une belle visibilité pour Jaz en plein centre du Bruxelles historique et touristique.
Photo extraite du site de la Maison de Witte qui prospère encore de nos jours.
Fondée en 1932 par Paul De Witte, elle est une des plus anciennes et une des rares horlogeries indépendantes bruxelloises ainsi qu’une véritable institution locale, en raison entre autres , de ses multiples boutiques dans la capitale belge. La maison De Witte démarre rue de l’Eglise à Shaerbeek, puis passe à Forest rue des Alliés avant de gagner Bruxelles. En 1958 lors de l’Exposition Universelle, où Jaz recevra une médaille d’or, Nicole de Witte rejoint son père dont l’entreprise sera dirigée pour les trois générations suivantes par des femmes. De Witte fait sa publicité et celle de Pontiac, grâce à ces maillots jaunes dont la Belgique regorge. Ils organisent ensemble un Rallye Pontiac dans les rues de Bruxelles et des jeux-concours dans les revues du Benelux dont les bulletins de participations remplissent des dizaines de sacs postaux.
Photo extraite du site de la Maison de Witte : à droite Monsieur Paul de Witte; à gauche et en bas: la deuxième boutique de l’autre côté du bout de la Petite Rue au Beurre avec ses horlogers réparateurs à leurs bureaux accolés aux grandes baies vitrées. Ces ouvriers assuraient également la création ou transformation de bijoux et la gravure des montres et bijoux. Cette dernière activité reste de nos jours une spécialité de la maison qui fournit aux grandes administrations belges des montres personnalisées en guise de cadeaux officiels. Pontiac, dont on voit la grande horloge publicitaire à l’étage, est une marque suisse de montres, dont nous résumons l’histoire en fin d’article.
Photo extraite du site de la Maison De Witte: toujours très au fait en matière de communication, le bijoutier assurait de nombreuses animations devant ses boutiques.
Acculée à l’Eglise Saint Nicolas, il existait depuis le XIX° siècle un horloger bijoutier à l’emplacement qu’occupera De Witte qui consistait en une boutique informe, juste en rez de chaussée sans étage.
L’horloger Diericx est le premier occupant du nouveau bâtiment d’angle de style baroque, même si le terme nouveau est peu approprié pour une construction datant du début du XVIII° siècle.
Cette Petite Rue au Beurre, qui donne dans la rue au Beurre laquelle aboutit directement sur Grand Place , sera toujours la rue des horlogers bijoutiers , on remarque la boutique Mornard avec sa grande enseigne Lip . De Witte finira par annexer cette petite boutique à sa gauche mais on aperçoit une horloge publique qui fait office d’enseigne d’un autre horloger . Enfin l’autre côté de la rue comprenait d’autres horlogeries, dont l’angle de rue occupé par les ateliers-boutique De Witte .
une horloge Oméga remplacera celle de Pontiac
Dans les cartouches à fonds bleus, visibles en façade, on peut lire DE GOUDE HUYVE qui donne son nom à cette maison classée Monument Historique. Dès le Moyen Âge, la domonymie était une tradition, à Bruxelles comme dans de nombreuses villes européennes, qui consistait à donner un nom servant à identifier une maison. Celle-ci avait été initialement construite rue de l’Étuve, juste après le bombardement de Bruxelles pendant 48 heures d’affilée par les troupes françaises de Louis XIV en 1695, qui obligera à reconstruire quasiment entièrement Bruxelles. 

Il est impossible de narrer, même brièvement , dans cet article, la guerre de la Ligue d’Augsbourg qui dure neuf ans et comprend de complexes rebondissements,  joyeusement oubliés des cours d’histoire dans l’enseignement secondaire en France. Ce que nous appelons le Grand Siècle est vu comme un siècle noir dans les Pays Bas méridionaux. Vous comprendrez que les Belges en ont un souvenir beaucoup plus vif, cuisant même. L’adjectif me semble approprié pour le bombardement de Bruxelles qui se solde par le pilonnage, l’incendie et la destruction totale du tiers de la ville, dont Grand-Place. Injustifiable en ce que la querelle ne concernait pas Bruxelles mais le roi d’Angleterre, inutile d’un point de vue militaire, puisque n’ayant pas servi à détourner les troupes alliées de la citadelle de Namur comme prévu, le bombardement de Bruxelles contribuera à faire pâlir en Europe le soleil du Roi éponyme. Napoléon Ier jugera, un siècle plus tard, cette action « aussi barbare qu’inutile ». Mais la critique la plus acerbe envers le Maréchal de Villeroy, qui menait les troupes françaises, vient de Manneken-Pis en personne – apparu en 1620, il avait déjà 75 ans de présence – qui se moque de la rage de Louis XIV et se plaint que ce bombardement lui ait enlevé l’envie de pisser: si je voyais brancher Villeroy à quelque arbre, j’en rirais tant que j’en pisserais de nouveau.

La façade de cette petite maison se trouvait rue de l’Étuve jusqu’en 1929. Elle fut démontée et reconstruite contre l’église Saint-Nicolas.

Une voûte de l’Eglise Saint Nicolas, sur laquelle s’adosse l’horlogerie De Witt, conserve  un boulet français, enchâssé depuis 1695 dans une voûte, comme une douloureuse carie dans le beau sourire que les Belges nous consentent quand ils nous accueillent,  tout de même si chaleureusement.  

En conséquence De Witte occupait de ce côté de la Petite Rue au Beurre, deux boutiques contiguës dans des bâtiments distincts, si bien qu’au fil des années et des configuration des aménagements, la maison aura une seule voire deux entrées distinctes. Les temps ont changés, le goût est à l’épure et les publicités ostentatoires et lumineuses des marques de montres et de réveils ont disparues. 

Plan de Bruxelles positionnant la Bijouterie De Witte par rapport à la Bourse à gauche ; au centre droit on trouve Grand Place , la place centrale de Bruxelles mondialement célèbre, et tout en bas la fontaine du Manneken Pis.

                                                                PONTIAC 

Les liens entre Pontiac et Paul De Witte étaient si forts que l’on peut retrouver son nom au cadran des montres Pontiac ; notre article permettra peut être d’éclairer quelques vendeurs intrigués ou ignorants de l’existence de cette maison

Pontiac est une marque suisse d’horlogerie qui a connu un succès particulier chez nos voisins d’outre-Quiévrain, parce que son importateur,  le néerlandais Ali Kinsbergen, était propriétaire de la marque en Belgique et aux Pays Bas si bien qu’elle a été ressentie comme une marque locale. Le champion Wim Van Est, premier néerlandais à porter le maillot jaune, a vu sa  renommée s’accroitre selon une courbe inversement proportionnelle à sa chute vertigineuse lors du Tour 1951, surtout grâce au marketing de circonstance de l’horloger. Effectivement Pontiac, qui avait parrainé l’équipe néerlandaise, a lancé une campagne publicitaire en ces termes au nom du champion cycliste et si résistant  « Je suis tombé soixante-dix mètres de haut , mon cœur s’est arrêté, mais ma Pontiac fonctionnait encore ». Une plaque a ensuite été dévoilée sur le site de la chute en 2001 par Wim Van Est devenu septuagénaire.

Cette chute répond étonnement à un défi organisé dans le but de prouver la solidité de la marque Pontiac, seize ans plus tôt. En 1935 Ali Kinsbergen en personne avait jeté une montre Pontiac depuis le toit du « Boerentoren » à Anvers le plus haut building de Belgique – en haut à gauche – , devant des dizaines de journalistes et huissiers de justice. Après l’avoir récupéré cent mètres plus bas, elle s’avère bel et bien intacte et en état de marche. Impressionnant quand on songe que l’incabloc n’existait pas encore . C’est ce qui s’appelle lancer une marque puisque l’événement fait énormément de bruit à l’époque et assure un véritable succès pour la marque. Le slogan « PONTIAC TIC TAC » a été présenté lors de l’ouverture de l’exposition universelle EXPO 58 à Bruxelles où Pontiac décide de prouver la solidité de la marque PONTIAC, par un nouveau lancé de montres: deux montres PONTIAC ont été lancées du haut de la plus haute boule de l’Atomium à Bruxelles, soit 102 mètres de haut. Après l’impact de celles-ci sur le sol, elles étaient encore toutes les deux en état de marche. Visiblement et paradoxalement,  jeter une montre par les fenêtres ne veut pas forcément dire jeter de l’argent par les fenêtres. La toute première publicité télévisée diffusée aux Pays-Bas était pour la marque Pontiac en 1964.

Du fait de ce type de sponsoring, Pontiac devient la montre des sportifs .

Les noms des montres Pontiac en sont le reflet : Maillot jaune , maillot Arc en Ciel , Nageur , Prize Winner , etc 

On ne confondra pas De Witte avec De Witt la prestigieuse marque de montres, même si les origines de ces familles sont toutes deux belges et nobles. Établie en Suisse, la manufacture est fondée en 2003 par le comte Jérôme De Witt, qui au même titre que le Prince Napoléon descend de Jérôme Bonaparte, le plus jeune frère de L’Empereur, mais par les femmes. Nous vous renvoyons à notre article sur Cluses et la place des Napoléonides dans l’histoire de l’horlogerie. 

Né en avril 1950 dans le Périgord, Jérôme de Witt est le fils de Son Altesse Impériale la princesse Marie-Clotilde Bonaparte et du comte Serge de Witt. Pour ceux qui ont le vertige de l’Histoire incarnée, sachez qu’un de ses grand-oncle était Albert, le mari de la reine Victoria et que son autre grand oncle Charles Joseph Bonaparte fonde le FBI en 1908 . En outre la marraine de sa mère était l’Impératrice Eugénie, chez laquelle elle se réfugie, de 1914 à 1919, suite à l’invasion de la Belgique. Pour ces familles régnantes, la grande Histoire se confond avec leurs propres histoires familiales et l’on mesure qu’elles sont bien plus proches chronologiquement que nous ne l’imaginons, puisque par exemple sa mère disparaît en 1996 et son père, né en 1891 à Moscou et chassé de Russie par la Révolution de 1917, ne meurt qu’en 1990, à 99 ans. Son aïeul Jérôme Bonaparte qui avait la passion des montres, permit la création d’une extraordinaire collection dont Jérôme de Witt a hérité en partie, enrichie au cours des siècles par ses différents propriétaires. comme cette extraordinaire montre à tact, ci-dessous.

Montre à tact de Jérôme Bonaparte roi de Westphalie . Collection Fondation Napoléon donation Lapeyre.

Outre une lecture traditionnelle en ouvrant le boîtier, les montres à tact permettent de lire l’heure dans l’obscurité grâce à une flèche placée sur le couvercle et dirigée vers vingt-quatre boutons de touches, douze gros boutons pour les heures et douze petits boutons pour les demi-heures, répartis tout autour de ce cadran: il suffisait de tourner le disque supérieur dans le sens des aiguilles d’une montre jusqu’à un point de blocage, puis de définir l’heure avec la position de la flèche par rapport aux boutons.
Les montres à tact étaient utilisées par les jeunes gens qui désiraient connaître l’heure discrètement et qui, par courtoisie, consultaient leur montre par simple toucher sans la sortir de leur poche, afin de ne pas paraître ennuyés ou impatients, faisant donc preuve d’un tact tactile . 

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