DRILIC et DARCIC contrefaçons soviétiques par SLAVA

DRILIC  conçu par le célèbre designer Philippe Charbonneau pour Jaz , en 1964.Slava Drilic Urss (1)Variante A du DRILIC avec des chiffres inspirés de celui du VONIC ( voir ci-dessous) par le russe SLAVA ( indiqué en caractère cyrillique , comme la mention fabriqué en URSS ) vonic 6 VONIC par Jaz Slava chiffres romainsVariante B du DRILIC à chiffres romains très étirés , étrangement ressemblants à ceux du CHANIC ( voir ci-dessous) chanic non jazistorCHANIC par Jaz CREATOR: gd-jpeg v1.0 (using IJG JPEG v62), quality = 75Variante C à cadran faux bois . On notera qu’aucun de ces réveils russes n’est lumineux .

 

Si la ressemblance entre les SLAVA  à gauche , et les JAZ , à droite , n’est pas évidente de face au premier regard , de dos en revanche la similitude est totale et criante .Drilic dessous Slavadessous ..Slava Drilic dessus.. et dessus , ne présentent aucunes différences avec ceux du DRILIC .Drilic Urss copie Slava (1) Le mécanisme ressemble d’ailleurs beaucoup au calibre AR de Jaz ;

Le DARCIC, à gauche, a fait l’objet d’une imitation plus divergente par SLAVA puisque le cadran est bien différent et le calibre n’était pas inspiré par Jaz .                                      Nous avons précédemment rédigé un article sur le yougoslave INSA qui fabriquait des réveils Jaz sous licence  , comme le DUPLIC , lorsque des accords ont été enfin conclus avec la France qui demandait le remboursement des entreprises hexagonales , spoliées par le nouveau régime socialiste de Tito , en préalable à tout échanges commerciaux . L’économie yougoslave qui était basée sur une forme d’autogestion et non pas d’étatisation comme l’Urss , importait et exportait avec l’Ouest .                                                                                                                                                                              sovietEn revanche l’URSS se voulait autosuffisante dans tous les domaines , elle commerçait peu par rapport à sa force économique . La diffusion des réveils Jaz en Urss n’était donc pas nécessaire et n’aurait pu avoir lieu qu’à travers un transfert de technologie et une fabrication locale en raison de l’inconvertibilité des roubles et du faible pouvoir d’achat des citoyens soviétiques .

Idéologiquement se posait un problème : les droits de propriété industrielle n’étaient pas reconnus par la doxa communiste soviétique . Un décret pris en 1918 établit que tous les travaux scientifiques , mais aussi littéraires , musicaux et artistiques relèvent d’office du monopole de l’État . En outre, certaines découvertes comme les composés chimiques et les médicaments sont écartées du domaine brevetable étant donné que l’URSS ne reconnaît que la brevetabilité des procédés et non celle des produits . Cette loi interdit également aux inventeurs soviétiques de breveter leurs inventions à l’étranger … et inversement , évidemment ! Par voie de conséquence, jusqu’à la fin des années 1950 , la stratégie de l’URSS pour soutenir son développement scientifique et technique se
limite à deux moyens principaux : soit développer elle-même et de façon indépendante sa propre technologie, soit copier la technologie étrangère sans l’autorisation de ses inventeurs et assurément sans leur payer de droits : l’idéologie a bon dos . Au début des années 1960 , il paraît cependant évident que copier les inventions étrangères n’est nullement efficace étant donné que les ingénieurs soviétiques n’acquièrent pas le savoir-faire nécessaire pour l’utilisation optimale de ces technologies . Une telle stratégie se révèle également trop coûteuse en temps et en argent . Drilic diversC’est au moment de ce tournant idéologique et stratégique , dans les sixties débutantes , que sont fabriqués ces réveils , pseudos DRILIC aux accents russes , qui  font l’impasse sur ce que les originaux ont de plus remarquables : le fameux cadran et les aiguilles cunéiforme du designer français Charbonneau . L’URSS était un contrefacteur aussi important que la Chine , voire plus , néanmoins ses réseaux d’exportation dans certains domaines , comme l’horlogerie , étant proches du néant et ses frontières si étanches que Jaz n’a certainement jamais été informé de ces contrefaçons à la petite semaine .

 

L’INDUSTRIE HORLOGÈRE SOVIÉTIQUE

DueberHampdenWatchFactories_pccsSur ordre direct de Staline , l’unique société d’import /export soviétique Amtorg , fait l’acquisition en 1929 , des machines-outils de deux sociétés américaines en faillite , la Ansonia Clock Company of Brooklyn et surtout la Dueber-Hampden Watch Company , qui transitent dans 28 wagons de marchandises . Une vingtaine de techniciens américains font partie du voyage pour démarrer la production de montres par  la First Moscow Watch Factory . En 1930 , la  » Second State Watch Factory » est construite . Cette nouvelle structure se charge de la production d’horloges murales , de réveils .
mayak-horloge-sovietique-cccpRéveil design par MАЯК / MAYAK qui signifie « phare », une autre entreprise  horlogère soviétique, fondée en 1943 et spécialisée en production de masse d’objets divers dont des réveils . JLC et MolnijaSi quelques mouvements étaient copiés sans vergogne , l’Urss était toutefois largement auto-suffisante en matière de production horlogère avec des marques tout à fait indigènes , bien connues des collectionneurs de montres comme Pobeda / Victoire ou Raketa / Fusée en hommage au premier cosmonaute , Youri Gagarine .

Deux réveils SLAVA dit Spoutnik

EXEMPLES de PROPRIÉTÉS INDUSTRIELLES EST /OUEST

S’agissant du domaine le plus documenté , du fait le guerre froide et sa visibilité , c’est dans le domaine de l’aviation et des armements que nous allons chercher les différents exemples de rapports à la propriété industrielle entre l’Urss et l’Occident parfois plus complexes qu’il n’y paraît de premier abord .                        tu 144 vs concordeVOL de PLANS et APPORT SOVIETIQUE : Il suffit de comparer visuellement le Tupolev Tu -144 avec le Concorde pour être convaincu de la fraude , au point qu’il sera surnommé le Concordski . Mais plus factuels sont l’arrestation et l’expulsion de Sergei Pavlov pour avoir découvert dans ses bureaux de l’Aeroflot à Paris , les plans du Concorde en 1965 .                  PS 84 vs DC3ACHAT de LICENCE et APPORT SOVIETIQUE  : à gauche , le russe PS-84 issu du fameux Douglas DC-3 , à travers des achats officiels de plusieurs avions aux Usa et d’une licence de production en URSS . Néanmoins , ce n’est pas une copie totale puisque moteurs et hélices sont de conceptions soviétiques .TU 44CLONAGE ILLEGAL et APPORT SOVIETIQUE : à gauche , le Tupolev T-4 et , à droite , sa matrice involontaire le B-29 Superforteress . Forcés d’atterrir en Mandchourie en 1944 , quatre bombardiers B-29 et leurs équipages sont capturés par les soviétiques qui ne sont pas encore en guerre contre le Japon . En prévision de cette guerre imminente , Staline a multiplié les demandes d’achats de cet énorme bombardier , se voyant opposer un refus poli , mais ferme , des USA . Staline ordonne donc de les copier  » aucun changement ne doit avoir lieu » précise t il , hormis l’apport de moteurs russes plus puissants .chars russesCOPIE INTEGRALE et LEGALE : char russe BT-2 K et son modèle le char américain М.1931 , développé par John Walter Christie . Il serait pourtant erroné de n’en faire qu’une copie en raison de la volonté de l’inventeur de vendre ses chars et tous les plans et documents officiels nécessaires aux Soviétiques . Il a même exprimé le souhait de venir travailler en URSS , mais meurt ruiné en 1944 . Nous devons à la vérité de rappeler que les plans du  modèle précédent , le Christie M1928 , avaient été subtilisés par la Guépéou

Enfin l’exemple le plus connu des paradoxes de l’Union Soviétique en matière de brevets et de contrefaçons est l’homme le plus décoré de l’URSS  Mikhaïl Kalachnikov . Inventeur du célèbre fusil AK 47 , qui porte son nom et de cent-cinquante autres armes , ayant déposé 35 brevets d’invention . La propriété intellectuelle étant collective en droit soviétique , le succès mondiale de l’invention n’a pas fait la richesse de son créateur , qui a gardé des revenus bien modestes . Mais quand Imach , l’usine officielle russe,  fabrique 100.000 fusils d’assaut , 900.000 contrefaçons arrivent dans le même temps sur le marché . À l’origine de cette contrefaçon , les licences de fabrication abondamment données par l’URSS aux pays communistes pendant la guerre froide . Après la chute de l’URSS en 1991 , ces pays ont continué à en fabriquer  « C’est un problème majeur pour nous… La fabrication de fausses Kalachnikov en Bulgarie, en Chine, en Pologne ou aux États-Unis . C’est contraire à la loi internationale » affirme , sans rire , le directeur de l’usine Ijmach , dans le rôle de l’arroseur arrosé .

LA DÉNOMINATION JAZ en URSS

la musique sur les côtesDeux exemples de  » musique sur les côtes  »                                                                                   Les dictatures , de droite ou de gauche , ont des haines communes envers les minorités sexuelles , religieuses ou raciales mais également envers les tendances artistiques non académiques . Comme l’occupant nazi qui avait contraint la Compagnie Industrielle de Mécanique Horlogère , à une ruse sémantique avec l’adoption du jaseur boréal , pour faire oublier que son nom Jaz , était en rapport direct avec le Jazz américain .

1327329163_22Le gouvernement soviétique n’aurait pas admis qu’une marque étrangère fasse référence à quoi que ce soit d’américain sur son territoire . En cas d’importation , bien improbable , Jaz aurait été obligé de changer de nom . La plupart des enregistrements musicaux étrangers étaient interdits en URSS  et étaient dénigrés comme « impérialistes ». En témoigne cette expression fameuse à l’époque : « Aujourd’hui il joue du jazz, demain, il trahit la patrie » . Le parti au pouvoir ne souhaitait pas que ses citoyens écoutent du rock-and-roll , du jazz ou d’autres styles incitant à la quête de liberté . Les nouveaux tubes des Beatles ne pouvaient donc être obtenus que sur le marché noir à des prix faramineux . Étant donné que la demande était très élevée , les trafiquants  avaient une ingénieuse manière de la satisfaire : « imprimer » les chansons sur des radios médicales fournies par les hôpitaux . Il s’agissait essentiellement de radiographies de poumons , représentant un thorax d’homme , d’où l’appellation de « musique sur les côtes »bien connue des soviétiques .

 

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